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Article mis à jour le 20 mars 2017

Allaitement, une question de choix

par Julie Tessuto publié le 7 mars 2017

« Tu vas allaiter ? Non ? Ah… », « Je n’en avais pas envie, mais l’on m’a fait comprendre que pour le bébé c’était mieux », « Tu l’as allaité jusqu’à 2 ans ? », « Pour moi c’est quelque chose de naturel, je ne me pose pas la question » . Toutes ces remarques la plupart des – futures – jeunes mères les ont déjà entendues. Et face aux recommandations de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) le choix du lait artificiel pour alimenter son enfant, n’en est plus vraiment un, l’allaitement maternel étant considéré comme la meilleure alimentation pour le nouveau-né. Allaiter ou ne pas allaiter, telle est la question…

Des normes étouffantes

Comment assumer le fait de ne pas avoir envie d’allaiter quand on est une jeune maman  Comment faire comprendre que simplement l’on se projette difficilement dans l’image de la mère aux seins nourriciers ? Difficile de faire passer que l’on souhaite que le père participe autant que nous à l’alimentation de ce petit être, qu’après 9 mois de grossesse et de changements – de votre corps déjà, mais aussi de la relation avec votre partenaire – vous n’avez qu’une seule envie : retrouver votre liberté. Enfin, comment ne pas se sentir coupable de ne pas y arriver, coupable parce qu’épuisée physiquement et psychologiquement, et aussi parce que face au « c’est naturel, tu verras », les gens de bons conseils oublient de vous dire par exemple qu’il y a des positions plus
favorables que d’autres pour installer et allaiter son-sa petit-e, que ça peut faire mal, que des crevasses peuvent apparaître sur vos seins, ou encore que votre production de lait peut ne pas être suffisante ? Nombre de jeunes mères perdues, incomprises, ou encore se sentent culpabilisées par le choix qu’elles ont fait, d’allaiter ou pas, et qui souvent, n’en était pas vraiment un. Finalement, le corps de la femme devenue mère, et plus précisément ici ses seins, devient le lieu où s’expriment toutes les contradictions des normes que la société veut lui imposer. Normes patriarcales, économiques, sanitaires, ou encore sexistes.

Pour aller plus loin :"Des brelfies pour défendre l'allaitement en public" - Libération

Entre nature et culture

Plus concrètement, suivant le pays où l’on vit, on pourra allaiter le temps du congé de maternité et au-delà. Ou pas. Cela dépendra aussi de l’emploi occupé et de la fonction qu’on exerce, des possibilités offertes au conjoint/partenaire/femme/mari d’assurer une présence active et importante aux côtés du nouveau-né.

L’allaitement « accuse le seuil entre nature et culture. Il ne dépend pas seulement du désir de la mère : celle-ci est soumise à des normes qui varient selon les lieux, les milieux, les moments » ( Yvonne Knibiehler, « L’allaitement et la société » (2003) ). Une femme ayant été allaitée allaitera-t-elle sans forcément se poser de questions ? Une mère féministe fera comprendre à sa fille que l’invention du lait en poudre a participé à l’émancipation des femmes dans les années 1970. D’autres encore, dans une veine écologiste, mais pas seulement, trouveront le lait maternel
plus sain et préférable, puisque naturel. Plus concrètement, suivant le pays où l’on vit, on pourra allaiter le temps du congé de maternité et au-delà. Ou pas. Cela dépendra aussi de l’emploi occupé et de la fonction qu’on exerce, des possibilités offertes au conjoint/partenaire/femme/mari d’assurer une présence active et importante aux côtés du nouveau-né. Enfin, la religion peut aussi être un facteur de décision. « L’allaitement maternel, fonction féminine réputée naturelle, se révèle ainsi être un remarquable analyseur des liens sociaux : les rapports de sexe entre le père et la mère, rapports de classe entre la mère et la nourrice, rapports de savoirs entre la mère et le médecin » ( Knibiehler, « L’allaitement et la société »).

Pour aller plus loin :Féminisme, allaitement et travail

Quand la législation ne laisse pas le choix...

Ces injonctions et normes culturelles peuvent aussi être imposées par des facteurs extérieurs : le lobby du lait dans les années 1970 fut accusé d’appauvrir les pays en développement en achetant les médecins et hôpitaux en échange de la promotion du lait en poudre. Ceci provoqua un scandale et déboucha sur l’adoption par l’OMS d’un code de commercialisation des substituts du lait maternel. Les recommandations de l’OMS seront de plus en plus suivies par les gouvernements, et à l’origine de certaines politiques plus ou moins excessives ou contraignantes pour les femmes, comme c’est le cas en Suède par exemple ou au Venezuela. Dans ce pays, Odalis Monzón, une parlementaire du parti socialiste vénézuélien, la formation politique du président défunt Hugo Chavez, a déposé en 2013 une proposition de loi radicale qui obligerait les femmes à allaiter au sein pendant les six premiers mois de la vie du nourrisson. Préconisant ainsi l’interdiction des biberons et autres laits artificiels au Venezuela à quelques exceptions près, notamment dans le cas où le nourrisson serait intolérant au lait maternel.

En Belgique, des incitations explicites ...

En Belgique, le label « Initiative Hôpital Ami des Bébés » est attribué aux maternités remplissant certaines conditions, dont celles de former son corps médical aux techniques de lactation, dans le but d’aider les jeunes mères qui souhaitent allaiter au sein. Mais parfois la frontière n’est pas claire entre bons conseils pour un allaitement maternel efficace et injonctions, comme le montrait un reportage de l’émission « Question à la Une » sur la première chaîne publique de télévision en Belgique francophone (RTBF) en novembre 2014. De leur côté, les médias participent aussi à ce que l’on peut qualifier de basculement culturel en rappelant régulièrement que l’alimentation – au lait maternel ou artificiel – est certes un choix que doivent faire les femmes, mais qu’en définitive, seul l’allaitement maternel est le meilleur. Informer est un devoir, certes, mais où commence l’imposition d’une norme ?

Cela doit rester un choix personnel

« Si une maman se sent bien dans le choix qu’elle pose en la matière, bébé ne s’en portera que mieux ! »

Faire le choix d’allaiter ou pas, c’est parcourir un chemin sur lequel la triade – mère, enfant et partenaire – doit trouver son mode et son rythme de fonctionnement. C’est un geste qui peut ou pas avoir une incidence sur la relation particulière qui peut s’installer entre la mère et son enfant, mais cela peut aussi devenir très vite le parcours du combattant. Pas étonnant que la mère se sente parfois démunie et désemparée face à toutes ces injonctions, ces manières de faire, ces héritages culturels ! Pourtant, une seule et unique chose doit peser dans le choix que pose la mère quand il s’agit d’allaitement : son envie. Sa liberté de choisir l’allaitement ou pas. Car si une maman se sent bien dans le choix qu’elle pose en la matière, bébé ne s’en portera que mieux !

Pour aller plus loin :Slate - Le diktat de l'allaitement au sein
Article du Huffington Post
Spirale - L’allaitement est-il compatible avec le féminisme ?
Tags : santé - enfant - parentalité - Famille - Maternité Partagez
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