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Article mis à jour le 17 décembre 2018

Concours de chroniques – Les résultats !

par Mathilde Largepret publié le 12 décembre 2018

Le concours de la 5ème édition du grand rassemblement féministe et festif « Agitations ! » a remporté un beau succès. Le jury a été touché par la soixantaine de chroniques reçues, tantôt bouleversantes, tantôt piquantes, et toujours criantes de vérité. Retrouvez ici les premiers prix et les coups de coeur du jury.

Les 3 chroniques gagnantes paraîtront dans le prochain numéro de notre magazine Femmes Plurielles. Toutes les chroniques reçues sont disponibles sur le site Agitations.
Encore merci aux participant.es et félicitations aux gagnantes !

1er prix – Letizia Finizio « La femelle de. »

Vendredi dernier, j’étais invitée en ma qualité de bientôt trentenaire à un dîner peu arrosé qui devait se finir à une heure décente et où on avait annoncé des jeux de société. Une bouteille de vin par personne plus tard, après avoir soigneusement évité les questions sur les enfants (« est-ce que je te demande si tu regrettes d’en avoir eu, Martine ? »), nous voilà réunis en équipe autour d’un plateau de jeu garni de camemberts multicolores et de questions de culture générale qui nous font frissonner – que celui ou celle n’ayant jamais mis fin à une amitié à cause d’un Trivial Pursuit me jette le premier fromage.

Mon partenaire tire une carte. Je tremble. « Quelle est la femelle du lièvre ? » Nous nous regardons dans le blanc de l’œil, à la recherche de nos souvenirs du cours de sciences avec Madame Elodie en 1997. La tentation est grande de dire levrette pour détendre l’atmosphère mais je me contiens, parce que mes amis trentenaires-mariés ne rigolent plus à ce genre de boutade depuis longtemps, mais aussi par fierté : pourquoi moi, féministe de service, suis-je incapable de nommer un lièvre femelle ? Autour de moi, silence de morgue : la question a visiblement pris tout le monde de court.

Je repense à mes peluches. L’ours, le cheval, le phoque, le lapin. Mais, c’étaient tous des mâles ? Automatiquement, sans y penser, on avait genré mes peluches au masculin. Sans y penser, ou plutôt par habitude culturelle de voir le masculin l’emporter. « Bah et l’alouette », me sort Martine en buvant son déca, « c’est féminin ». Certes, mais c’est un cas particulier de substantif féminin sans équivalent masculin, comme girafe, grenouille ou anguille. Dans ce cas, on ne choisit pas la prévalence du féminin : on n’a juste pas le choix.

Quand on a le choix, on enseigne les noms d’animaux en commençant par le mâle. Ce n’est que par rapport à celui-ci que les femelles prennent forme d’existence : elles viennent après, elles le suivent, elles sont « la femelle de ». Notez la notion de possessivité du mâle sur la femelle induite dès l’enfance. L’inverse, comme souvent, arrive rarement : je ne me souviens pas du dernier dîner de famille où l’on a demandé, entre la poire et le dessert, qui était le mâle de la brebis (pourtant je le sais, c’est le bélier).

J’ouvre des yeux tout ronds en réalisant que même mon doudou était sexiste et que la domination masculine était entrée dans ma vie bien plus tôt que ce que je croyais, soit bien avant Harry Potter (toute une saga de livres et de films avec son nom écrit en lettres d’or dessus alors que c’est Hermione qui faisait tout le sale boulot).

Je regarde mon partenaire et je hausse les épaules. Mon désespoir face à ces réalisations vaut bien un fromage de retard. Internet nous aura appris que la réponse était « hase ». Mais sur wikipédia, la page de hase n’existe pas : elle renvoie directement à celle du lièvre. Je soupire : si cette peluche lapin avait été une lapine, on n’en serait peut-être pas là.

