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Article mis à jour le 25 février 2020

Chronique BD de fin d’année

par Mathilde Largepret publié le 20 décembre 2019 (c) Femmes Plurielles

Dans l’équipe de Femmes Plurielles, ce n’est pas un secret, on est fan de romans graphiques. Parmi tous ceux qu’on a dévorés ces derniers mois, voici notre avis sur quelques titres féministes. Bonne lecture!

 

Sea, Sexisme and Sun (de Marine Spaak, First Editions)

(c) Marine Spaak

Marine Spaak, autrice du blog Dans mon tiroir et longue collaboratrice en date du Femmes Plurielles, nous livre sa première BD, un ouvrage coloré et bourré de positivisme.
Entre la mécanique sexiste, le contrôle des corps ou encore le plafond de verre, cette BD vulgarise avec brio et simplicité les grands sujets féministes. Ponctuées de sources pointues et pertinentes, les planches de Sea Sexisme and Sun mêlent pédagogie et militantisme pour rendre le pouvoir aux lectrices. Un fin mélange de féminisme, d’éducation permanente et de dessin ; une BD à mettre entre toutes les mains ! (Chronique d’Eléonore Stultjens)

 

 

 

La rose la plus rouge s’épanouit (de Liv Strömquist, Ed. Rackham)

(c) Liv Strömquist

Cette bédéiste suédoise a des sujets de prédilection, entre le corps et la sexualité des femmes, le sexisme prégnant dans le savoir médical et social, les dynamiques des relations amoureuses. Dans Les sentiments du Prince Charles, elle questionnait la construction du modèle de l’amour hétérosexuel monogame et éternel ; dans cette nouvelle BD, elle s’interroge à l’inverse sur l’incapacité à s’engager et l’affaiblissement du sentiment amoureux. Dérives d’une société marchande et rationaliste ? Conséquences de la vogue de « l’amour de soi » qui pousse au narcissisme ? Comme dans ses autres livres, Liv Strömquist ne cherche pas à donner de réponse unique, mais simplement à disséquer les évidences, principes et valeurs d’une époque, afin d’affûter notre esprit critique. Le tout en mettant en scène des références éclectiques, dans un mélange détonnant et efficace de pop culture, littérature, mythologie, religions, philosophie et science… Dans un style qui allie pédagogie et humour décalé, Liv Strömquist nous pousse à bousculer nos certitudes, et porter un regard différent sur nos relations. (Chronique d’Eva Cottin)

 

 

 

Un clou dans le bec (d'Emmanuelle Teyras et Maxime Poisot, Ed. Marabulles)

(c) Marabulles

 

 

 

Une BD petit format qui éveille en nous l’art de la répartie anti-sexiste. Les deux autrices·teurs mettent en scène avec un trait minimaliste des séquences de sexisme ordinaire.
Entre manspreading et charge mentale, les héroïnes du quotidien clouent le bec avec brio, justesse et humour à la domination masculine.
Allez, un petit extrait en cadeau : « La qualité de ton travail est sans rapport avec mon cycle menstruel. Ton powerpoint, c’est de la merde point. » Ça fait du bien, hein ? (Chronique d’Eléonore Stultjens)

 

 

 

Speak (de Laurie Halse Anderson et Emily Carroll – Ed. Rue de Sèvres)

(c) Rue de Sèvres

Depuis cette nuit-là, le soir où c’est arrivé, Melinda n’arrive plus à parler. Les mots ne sortent pas, comme si ses lèvres étaient scellées. Et pourtant, elle en aurait des choses à raconter. Celle qui a appelé la police un soir de fête arrosée en restant sans voix au téléphone voudrait que les autres élèves présent·e·s sachent qu’elle n’a pas fait ça pour les contrarier et mettre fin à la fête. Speak, BD tirée du roman éponyme de Laurie Halse Anderson raconte le viol que l’autrice a subi durant son adolescence. Elle ne s’attardera pas sur le déroulement de cette nuit tragique mais nous plongera dans l’après. L’attitude de rejet des étudiant·e·s de son établissement qui jugent sans savoir, la présence de son violeur qu’elle côtoie au sein de son école, ses parents qui la voient se refermer sans comprendre mais aussi son cours d’art plastique, la présence imaginaire de l’écrivaine et militante Maya Angelou qui lui donneront une bouffée d’oxygène … jusqu’au jour où enfin, ce sera pour elle le moment de parler.

