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Le monde en crise, la lutte féministe continue !

Article mis à jour le 18 mai 2020

Crise sanitaire du Covid-19, révélatrice à grande échelle des failles de notre système

par Eléonore Stultjens | Florence Vierendeel publié le 15 avril 2020 (c) unDraw

La crise sanitaire actuelle n’est pas un hasard. Elle met en lumière les déficits de notre système de santé, fruit d’une politique néo-libérale qui s’attaque, depuis plusieurs décennies, aux services publics et renforce les inégalités sociales entre les individus. Cependant, cette situation inédite, illustrant les failles d’un système qui s’essouffle, nous offre l’opportunité de repenser notre vision du monde et de nos priorités. Saisissons-la. 

« Le capital a tué l'hôpital »

Tel est le crédo de La santé en lutte, un collectif de travailleuses·eurs du secteur des soins de santé militant pour un système de santé basé sur l’humain et non sur les aspects financiers. Ces dernières années, le gouvernement néolibéral au pouvoir a privilégié la rentabilité budgétaire des services publics au détriment de leur qualité et de leur accès à l’ensemble des citoyen·ne·s.

En 2017, par exemple, le budget alloué au secteur des soins de santé subit de plein fouet une coupe de 900 millions d’euros sous le mandat de Sophie Wilmès, à l’époque ministre du Budget. Une économie qui contrevenait à la norme de croissance de 1,5% du budget de santé jusqu’en 2019 (croissance de seulement 0,5% en 2017).

(c) La santé en lutteEn cette longue période de crise sanitaire, afin de combler les carences en matériel, les professionnel·le·s de première ligne sont contraint·e·s de porter des lunettes de ski, de demander à la population de coudre des masques ou encore de faire appel aux dons de respirateurs.

Des coupes budgétaires qui sont concrètement ressenties par les professionnel·le·s du secteur et leurs patient·e·s : manque de personnel, manque de matériel, détérioration des conditions de travail, détérioration de la santé mentale des travailleuses·eurs, augmentation des suppléments d’honoraires, allongement des délais d’attente, etc.

En cette longue période de crise sanitaire, afin de combler les carences en matériel, les professionnel·le·s de première ligne sont contraint·e·s de porter des lunettes de ski, de demander à la population de coudre des masques ou encore de faire appel aux dons de respirateurs. Les mots d’ordre pour faire face à ces difficultés : débrouille et solidarité, qui, au-delà de leur pouvoir d’action positif, font reposer la responsabilité sur les citoyen·ne·s et non sur l’État.

Les politiques néolibérales affaiblissent les services publics, dont le secteur des soins de santé à coups d’augmentation du prix des médicaments, de sous-investissements des équipements et de suppression de lits ou de postes. Or, ces politiques rendent vulnérables notre capacité collective à endiguer toute pandémie et à assurer la sécurité sanitaire de chacun·e.

 

Tou·te·s confiné·e·s à la même enseigne ?

Si le Covid-19 touche l’ensemble de la population mondiale, au-delà des frontières, des couleurs politiques et du statut socio-économique, les inégalités sociales demeurent et augmentent face aux mesures de confinement. En effet, tout le monde n’est pas confiné·e à la même enseigne : grande maison avec jardin ou studio de 30 m², télétravail ou obligation de travailler à l’extérieur, enfants à garder ou pas, matériel informatique ou non, etc.

La crise sanitaire met en lumière les inégalités qui persistent entre les corps professionnels. Citons ici les chauffeuses·eurs de transports en commun, les aides ménagères, les éboueuses·eurs, les livreuses·eurs, les caissières·iers ou encore les ouvrières·iers du bâtiment, qui, en se mobilisant sur le terrain pour assurer le bon fonctionnement de notre société, sont plus exposé·e·s au Covid-19 que les populations aisées qui travaillent à distance.