2ème prix - Biche de Ville « Femme en -isme »

Tiens-toi droite
Sois belle
Rentre le ventre
Faut que tu souries
Pour être charmante
T’as le cul plat
Les hommes ils aiment pas
Parle pas trop fort
Tu leur fais peur
Parle pas de malheur
Sois comme du beurre
Elle était maladroite
Elle se rendait pas compte
Que dans sa petite boîte
D’idées à être au monde
Grondaient les chaînes
D’une femme rebelle
Elle voulait bien faire
Faire de moi une dame
Une dame qui plaise
Plaisante pour les hommes
Un peu éteinte en somme
J’étais qu’une kid dans les nineties
Une teenager un peu soumise
Aux conseils de sa mère
Á l’absence de son père
Aux jugements des copines
Aux regards des garçons qui se posent pas
Bref j’avais pas confiance en moi
Les années se succèdent
Les découvertes aussi
Les différences entre les garçons et les filles
Le célibat comme terrain de jeu de la vraie vie
Si tu couches le premier soir tu es une pute
Si tu veux lui plaire passe à la turlute
Te donner du plaisir c’est pas son affaire
Tu es une grande fille ne sois pas vulgaire
Les conseils sont unanimes: il faut te taire!
Vas y suis moi, on fait un bond en avant
J’ai plus 30 ans mais pas encore 40
C’est carrément le moment de devenir maman
Tic tac tic tac douce pression chiante
Il est où le temps où jouer aux poupées suffisait
Où le jus d’orange du biberon en plastique se vidait jamais
Les hormones ont pris le pouvoir sur mes hanches, leur taille et leurs envies
La pression sociale sur ma vie
Faut être une dame, une mère, une business woman accomplie
Je dois aimer mon corps qui part en vrille
Remercier les hommes de ce qu’ils m’ont pris
Car le hashtag « me too » ne date pas d’aujourd’hui
Mais la résilience doit être ma meilleure amie
Prendre conscience de toutes ces aberrations, ces conseils cons qu’on conseille tant
Et fermer ma bouche encore un moment, car si je l’ouvre on me traitera vraiment
De féministe, carrément, c’est devenu une insulte. Tu me crois pas, je mens?!
Même le mot femme dans la bouche des hommes est synonyme, je sais c’est dément,
de folle, hystérique, pipelette, faible, chiante, fragile, trop sensible,…cible de clichés!
Quoi tu sais pas faire la cuisine?
Donne moi le volant, pour toi je sais, c’est compliqué!
Ô homme, toi qui lis ces phrases ou entends ces mots, tu te sens lésé,
toi même victime de clichés! Sensible tu voudrais t’exprimer!
Je ne t’oublie pas promis, mais j’ai droit qu’à 3000 signes bébé…
Je suis une femme-en-isme
Une femme sous le prisme de ses envies
De ses besoins, de ses droits, oui,
Droit devant je vais, j’envie les hommes sans seins qui courent plus vite,
les filles en string des magazines sans cellulite,
Je veux tout ou rien, parfois je sais plus, victime de mon chagrin, de mon trop plein, du
sang qui coule tous les 4 jeudis matins,
Je porte mon bidon rempli de bonbons et pas de bébé
J’enfile mes désillusions ou les verres selon la journée
Parfois je me bats parfois je m’en bats les ovaires, ouais
Et je veux juste que tu payes le resto et les pop-corn au ciné!

3ème prix - Hannah Slagmuylder « Pourquoi tu me juges parce que je suis féministe ? »

Je m’appelle Hannah, j’ai 16 ans, je vis à Bruxelles. Au-delà d’être une étudiante, une femme, une fille, une amie, je me considère aussi et surtout féministe et engagée. Je n’ai pas peur de l’affirmer haut et fort.
Etre féministe, le dire, en parler dans mes travaux, en débattre en classe, vouloir informer et sensibiliser mes camarades, défendre mes idées et mes convictions tout simplement ; tout ça me coûte cher. Cher en jugements, en insultes et autres moqueries injustifiées.

Nous les féministes, nous sommes jugées parce qu’on réclame l’égalité, parce qu’on veut défendre des femmes privées de leurs droits et parfois même de leur liberté. Parce que nous cherchons à faire changer les opinions et les mentalités parfois ignorantes, parfois carrément rétrogrades.
J’entends déjà la réponse de mes « juges » : « C’est pas en nous bassinant avec tes conneries d’égalité et de droits que tu vas changer les choses ! »
Et bien figurez-vous que si ! Moi j’en parle, j’interpelle mon entourage sur ce qui se passe dans la société ; je m’informe et travaille tous les jours sur le féminisme et sur les sujets qui y sont liés.
Selon moi, faire cela, c’est contribuer à changer les choses, c’est me battre à ma manière !

