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Palestine – 50 ans d’occupation

Ces femmes qui construisent la cyber-Palestine

par Lola d’Estienne d’Orves publié le 6 juillet 2017 Dareen Tatour (son blog)

Bien que pour certains pays, la Palestine n’existe pas, du moins, pas sa condition d’État, elle partage pourtant une caractéristique commune avec tous les gouvernements reconnus : un moteur de recherche Google dédié. En effet, il existe depuis une dizaine d’années un www.google.ps. Depuis, une communauté de femmes, journalistes, blogueuses et lanceuses d’alerte, a commencé à construire la cyber-Palestine d’aujourd’hui, ébauche d’un véritable État palestinien de demain. Échanges entre régions inaccessibles et parole récupérée, portrait de celles qui ont décidé de faire entendre leurs voix sur le web gazaoui et cisjordanien.

Les blogueuses palestiniennes engagées

« À une époque, on m’a appris que la Palestine a une superficie de 27 000 kilomètres carrés, mais je sais à présent que ce fait est loin de la réalité. (…) Ai-je encore regardé la carte à l’envers  ? Cela pourrait expliquer pourquoi la Palestine est réduite à 6 000 kilomètres carrés, en comprenant les colonies ».

Nous sommes en 2009 et Enass Banoura décrit la métamorphose de son pays. Elle est membre du collectif Ananthra dont la mission est d’« exposer la vision des femmes sur des faits de société, la vision palestinienne sur des problématiques locales et une vision journalistique sur l’information ».

Pour aller plus loin :Interview d'Enass Banoura

Soutenues par le CFI (agence française de coopération médias), ces quelques blogueuses et journalistes officient encore aujourd’hui, huit ans plus tard. Une longévité rare pour celles présentes sur le web palestinien. Elles sont nombreuses à avoir voulu montrer la réalité du quotidien sous l’occupation israélienne. Il y a à peine quelques années, Heba Zayyan, Laïla El-Haddad ou encore Mona El Farra faisaient partie des pionnières en la matière.

"Peut-être suis-je trop pessimiste, mais c’est la pluie qui me rend nostalgique du temps où les Palestinients faisaient des projets de liberté, de réforme et de développement et où ils croyaient pouvoir bâtir un état palestinien. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Nous régressons, nous demandant seulement s’il y aura du Coca-Cola au marché, si nous obtiendrons un laissez-passer ou non, tant nous sommes prisonniers, littéralement enchaînés".
Heba Zayyan, 2008
©Wikicommons

Les réseaux sociaux comme nouveau terreau de militance

Avec leurs billets d’humeur, entre routine et bombardements, elles offraient alors un portrait sincère et éloigné des discours classiques. Une avancée sur une terre encore peu contrôlée qu’était alors la Toile palestinienne. Aujourd’hui, elles se sont éloignées de leurs premiers pas. Docteure en physique, autrice ou simplement disparues sans laisser d’autres traces qu’un lien quelquefois inaccessible, elles ont délaissé ce tremplin d’émancipation que constituait alors leur blog. Comme pour beaucoup de militantes en ligne, elles ont migré vers les réseaux sociaux, tout en laissant place à une nouvelle génération de femmes palestiniennes. L’une d’entre elles se nomme Farah Baker, aka Farah Gazan.

Précoce, elle crée son compte Twitter en 2012, à l’âge de quatorze ans. Il faudra cependant attendre 2014 pour que ses brèves de 140 caractères ne prennent une envergure de lanceuse d’alerte. Sortie de sa vie ordinaire, elle devient un témoin privilégié des raids israéliens, qui sifflent et s’écrasent à quelques pas de chez elle. Ses live tweets des attaques et leur médiatisation lui offrent une communauté forte, prête à relayer des informations de la première heure. Aujourd’hui, à dix-neuf ans, la jeune adolescente s’est affirmée, délaissant la candeur et la stupéfaction de ses premiers tweets pour aborder un ton revendicateur et adulte.

La repression en ligne aussi !

Ces actions en ligne pourraient cependant leur valoir un emprisonnement. Une étude de mars 2015, menée par 7amleh (centre arabe pour la promotion des médias sociaux), a vu poindre une hausse majeure des arrestations pour  incitations via les réseaux sociaux. Une condamnation qui ne nécessite pas de réel motif, mais simplement le relai des actes d’oppressiondu gouvernement israélien.

C’est ce qui est arrivé à Dareen Tatour, jeune poétesse assignée à résidence depuis bientôt un an et demi. Sa faute consiste en une vidéo postée sur son compte YouTube, le 3 octobre 2015, où elle récite un poème contre les crimes de l’occupation israélienne. Considérée comme une provocation et un encouragement au terrorisme, elle a (très) rapidement été condamnée, et est devenue l’emblème de la répression sur internet envers les personnes de nationalité palestinienne.

"Résiste, mon peuple, résiste leur.
À Jérusalem, j’ai habillé mes blessures et soupiré mes peines
Et porté l’âme dans ma paume
D’une Palestine Arabe
(…)
Détruis l’odieuse constitution
Qui t’a imposé dégradation et humiliation
Et, nous détournant du retour de la justice
Ils ont brûlé des enfants innocents"
Extraits du poème de Dareen Tatour

Alors qu’internet et les réseaux sociaux semblaient être la dernière occasion de profiter d’un espace libre, derrière anonymat et adresses IP détournées, un couvre-feu semble s’imposer. Seules celles soutenues par une autorité extérieure comme la CFI ou rassemblant une communauté suffisamment importante pour provoquer des protestations conservent leurs réseaux. À se demander si la cyber- Palestine, utopie d’un territoire libre, ne commence pas à ressembler de plus en plus à son homologue « dans la vie réelle »

Tags : virtuel - cyberfeminisme - lutte - Médias - Politique Partagez
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