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Burkina Faso : émancipation sexuelle et parentalité

par Géraldine Georges publié le 2 juin 2017 ©G. Georges - Solidarité Socialiste

Des zones huppées aux quartiers populaires de Ouagadougou, des praticiens de la santé, modernes comme traditionnels, vivent de l’IVG. En 2012, environ 105.000 avortements, pour la plupart clandestins, ont été pratiqués au Burkina Faso. « Les conséquences sur les femmes sont dramatiques. La plupart du temps, je les récupère dans mon service, leur système reproductif est meurtri et parfois leur vie est en danger ». Les professionnels de la santé répondent à ce fléau avec la planification familiale.

« Parler de sexualité est un grand tabou, les mères ne parlent pas de ces sujets avec leurs filles, les croyances et les préjugés restent le plus grand obstacle à la planification familiale et mènent inexorablement à l’avortement clandestin qui met en grave danger la santé et la vie des femmes et des jeunes filles ».

Le professeur Charlemagne Ouédraogo, chef du service gynécologie et obstétrique au Centre Hospitalier Universitaire Yaldago de Ouagadougou, se bat au quotidien pour faire évoluer les mentalités au sein du couple. « La parentalité reste la décision de l’homme, elle appartient toujours au mari, au père et la volonté de changement n’est, malheureusement, pas encore à l’agenda ». Selon lui, la volonté politique n’est pas favorable à l’émancipation des femmes ni au fait de rendre le débat sur la planification familiale plus ouvert et plus accessible. Le rôle des ONG en la matière est primordial. Caroline Tabsoba, coordinatrice d’un programme sur les droits sexuels et reproductifs pour l’ONG Asmade, partenaire de Solidarité Socialiste, nous explique : « Que cela soit en milieu urbain ou rural, la question reste la même. Les femmes ne peuvent décider du moment et du nombre d’enfants qu’elles désirent. Beaucoup d’entre elles ne savent pas comment faire, par manque d’informations, d’éducation. Parler de sexualité est un grand tabou, les mères ne parlent pas de ces sujets avec leurs filles, les croyances et les préjugés restent le plus grand obstacle à la planification familiale et mènent inexorablement à l’avortement clandestin qui met en grave danger la santé et la vie des femmes et des jeunes filles ».

Pour aller plus loin :Le site concernant la planification familiale au Burkina Faso
Article sur la planification familiale au Burkina Faso
Article de fond "Pas de mère sans un « mari »"

Des programmes de sensibilisation dans les communautés

« Les croyances sur les effets secondaires (réels ou imaginaires) et l’opposition des hommes à la prise de méthodes contraceptives restent tellement fortes que des programmes de sensibilisation sont mis en place par des ONG comme Asmade »

Au Burkina Faso, l’avortement est illégal. Il n’est autorisé par la loi que pour protéger la santé de la femme enceinte, ainsi que dans le cas de viol, d’inceste, ou de grave malformation fœtale. La méconnaissance du statut légal et les conditions d’accès à celui-ci, conduit, pour la quasi-totalité des cas, les femmes à le pratiquer elle-même ou à se rendre chez des marabouts ou autres tradi-praticiens qui réalisent l’interruption volontaire de grossesses de manière clandestine. « Dans le meilleur des cas, il s’agit de médecins qui travaillent, en cachette, la nuit, dans des conditions d’hygiène déplorables », renchérit Caroline Tabsoba. Selon le Professeur Charlemagne Oué- draogo, la meilleure réponse à ce fléau reste la planification familiale et la prise de moyens de contraception. Les croyances sur les effets secondaires (réels ou imaginaires) et l’opposition des hommes à la prise de méthodes contraceptives restent tellement fortes que des programmes de sensibilisation sont mis en place par des ONG comme Asmade. À l’aide de « boîtes à images », des animatrices et des animateurs rencontrent les communautés pour les informer. Dans un premier temps, sur ce qui existe, ensuite sur les effets secondaires réels, afin de tenter d’amenuir les croyances, et donner aux femmes les bonnes informations pour qu’elles puissent prendre leur propre décision et en parler avec leurs maris. Car rien ne se décide sans l’homme au Burkina. Cette décision doit appartenir au couple. Même si en pratique, il s’agira bien du « problème » de la femme, qui devra presque toujours se rendre seule et/ou en cachette au Centre de santé le plus proche afin qu’on lui administre une méthode contraceptive. Le taux de prévalence contraceptive reste cependant très faible en atteignant à peine 15%.

