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Femmes en guerre, femmes en lutte

Article mis à jour le 20 mars 2017

Bande-dessinée – En temps de guerre

par Antigone Aristidou publié le 3 janvier 2017 ©Delphine Panique

Que font les femmes pendant que les hommes sont à la guerre ? C’est l’angle de mire qu’a choisi Delphine Panique pour nous raconter la guerre 14-18 . Elle met en scène de drôles de personnages aux têtes en forme de toits de maisons et dans un style aux allures enfantines nous embarque dans les coulisses de la Grande Guerre.

Un beau jour Mr Bobi est mobilisé, comme tous les hommes du pays. Madame Bobi, mère au foyer, est tour à tour furieuse et désespérée de voir son mari « partir à l’aventure », en la laissant seule avec leur petite Bobbie, muette et sur roulettes. Mais se lamenter ne sert à rien, il faut agir !

©Delphine Panique

Pour la première fois dans sa vie, elle part à la recherche d’un emploi rémunéré. Elle se fait engager comme ouvrière par l’usine d’armement qui, depuis que le patron est parti à la guerre, est gérée collectivement par les travailleuses elles-mêmes. Ce qui n’est pas au goût de la sœur du patron, dite « La Patronne », qui n’hésite pas à employer la stratégie du choc pour reprendre le pouvoir. Toutefois, pour beaucoup de femmes, travailler rime petit à petit avec s’émanciper.

« Gagner de l'argent, accéder même à des postes à responsabilité, étaient des choses inimaginables jusqu'alors pour elles ».

Gagner de l’argent, accéder même à des postes à responsabilité, étaient des choses inimaginables jusqu’alors pour elles. Et voilà que la guerre leur donne l’occasion de se découvrir, de développer des synergies entre elles, de se renforcer. Et aussi de s’amuser, se trouver des passions et parfois même s’aimer. Bien sûr, les penchants violents sont également favorisés par ces chamboulements sociaux: une des femmes séquestre et torture son homme, une autre tue de sang-froid puisque « pendant la guerre, on tue », la petite Bobbie, livrée à elle-même, retourne à l’état sauvage… Un jour, les hommes, ou du moins ce qu’il en reste, reviennent… Fini la liberté?

©Delphine Panique

Ce livre nous entraîne de manière originale dans la « petite » histoire de celles qui sont restées à attendre le retour des soldats. Attendre n’était pas suffisant, il a fallu se réorganiser rapidement et notamment travailler. Le rôle de l’accès au travail dans l’émancipation des femmes y est clairement abordé mais aussi plusieurs autres aspects des à côté des champs de bataille. Ce récit étonnant est bâti sur un contraste intéressant entre un dessin très simple et joyeusement coloré, un brin fantaisiste, avec des personnages un peu naïfs, et son sujet grave et dur d’une guerre bien réelle. L’histoire est construite d’une série de saynètes plus ou moins courtes, à l’humour noir et grinçant mais aux allures toujours innocentes. Des passages inventés se mélangent avec des faits réels et bien documentés, eux-mêmes réinterprétés graphiquement: le dessin des maris aux « gueules cassées » est épatant car complètement farfelu du point de vue réaliste mais incroyablement pertinent quant à la réalité d’un visage détruit… Une vraie-fausse chronique historique, cruelle et drôle, qui éclaire une période de l’histoire d’une lumière singulière.

Delphine Panique – France éditions Misma – sortie 2015

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