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Article mis à jour le 4 septembre 2017

Cyber-féminisme: la militance 2.0

par Marie-Anaïs Simon publié le 28 décembre 2016 ©Florent Marloye pour Femmes Plurielles

Le cyberféminisme est né et a évolué avec les nouvelles technologies. De nombreux combats sont menés par cette militance numérique qui regorge de potentialités ! Et si on essayait de mieux comprendre cette arme de déconstruction massive ?

Les grands espoirs d’un cyberféminisme naissant

« Les femmes auront un important rôle à jouer dans le monde technologique, que ce soit pour permettre la libération des femmes ou pour faire progresser cette discipline ».

Dans le début des années 90, alors que le web allait tout juste apparaître dans nos vies, les féministes voyaient déjà dans les cyber-techniques un atout redoutable dans leur conquête de l’égalité entre les sexes. Donna Haraway, qui inspirera largement les mouvements cyber-féministes, reconnait dans les technosciences un terrain de bataille, dont les femmes doivent s’emparer à tout prix. En 1991, cette philosophe et primatologue américaine publie son Manifeste Cyborg, dans lequel elle déconstruit l’opposition que la société fait entre le féminin et la technologie. Pour elle, les femmes auront un important rôle à jouer dans le monde technologique, que ce soit pour permettre la libération des femmes ou pour faire progresser cette discipline. Ce texte révolutionnaire est le terreau qui alimentera les premières cyber-féministes en pleine émergence à la fin du 20e siècle.

Pour aller plus loin :Féminisme, cyborgs et alliances : rencontre avec Donna Haraway©VNS Matrix ((leur site))

Entre VNS MatrixOld Boys Network,  Sadie Plant et bien d’autres, le cyber-féminisme prospère dans sa pluralité. Il prend diverses formes – plateforme web (WIKI), blog, site Web… – et confronte différentes visions, il s’oppose à toute forme de standardisation.

Pour aller plus loin :Cyberféministes : un combat en héritage

Désillusions et nouveaux défis

Campagne du Centre Hubertine Auclert (Plus d'infos sur cette campagne)

Suivant l’exemple des premières cyber-féministes, de plus en plus de femmes ont pris possession des nouvelles technologies. Elles ont activement pris part à sa compréhension, sa construction et son amélioration. Par ailleurs, les nouvelles technologies de la communication leur donnent l’occasion de développer et d’exprimer leur propre vision du féminisme en faisant ainsi émerger des pratiques militantes en ligne très diverses.

Ces pratiques répondent également à des défis actuels de taille. Les féministes doivent lutter contre un cyber-sexisme qui se manifeste autant par des propos misogynes décomplexés que par une sous-représentation des femmes dans les métiers et l’utilisation des nouvelles technologies. Pour contrer ce phénomène et continuer leur combat, les réseaux sociaux deviennent les nouveaux alliés du féminisme. De plus en plus accessibles, ils permettent une diffusion massive de l’information et des modes de mobilisation plus puissant que jamais.

Plus d'informations sur le cybersexismeCe très bon article de NéonEmission France CultureL'étude du Centre Hubertine AuclertLes bons réflexes pour lutter contreArticle de Média Animation sur le cyber-harcèlementEt pour lutter contre cela - Seriously

Les réseaux sociaux : de nouveaux alliés

«Toutes ces initiatives visent à impliquer les internautes dans une réflexion autour du caractère construit de ce que l’on estime être la féminité ».

Certaines cyber-féministes les utilisent d’ailleurs pour déconstruire l’idée de normalité et les concepts socialement construits comme les rôles sociaux des hommes et des femmes, les normes sexuelles qu’on leur impose, les critères de beauté ou de réussite. Pour cela, elles développent des outils produisant un contre-discours et occupant l’espace virtuel : des blogs luttant contre la grossophobie (grossefem.tumblr.com), des artistes dont les comptes Instagram questionnent le regard sur les poils ou le tabou des règles (Rupi Kaur, Petra Collins ou Arvida Bystrom) , des sites qui permettent de facilement déposer plainte contre des publicités sexistes (Macholand, des hashtags pour valoriser les femmes dans la science ou témoigner du sexisme ordinaire (#EverydaySexism par exemple), des newsletters pour parler de féminisme en toute liberté … Toutes ces initiatives visent à impliquer les internautes dans une réflexion autour du caractère construit de ce que l’on estime être la féminité.

©Rupi Kaur - Cette image postée sur son compte Instagram fut supprimée, elle a ainsi pu ouvrir le débat sur le tabou qui entoure les règles, encore aujourd'hui (voir son travail complet)

D’autres féministes en ligne utilisent ces mêmes médias pour documenter,  souligner et lutter contre des problèmes de société qui touchent les femmes et qui sont oubliés par les médias traditionnels. La campagne #BringBackOurGirls avait par exemple permis de faire prendre conscience du drame des enlèvements de jeunes femmes au Nigéria par Boko Haram. Ce type d’initiative qui utilisent également des pétitions en ligne ou invitent à des rassemblement pour protester ont pu mener plusieurs fois à des mesures très concrètes. En France, par exemple, le collectif « Georgette Sand » a réussi à faire reconnaitre les produits d’hygiène féminine comme des produits de première nécessité et à abaisser ainsi leur taxe à 5,5 %. En Belgique, ce combat est d’ailleurs toujours en cours avec le collectif Belges et Culottées. (Le 9 mai, PS a déposé une proposition de loi demandant la réduction de cette taxe à 6%).

Pour aller plus loin : Quelques blogs cyber-féministes à découvrirLes DégenreusesLes MartiennesCrêpe Georgettes

Un héritage qui perdure

« C’est l’ensemble de ces petits combats très différents, parfois anodins qui, en s’aditionnant, déconstruisent, petit à petit, les représentations, les normes et les inégalités basées sur le genre ».

Haraway voulait que les femmes soient partie prenante de la révolution technologique. L’histoire récente nous montre que c’est bel et bien le cas malgré de grandes disparités et les nombreux efforts qui restent à faire . En proposant par exemple, des cours de codages pour les femmes,  les cyber-féministes agissent aujourd’hui d’une manière très ancrée dans la réalité avec souvent en tête le souci de transmission, d’empowerment et d’égalité réelle.

Alors, qu’elles militent pour l’accès des femmes au stade en Iran ou contre la dernière campagne de publicité sexiste d’Ikea, c’est l’ensemble de ces petits combats très différents, parfois anodins qui, en s’aditionnant, déconstruisent, petit à petit, les représentations, les normes et les inégalités basées sur le genre.

Qui sont les nouvelles féministes 2.0 ? - Le Tube du 06/05

Pour aller plus loin : Lire notre analyse sur le sujetCyberfeminisme: une arme de déconstruction massive Tags : virtuel - harcèlement - cyberfeminisme - lutte - Médias - Féminisme Partagez
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