Les dessins d’Emily Carroll mettent en image, tout en noir et blanc, le parcours de Melinda. Chaque planche, type comics américains, aborde un instant de l’année qu’elle traversera, marquée de nombreux détails graphiques nous entraînant dans l’univers de l’adolescente. On ouvre la première page en se préparant à un récit dur et finalement, on se laisse emporter avec force et empathie jusqu’à la dernière page.

 

 

Mamas (de Lili Sohn, Ed. Casterman)

(c) Lili Sohn

 

Après la Guerre des tétons et Vagin Tonic, Lili Sohn nous offre à nouveau un sujet qu’elle nous présente de l’intérieur ; cette fois la grossesse, la naissance et le fameux instinct maternel. Une féministe qui a envie d’avoir des enfants ? Quid de la charge mentale, des tâches domestiques mal équilibrées, du soin aux enfants encore majoritairement aux mains des mères ? Avec cet ouvrage drôlement décalé et aux illustrations pleines de peps, elle revient sur sa grossesse et cet hypothétique instinct maternel qu’elle aimerait voir surgir comme par magie. L’ouvrage décomplexant pour les femmes (mères ou non) par excellence ! Le tout éclairé par des repères historiques et sociologiques qui lui permettent de déconstruire les clichés genrés encore bien ancrés.

 

 

 

Il fallait que je vous le dise (d’Aude Mermillod, Ed. Casterman)

(c) Aude Mermilliod

Partager une expérience intime et encore taboue, admettre ses contradictions et l’ambivalence d’une telle expérience : c’est ce que veut faire Aude Mermillod en racontant son avortement, l’avant, le pendant et l’après. Ni de celles et ceux qui diabolisent l’IVG, ni de celles et ceux qui le minimisent, Aude Mermillod s’est retrouvée prise dans un sentiment de solitude pesant. C’est pour sortir d’une vision en noir et blanc de l’IVG qu’elle met son témoignage en images : prise dans une histoire d’amour et de désir naissante et bien dans sa vie quotidienne telle qu’elle est, elle n’hésite pas une seconde à interrompre cette grossesse qu’elle n’attendait pas – et pourtant, il lui a fallu s’en remettre, prendre le temps, faire le deuil. Oui, on peut vouloir avorter, défendre le droit à l’IVG, ne pas regretter son choix, mais tout de même ressentir tristesse et deuil.

Son récit se mêle et fait écho au témoignage de Martin Winckler, médecin et écrivain engagé pour les droits des femmes qu’elle a rencontré. Martin Winckler revient sur ses débuts comme médecin et ses premières expériences de pratique d’IVG, ses préjugés face aux patientes, son apprentissage, ses remises en question, jusqu’à devenir le passeur de savoirs et savoir-faire qu’il est aujourd’hui. Un livre à la fois personnel et pédagogique, porté par des illustrations douces et expressives. (Chronique d’Eva Cottin)

Les crocodiles sont toujours là (de Juliette Boutant et Thomas Mathieu, Ed. Casterman)

(c) Casterman

Le premier tome a fait le buzz et ouvert les yeux de nombreuses personnes sur le harcèlement de rue. Gageons que le deuxième aura le même effet ! Cette fois, les autrices·teurs relatent des vécus d’agressions sexistes et sexuelles de plusieurs types : on découvrira les histoires de femmes victimes de violences gynécologiques, de prises en charge policière et judiciaire qui aggravent les violences – un parfait exemple de ce qu’on appelle la double peine -, de sexisme dans le monde du travail, mais aussi de privilèges masculins. De quoi faire réfléchir celles et ceux qui se sentent parfois éloigné·es de cette problématique de société mais aussi les esprits les plus conscientisés qui pousseront ainsi leur réflexion un cran plus loin. Pour celles et ceux qui pensaient que le patriarcat ne touchait plus que quelques sphères isolées, les Crocodiles nous prouvent une fois encore le contraire.

Touchées (de Quentin Zuttion, Ed. Payot Graphic)

(c) Quentin Zuttion

Après Sous le lit, Appelez-moi Nathan (sur l’histoire d’un jeune transgenre) et Chromatopsies (évoquant des histoires de corps en transition), Quentin Zuttion tente de plonger les lectrices·teurs au cœur d’un projet très particulier et fort de sens : un cours d’escrime pour femmes victimes de violences. On suivra les parcours de Nicole, Tamara et Lucie, qui, au fil des entraînements, tissent des liens solidaires. Si l’histoire relève de la fiction, son scénario s’inspire d’un réel projet d’escrime thérapeutique initié en France mais également mis sur pied en Belgique.

Tags : roman graphique - féministe - chroniques - Critique - BD - Féminisme Partagez