Concrètement, comment est-ce d’être jugée parce que je suis féministe ?
Ça se traduit par des huées en début de présentation orale, par des insultes lors de débats en classe, par des commentaires tels que « Oh non pas encore ça… Oui c’est bon on est déjà au courant. Arrête de nous faire ch… avec ton féminisme… T’en fais trop, tu abuses ! ».
Jamais au grand jamais je ne laisserai dire que j’en fais trop !

Quand plus aucune femme n’aura à subir de pression, de harcèlement, de violence comme elles en vivent aujourd’hui ; quand elles seront libres de sortir dans la rue quand et comme elles le souhaitent, sans peur de se faire insulter ou agresser ; quand plus aucune femme ne mourra sous les coups de son mari ou après avoir été violée ou torturée ; quand elles seront libres de voyager, d’avorter, d’étudier et de travailler ; le jour où elles seront égales aux hommes, alors peut-être que j’arrêterai de parler du féminisme.
Mais pas sûr! Parce qu’il faudra continuer d’en parler, pour expliquer ce que nous, les féministes, aurons défendu pendant si longtemps et surtout pour que cela n’arrive plus jamais !

Toi qui me dis de me taire, sache que, certaines et certains eux m’écoutent et ont comme moi envie de se mobiliser, d’en parler à leur tour. Et cela durera encore pendant de longues années.
Tout comme moi ils auront envie de te dire de te taire quand tu affirmeras, à tort, que ça ne sert à rien d’être féministe.

Coup de cœur du jury - Claire Dalemont « Contrepied : Rose et Noir »

« Quand il me prend dans ses bras,
Qu’il me parle tout bas,
Je vois la vie en rose » …

Ce jour-là, elle est entrée dans mon bureau … je ne l’ai pas reconnue. Je suis restée là, interdite, muette …
Elle était bleue, elle était jaune, elle était violette, elle était rouge…
Rouge sang …
Elle m’a simplement dit : « Ça vaut pas le coup » !
« Le coup ou les coups ? » j’ai dit du tac au tac.
Son visage était un révélateur de coups, coups bleus, coups rouges… coups noirs …
Il avait bu un coup de trop et les coups rouges avaient fusé…
Alors ce jour-là, elle l’avait quitté…
Mais vite, le soir même, il l’avait rattrapée et les coups noirs ont fusé.
Il avait bu un coup de trop, un petit dernier pour la route, en somme … sa route à lui…
Et sa route à elle, alors ?
Ce soir-là, éclair et black-out… elle s’est arrêtée là, sa route à elle.
Combien de temps écoulé entre le jour du coup de foudre et le jour du coup de feu ?
Si peu …

En chemin, je me suis dit :
« quelle distance entre les coups ?
le coup de cœur et le coup de boule …
le coup de main et le coup de poing …
le coup de pouce et le coup de pied …
le coup de foudre et le coup de feu ?

« Ça vaut pas le coup », elle avait dit …

Coup de cœur du jury - Margot Delor « Chronique d’une danseuse (pas si) classique »

Je l’attendais avec une impatience non dissimulée et voilà qu’il a fait son entrée en scène il y a quelques jours à peine… « Girl », le film du réalisateur belge Lukas Dhont, est enfin sorti dans les salles obscures. Hourra, petit entrechat ! Car le thème m’habite, me passionne et m’invite à de multiples réflexions (des genoux, des chevilles et des neurones aussi). En effet, la danse classique est un milieu où les clichés sexistes ont la pointe dure. Inutile de les évoquer, la simple mention du mot « tutu » suffit à faire trembler les fanas du foot. Mais tandis que je prône la diversité des morphologies et la remise en question des standards de beauté, j’aime également de toute mon âme un sport qui fixe des critères physiques stricts et qui renvoie l’image d’un idéal féminin réducteur.

