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BD – Mes années hétéro : all you need is love !

par Elise Voillot publié le 18 mars 2020 (c) Hugues Barthe

Mai 2013. Rémi est assis devant la télévision. Ca y est, la loi Taubira est passée : le mariage pour tous est enfin légalisé en France ! Si la nouvelle semble réjouir ses proches, elle laisse pourtant une saveur douce-amère à Rémi, lui qui, pendant près de 40 ans, a dû vivre dans le mensonge et le secret. Perdu dans ses souvenirs, il se remémore avec mélancolie ses « années hétéro »…

Le roman graphique a cela de magique : en une centaine de pages à peine, il parvient à raconter des parcours et des récits comme aucun autre art n’est capable de le faire. Des histoires qui, bien souvent, s’aventurent au-delà du simple individu pour livrer des messages universels. Mes années hétéro (Hugues Barthe, Editions Delcourt, 2019) s’inscrit pleinement dans cette catégorie d’ouvrage. Puisant son inspiration à travers les portraits croisés de plusieurs homosexuels nés dans les années ’40, le bédéiste Hugues Barthe offre une narration fluide et rythmée en la personne de Rémi. Si l’auteur a privilégié la vision d’un seul homme à la multitude de profils rencontrés, l’assemblage composite forme curieusement un puzzle des plus réussis. Habitué à travailler sur la question du coming out – il a notamment publié Dans la peau d’un jeune homo -, Barthe livre ici un récit nostalgique mais sans pathos d’un homme face à ses dilemmes et ses choix.

(c) Hugues Barthe

Par l’usage du noir et blanc, il illustre les zones d’ombres et les contrastes d’un être sensible, rongé par ses secrets. Le trait fin et clair souligne l’introspection du personnage en toute simplicité. A l’instar de son coup de crayon, sa plume, sobre et nuancée, évite les écueils et stéréotypes sur l’homosexualité, encore souvent présents dans le monde littéraire et audiovisuel. Oeuvre plurielle et riche, Mes années hétéro ne se limite pourtant pas à ce sujet. Le livre questionne tour à tour la masculinité toxique (notamment à travers le portrait du père de Rémi), la paternité ou encore les stéréotypes de genre.

De son enfance sans amour à l’échec de son mariage en passant par la dépénalisation de l’homosexualité en ‘82, l’histoire de Rémi, c’est surtout celle d’un baby boomer élevé dans une société de déni et de rejet. Toute sa vie durant, il a dû refouler ses attitudes, envies, besoins et passions pour se conformer à un monde qui le marginalise. Une civilisation de la honte qui a longtemps préféré taire plutôt qu’admettre, et qui, aujourd’hui encore, peine à intégrer les communautés LGBTQIA+ au coeur des débats sociétaux. Dans un monde où les droits des minorités sont constamment menacés, Mes années hétéro nous rappelle le chemin déjà parcouru… mais aussi la longue route qui nous attend pour favoriser une société plus juste et égalitaire.

Tags : Critique - BD Partagez