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Sur les traces de la chasse aux sorcières

par Marie-Anaïs Simon publié le 21 août 2018 ©Unsplash

Au XVIe et XVIIe siècles, pas besoin de s’habiller en noir, de porter un chapeau pointu ou même de s’adonner réellement à la magie pour être une sorcière… et finir sur un bûcher. Partons sur les traces de cette chasse aux sorcières qui s’attaqua à la fois aux femmes, à leur pouvoir et à la nature. Nature que ces sorcières protégeaient et dont elles tiraient leur puissance.

Des femmes puissantes

Les sorcières dont on parle le plus en Occident sont celles qui furent persécutées au temps de l’Inquisition. Ces femmes étaient puissantes, détentrices de savoir ou simplement plus autonomes que les autres. Elles faisaient peur parce qu’elles menaçaient l’ordre établi et la distribution du pouvoir. Elles dérangeaient parce qu’elles « refusaient de se conformer aux attentes d’une société patriarcale, blanche, impérialiste et chrétienne ».



"Elles faisaient peur parce qu’elles menaçaient l’ordre établi et la distribution du pouvoir".



Elles furent, comme l’explique Émilie Hache en introduction du recueil écoféministe Reclaim, « brûlées vives pour avoir refusé de plier devant l’éradication de leur monde par celui qui était en train de naître et sa logique de prédation ».

"Une mauvaise récolte, une épidémie, la mort d’un enfant ou l’impuissance sexuelle d’un homme ne pouvait être que l’œuvre de leurs maléfices".

On avait alors trouvé le bouc émissaire parfait ! Une mauvaise récolte, une épidémie, la mort d’un enfant ou l’impuissance sexuelle d’un homme ne pouvait être que l’œuvre de leurs maléfices. Pour la peine, torture jusqu’à l’obtention des aveux désirés et mise à mort sur le bûcher ! Pas de demi-mesure ! Peu importait réellement la justice du procès, tant que l’on pouvait se débarrasser des vagabondes, des veuves, des célibataires, des anciennes… et surtout des guérisseuses.

Car ce sont bien ces herboristes, sages-femmes et soigneuses, qui étaient visées en première ligne par les chasses aux sorcières. Ces femmes possédaient un savoir-faire ancestral, elles maitrisaient, entre autres, l’utilisation des plantes médicinales, les embaumements, détenaient les connaissances sur les fonctions reproductrices des femmes et les techniques de l’accouchement. Elles étaient généralement les guérisseuses du village, « les seules médecins généralistes d’une population qui n’avait ni docteurs ni hôpitaux et qui souffrait amèrement de la pauvreté et de la maladie »

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La confiscation des savoirs

©Charlie Harutaka - Unsplash

Avec l’arrivée de la médecine « moderne » (et de son aspect lucratif), ces pratiques furent dévalorisées puis stigmatisées jusqu’à devenir un motif d’exécution. Cette persécution priva les guérisseuses de leur puissance, menant à la confiscation de leurs savoirs et compétences par les médecins et les scientifiques… par les hommes en somme. En effet, les femmes n’accédèrent que très tardivement aux métiers reconnus de la médecine. En France, ce fut en 1875 avec Madeleine Brès et aux USA en 1849 avec Madeleine Blackwell.

Le visage de la médecine changea alors définitivement, on passa de la compréhension du corps et des plantes aux spectaculaires saignées, lavements et opérations sanglantes. Ainsi, « la vraie question était celle du contrôle : une médecine masculine pour la classe dominante sous les auspices de l’Église était acceptable, une médecine féminine intégrée à une sousculture paysanne ne l’était pas ».

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« Alors qu’au Moyen-Âge les femmes avaient pu employer diverses formes de contraception, et avaient exercé un contrôle incontestable sur le processus d’enfantement, leurs utérus, à partir de ce moment-là, devenaient un territoire public, contrôlé par les hommes et l’État, et la procréation était directement mise au service de l’accumulation capitaliste »

Par la même occasion, les savoirs sur le corps des femmes, la reproduction et la sexualité furent enfouis et oubliés pour quelques siècles. Comme l’expliquait l’historienne féministe Silvia Federici dans son livre, Caliban et la sorcière, « alors qu’au Moyen-Âge les femmes avaient pu employer diverses formes de contraception, et avaient exercé un contrôle incontestable sur le processus d’enfantement, leurs utérus, à partir de ce moment-là, devenaient un territoire public, contrôlé par les hommes et l’État, et la procréation était directement mise au service de l’accumulation capitaliste ». Pour plusieurs historiennes, la chasse aux sorcières permit ainsi l’essor d’une société centrée sur le profit et l’exploitation de la nature, des femmes et de leur corps.

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