Bienvenue à Contradictionland. Le pays où cohabitent antinomie et anatomie. J’ai cependant fini par réaliser que la danse classique n’était ni plus ni moins qu’un miroir de notre société, aux injonctions sexistes exacerbées en raison du rôle d’homme et de femme hyper-archaïques dans les ballets traditionnels. Et que, ô joie, ce microsome comptait lui aussi son lot d’irréductibles Sylphides. De prétendants au ruban. De suffragettes en jupette. L’une d’elles s’appelle Lara et c’est l’héroïne dudit film. Or le moins qu’on puisse dire, c’est que la ténacité de cette élève transgenre est transcendante. Sueur et sang lui sont nécessaires pour intégrer la division des danseuses, jusqu’alors réservée… Eh bien, aux danseuses. Aux femmes. Classiques. C’est-à-dire, nées filles. Toutefois Lara, vous l’aurez compris, ne se trouve pas dans cette catégorie. Et c’est là tout l’intérêt de ce scénario, inspiré de la véritable bio et du saisissant parcours de Nora Monsecour.

Le combat de Lara/Nora n’est pas sans rappeler d’autres rébellions du chignon. Je pense notamment à Sarah Hay, révélée par la série « Flesh and Bone », qui a dû imposer ses formes généreuses au sein – sans mauvais jeu de mots – d’un milieu totalement hermétique à son physique. C’est à corps et à cœur ouvert qu’elle s’est confiée dans la vidéo «Sarah is… A short story about Self Acceptance » sur les remarques désobligeantes qu’elle a longtemps subies. Le bouquin « La ballerine aux gros seins » s’inscrit dans cette lignée, quoique plus léger. Ballet et big boobs sont la combi insolite de ce récit humoristique. Notons que le canon esthétique a également failli coûter la carrière de Misty Copeland. Soliste à l’American Ballet Theatre, elle est la première afro-américaine à avoir accédé à ce titre. Une ballerine inconvenablement musculeuse et de couleur en prime… Il n’en fallait pas plus pour envoyer en coulisse les cancans des coincés du collant !

La danse classique, vecteur de la lutte contre les stéréotypes de genre ? Visiblement, même les disciplines les plus rigides ne semblent pas échapper aux vents du changement… Ça mérite bien un grand battement !

Coup de cœur du jury - Cindy Vandermeulen « Vive le clitoris ! »

De retour des joutes poétiques Granvillaises où je me suis dit :
Que j’en ai marre d’entendre parler de pénis !
A quand un slam sur le Clitoris ?
La vieillesse n’excuse pas tout (oui c’étaient surtout des textes du doyen d’environ 90 ans)
Et les jeunes sont beaucoup trop mous.
iels ont peur de se mouiller
Pour un organe qui, lui aussi, peut bander !
Trop souvent oublié, trop souvent méprisé
Pour chaque pénis encensé,
Il y a un clitoris mutilé !
J’avais dit : « plus de slam engagé »
Mais il fallait bien quelqu’une avec une sacrée paire d’ovaires pour venir en parler !
En Afrique on parle d’excision,
« Ho, c’est loin », me dira-t-on !
Et en Europe, on oublie aussi
Qu’aux femmes, on leur coupe le croupion !
Loin d’être une métaphore imagée,
Les violences gynécologiques sont une réalité !
Episiotomie, refus d’opérer, implant dangereux, hormones trafiquées, ablation des lèvres, du clitoris, point du mari, gynécologues complices, touchés vaginaux d’étudiants sur des femmes anesthésiées, refus d’hystérectomie en cas d’endométriose, refus de ligatures ou traitement que l’on t’impose, tampons aux pesticides, crème vaginale hygiénicide,
dès l’enfance, sur les zézettes c’est le féminicide !
J’en ai marre d’entendre parler des pénis !
A quand une ode au clitoris ?
Avouez mesdames qu’il y a de quoi faire pâlir, d’avoir un organe uniquement dédié au plaisir !
Et l’on comprend aisément
La frustration de ces messieurs de savoir que pour jouir,
On peut se passer d’eux.
D’où l’envie d’en faire des tonnes sur un bout de saucisse maigrichonne,
Qu’à Granville, on ne pourra,
Même plus faire cuire au feu de bois.
J’en ai marre d’entendre parler des pénis !
A quand une ode au clitoris ?
Je me suis encore me faire traiter de féministe
Mais autant militer sur la piste
Et comme les joutes granvillaises étaient en lice,
Je me suis retrouvée sur scène à crier :
Vive le clitoris !
Le lendemain pas de bol,
Dans un slam un type faisait l’apologie, pas du viol,
mais confondait encore
drague et harcèlement hardcore
et le plus triste
c’est que le public a applaudi, ce fut même lui qui fût choisi
et moi je n’ai pas eu le courage
de me lever seule dans le théâtre
pour dire que 99% des femmes étaient victimes de ce qu’ils appellent prétendument de la drague !
La lutte contre le sexisme a encore malheureusement de longues années devant elle !
Alors mesdames, prenez le micro et venez sur scène
sinon revendiquer vos droits,
faire entendre votre voix !
Après mon slam, qui n’a pas été sélectionné,
Qu’elle ne fut quand même pas ma fierté,
D’entendre les animatrices s’extasier
qu’en matière de participantes, on atteignait presque la parité,
ce qui n’était pas le cas encore il y a quelques années !
On a besoin de nous pour faire changer les mentalités !
Parce qu’il n’y pas que les clitoris qui sont excisés,
La parole et les droits des femmes sont également coupés !
Alors une dernière fois juste pour le plaisir,
Parce qu’on n’a vraiment pas en rougir :
Virez-moi tous ces pénis
Et criez juste : vive le clitoris !