Pour aller plus loin :Rapport sur les conditions d'avortement au Burkina Faso par Genre en Action

L’ONG internationale « Marie Stopes » offre, elle, un package complet. Leurs séances de « marketing pour la planification familiale » se réalisent directement dans les communautés à travers les « Unités mobiles » qui permettent aux équipes de fournir directement les soins nécessaires, ainsi que la distribution, assez offensive, des produits contraceptifs. Le lieu et le jour de présence des équipes de « Marie Stopes Internationale », dans les Centres de santé des villages, sont stratégiquement choisis en fonction de la date du calendrier de vaccination des bébés. Les mères peuvent ainsi quitter le domicile conjugal, sans devoir justifier leur absence à leurs maris.

Le rôle des mutuelles de santé communautaires

La question de la sensibilisation et de l’accès aux soins en matière de planification familiale est aussi un des objectifs des mutuelles de santé. Plus ancré dans les villages, le lien de confiance avec leurs adhérents est plus grand, ils viennent donc, femmes et hommes, plus aisément aux séances de sensibilisation organisées par les mutuelles. Dieudonné Yanogo, président de la mutuelle de santé de Komsilga, soutenue par l’ONG Solidarité Socialiste, explique : « Nous considérons que proposer les outils de la planification familiale à nos membres améliore la santé des femmes. Les problèmes liés à l’accouchement et au suivi post-partum constituent un coût élevé dans la prise en charge de la mutuelle. Or, tomber enceinte trop souvent augmente les risques pour la santé de la mère. Depuis 3 ans, nous mettons en place des séances de sensibilisation sous forme de “causeries” dans le cadre des activités de la mutuelle. Pour l’offre de soins, nous les dirigeons ensuite vers les Centres de Santé primaires conventionnés ou vers les ONG qui fournissent les contraceptifs, comme Marie Stopes International. »

«J’ai choisi de mettre un implant que j’irai retirer quand nous déciderons du moment pour planifier notre enfant. Je le cache à nos familles, car ici, au Burkina, un enfant est un don de Dieu et une preuve de fertilité et de chance. Ils ne pourraient pas comprendre notre choix. »

Seuls les préservatifs masculins et féminins sont dispensés directement par les agents mutuellistes lors des séances de sensibilisation. Victorine NEKIEMA, membre de la mutuelle de Komsilga : « J’ai 22 ans et un seul enfant de 9 mois, grâce à la mutuelle, je n’ai pas dû payer mon accouchement au Centre de Santé. Je ne voulais pas tout de suite avoir un deuxième enfant, je suis venue à une séance de sensibilisation de la mutuelle et j’ai réussi à convaincre mon mari. J’ai choisi de mettre un implant que j’irai retirer quand nous déciderons du moment pour planifier notre enfant. Je le cache à nos familles, car ici, au Burkina, un enfant est un don de Dieu et une preuve de fertilité et de chance. Ils ne pourraient pas comprendre notre choix. »

Pour aller plus loin :Les mutelles de santé au Burkina Faso
Vers une couverture santé pour tous au Burkina Faso

Les jeunes filles et femmes célibataires

« La sensibilisation touche les garçons autant que les filles, mais il est clair qu’une fois sensibilisées ce sont les filles qui font appel à nous. Les garçons se sentent encore trop peu concernés par ces questions ».

L’utilisation de la contraception moderne est presque inexistante chez les jeunes filles de zones rurales, pour qui la pauvreté, le faible niveau d’éducation, les mentalités, le mariage précoce et la difficulté d’accès aux services sont les plus grands freins à ces questions de droits sexuels et reproductifs. En zones urbaines, les Centres jeunes, mis en place par le Ministère de la Santé, se chargent de cette sensibilisation. « Les jeunes sont considérés comme des cibles à haut impact : nous organisons des séances de sensibilisation, soit dans le cadre du Centre, dans les vidéos clubs, les salons de coiffure, soit au sein même des collèges et lycées. La sensibilisation touche les garçons autant que les filles, mais il est clair qu’une fois sensibilisées ce sont les filles qui font appel à nous. Les garçons se sentent encore trop peu concernés par ces questions », nous explique Nehemie Nacoulma, Commissaire géné- ral du Centre Jeunes du Secteur 15 de Ouagadougou.

Pour aller plus loin :Lire l'analyse "Burkina-Faso: l’émancipation sexuelle et la parentalité ne sont pas un choix " Tags : santé - contraception - vie affective et sexuelle - Planning Familial - Sexualité - IVG - parentalité - Maternité Partagez
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