Les dossiers

S'abonner

S'impliquer

Site FPS

Équipe

Faire un don

Société

emploi

Article mis à jour le 3 mars 2022

Chauffeur routier : un métier d’hommes ?

par Solsoc publié le 3 mars 2022 ©iStock

Au Burkina Faso, le métier de transporteur routier est, comme partout dans le monde, quasi exclusivement occupé par des hommes. Néanmoins, des femmes s’engagent dans la profession, notamment sous l’impulsion d’un syndicat : l’UCRB — l’Union des chauffeurs routiers du Burkina Faso, partenaire de l’ONG Solsoc et de la FGTB Horval.

En 2017, l’Union des chauffeurs routiers du Burkina Faso s’est heurtée à un constat évident : sur l’ensemble de leurs 17 000 membres, l’écrasante majorité était constituée d’hommes. En effet, parmi les conducteurs de véhicules poids lourds du Burkina, on ne recensait qu’une seule femme. Depuis près de 30 ans, Massata Cissé, 57 ans, conduit son camion et fait l’objet de reportages tant les femmes sont encore rares dans le métier (en savoir plus). Ainsi, dans une volonté d’induire plus de mixité, le syndicat décide de mener un projet de formation de femmes à la conduite de poids lourds.

Brahima Rabo est le président de l’UCRB et de l’Union des conducteurs routiers d’Afrique de l’Ouest ; selon lui, il existe plusieurs freins à l’engagement des femmes dans cette profession. D’abord, le transport de marchandises implique souvent des missions s’étalant sur plusieurs jours, voire semaines, et des voyages transfrontaliers, ce qui est perçu comme incompatible avec les charges que portent souvent les femmes, notamment lorsqu’elles sont mères. De plus, le métier de chauffeuse·eur routier implique un vrai danger lié à l’insécurité grandissante au Sahel et enfin, les anciens modèles de camion, pas encore automatisés, demandent une grande force physique pour les manipuler et assurer leur entretien.

Lorsque le projet de formation de femmes à la conduite de poids lourds a été présenté, il n’a pas suscité beaucoup d’enthousiasme. Le syndicat a alors pris le parti de débuter le projet par une formation syndicale, destinée aux femmes, en leadership et en renforcement des capacités de négociation. Ce type de formation suscite généralement beaucoup d’intérêt et amène une large participation. À partir de cette formation, l’UCRB a convaincu un groupe de 30 femmes que la conduite de poids lourds était à la portée de toutes… et elles se sont inscrites ! Ce groupe a été accompagné, d’abord sur le plan de la formation syndicale, ensuite via des cours de conduite de camion pour passer leur permis poids lourd, et pour finir lors d’entretiens d’embauche.

Aujourd’hui, 19 d’entre elles travaillent, principalement dans des compagnies de bus interurbains, au niveau de l’aéroport de Ouagadougou, et pour des distributeurs d’hydrocarbures dans la capitale. Deux femmes sont conductrices au niveau international. Ces conductrices sont très fières de faire leur métier parmi tant d’hommes, elles sont porte-paroles de la profession et tentent à leur tour de convaincre d’autres femmes de s’y engager.

« Lorsque le projet de
formation de femmes à la conduite
de poids lourds a été présenté,
il n’a pas suscité beaucoup d’enthousiasme.»

L’UCRB est aussi active dans la lutte contre le trafic et le travail des enfants

Le Burkina Faso connaît depuis les années 1990-2000 une intensification du phénomène de marchandisation des enfants. Dans certains cas, ces enfants sont victimes de réseaux de trafiquants humains à des fins économiques, ils sont exploités dans les cultures agricoles, dans le secteur minier ou sur le marché de la prostitution. Dans d’autres cas, les enfants sont mis au travail par quelques familles locales socialement privilégiées dans le cadre d’emplois de maison, d’emplois agricoles, ou d’élevage.

Les gares routières et les postes-frontières constituent des points de transit pour le trafic des enfants destinés à travailler à la cueillette du coton ou dans les plantations de cacao, principalement en Côte d’Ivoire, mais aussi dans d’autres pays voisins comme le Bénin, le Mali, le Ghana et le Nigéria. En sensibilisant les chauffeuses·eurs à ce problème, les syndicats du transport ont réussi à empêcher l’émigration forcée d’enfants. Les chauffeuses·eurs membres de l’UCRB, avec l’aide des autorités, interceptent ces enfants. Certains d’entre eux peuvent alors retourner dans leur famille, sensibilisée à la problématique. Les autres sont orientés vers l’Action sociale burkinabè ou, pour une partie des adolescent·e·s, vers une autre organisation partenaire de Solsoc, ATY, auprès de laquelle ces adolescents pourront recevoir une formation professionnelle en coiffure, boulangerie ou mécanique.

Solsoc est une ONG de coopération au développement. Avec des organisations du Sud, elle combat l’exclusion et les inégalités en Bolivie, au Burkina Faso, au Burundi, en Colombie, au Maroc, en Palestine, au Sénégal et en République Démocratique du Congo, ainsi qu’en Belgique. Leur objectif commun est de contribuer à la construction d’un monde plus juste et plus démocratique.

Vous souhaitez poser un acte militant en faveur des actions de Solsoc ?
Faites un don sur le compte BE52 0000 0000 5454
Plus d’infos : www.solsoc.be

Tags : chauffeuses - métiers genrés - actu solsoc Partagez