Coup de cœur du jury - Fanny Goerlich « Personne ne m’a touché les fesses »

Espagne, Août 2015. Première sortie avec mes deux nouvelles colocataires. Nous sommes
allées dans plusieurs bars, nous avons dansé et nous avons bu. Une fois rentrée, je me rappelle que
je ne pouvais pas m’empêcher de penser : « Personne ne m’a touché les fesses ». « Personne ne m’a
touché les fesses ». Cela devrait être normal, cela n’aurait pas dû m’étonner, et pourtant.

J’ai grandi à Liège. Quand j’ai commencé à sortir dans le Carré, j’ai appris à ne pas quitter mon
verre des yeux. J’ai appris à ne plus porter de jupe pour éviter qu’une main ne passe en-dessous,
mieux valait une main sur mes fesses par dessus un pantalon que des doigts dans ma culotte. J’ai
appris à marcher vite pour rentrer chez moi, mes clés entre les doigts. J’ai appris à envoyer un
message à mes amis pour les rassurer quand j’étais rentrée sans problème. Alors, après une nuit de
fête sans malaise ni menace, j’ai été étonnée que personne n’ait touché mes fesses. C’est la
première émotion que j’ai ressentie : de l’étonnement, puis je me suis sentie triste. Triste de vivre
dans un monde où l’absence d’agression m’étonne.

La colère est arrivée après la tristesse. La colère d’avoir supporté tout ça, sans jamais le
remettre en question, parce qu’on m’avait appris que c’était banal. La colère de m’être laissée faire
durant des années sans me mettre en colère. La colère de m’être habituée à ces comportements
jusqu’à les trouver normaux. Ils ne sont pas normaux. Personne n’a le droit de profiter de
l’anonymat de la foule pour me toucher sans mon consentement. Personne n’a le droit de croire que
lorsque j’ai accepté de danser, j’ai aussi accepté une langue dans ma bouche. Personne n’a le droit
de penser que c’est normal, dans la rue à 5h du matin, de me suivre, de me parler, de m’insulter
quand je ne réponds pas. Personne n’a le droit de profiter de mon ivresse pour me violer.

Maintenant, quand je reviens à Liège, je ne sors plus faire la fête. Je n’ai plus envie de
supporter tout ça. C’est probablement temporaire. Mais je suis toujours en colère et je sais qu’à
l’heure actuelle, ma réaction serait violente. J’aimerais pouvoir ressortir boire une bière sans finir au
poste de police après avoir été agressée, ou après avoir cassé un nez ou brisé un poignet.

La solution est pourtant évidente : Apprenez à ne pas nous agresser. Enseignez à vos garçons à
ne pas être des agresseurs plutôt que d’apprendre à vos filles à se protéger. C’est la seule solution.
Et c’est simple, non ?
Si vous êtes un homme, ARRÊTEZ – DE – NOUS – AGRESSER, merci.

Tags : Agitations - chroniques - concours Partagez