D’autres groupes sociaux vulnérables sont également oubliés par les mesures gouvernementales : les personnes en situation de handicap, les détenu·e·s en prison, les seniors, les sans-abris, les étrangères·ers en séjour précaire, les demandeuses·eurs d’asile, les artistes au statut précaire, etc.(c) Kelly Sikkema

 

D’autres groupes sociaux vulnérables sont également oubliés par les mesures gouvernementales : les personnes en situation de handicap, les détenu·e·s en prison, les seniors, les sans-abris, les étrangères·ers en séjour précaire, les demandeuses·eurs d’asile, les artistes au statut précaire, etc.

Dans ce contexte, les inégalités de genre se marquent d’autant plus, alors que le confinement aggrave les cas de violences faites aux femmes et aux enfants dans le cadre domestique, pénalise les mères de famille monoparentale, mobilise les travailleuses omniprésentes dans le secteur du care* ou encore exacerbe la répartition inégalitaire des tâches ménagères. Les femmes sont indubitablement en première ligne dans la gestion de l’épidémie, que ce soit sur le terrain ou au sein des foyers. Rappelons qu’elles constituent près de 80% du personnel travaillant en hôpital, ce chiffre monte à 90% concernant les maisons de repos et les crèches. En parallèle, ce sont aussi elles qui répondent massivement aux appels de fabrication de masques…

 

 

Vers une nouvelle vision de la société

Aujourd’hui, l’urgence pousse à la mise en place de mesures exceptionnelles : libertés individuelles réduites, mise en place d’un gouvernement fédéral possédant des pouvoirs spéciaux, injection de budgets pour venir en aide aux hôpitaux, etc. Pour autant, la crise met un coup de projecteur sur des enjeux de société déjà bien existants et qui ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Seul un profond changement de cap peut rectifier le tir.

Dans cette optique, il nous semble indispensable de renforcer le rôle de l’État social, en ce compris, la lutte contre la marchandisation croissante des secteurs d’intérêt collectif, tels que le secteur de la santé, et la lutte contre les politiques antisociales à l’encontre de la Sécurité sociale (ex : réforme des pensions, chasse aux chômeuses·eurs, réduction des cotisations sociales), pilier de solidarité de notre société. Le refinancement des services publics doit se faire à la hauteur des besoins des populations. Quant aux métiers indispensables au bon fonctionnement de la société, ceux-ci nécessitent d’être revalorisés, tant socialement qu’économiquement. Par ailleurs, les politiques mises en place doivent absolument tenir compte des groupes les plus vulnérables afin de ne pas aggraver la précarité dans laquelle ceux-ci évoluent. Pour finir, après la crise, les citoyen·ne·s ne doivent en aucun cas faire les frais des mesures actuelles, ni subir un nouveau cycle d’austérité néolibérale.

(c) Stéphanie Jassogne

Plus qu’une question épidémiologique, cette pandémie nous invite à regarder la réalité en face et à constater les échecs du paradigme capitaliste et néolibéral. Ce n’est pourtant pas une fatalité mais bien une question de choix politiques et sociétaux qui devront être faits au lendemain de la crise en faveur de la reconstitution d’un État social fort dont la priorité est l’égalité entre chaque citoyen·ne et non l’enrichissement d’une fraction minime de la société. D’autres défis cruciaux nous attendent, tels que la crise écologique et migratoire : tirons donc, au plus vite, les bons enseignements de cette crise sanitaire.

 

* Le care signifie sollicitude, soin, attention, souci de l’autre… Aucun terme francophone ne permet de traduire efficacement le concept anglo-saxon de care. Il recouvre d’une part la sensibilité que l’on peut avoir envers les besoins des autres, et d’autre part, l’action de prendre en charge une personne qui n’arrive pas à répondre à ses besoins de manière autonome. 

 

Cet article est tiré de l'analyse FPS d'Eléonore Stultjens et Florence Vierendeel"Crise sanitaire du covid-19 : Révélatrice à grande échelle des failles de notre système" Tags : Coronavirus - Covid-19 - sécurité sociale - inégalité - Genre Partagez