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Education : le champ des possibles ?

Décoloniser notre enseignement

par Arnaud Lismond-Mertes publié le 27 novembre 2019 (c) Femmes Plurielles

L’enseignement de l’Histoire à l’école pourrait permettre aux jeunes de déconstruire les stéréotypes racistes, hérités de la colonisation, qui persistent en Belgique. Malheureusement, l’engagement des responsables de l’enseignement se fait attendre depuis près de 60 ans. L’arrivée d’un nouveau gouvernement fera-t-elle bouger les choses ?

Entre la fin du 19e siècle et le début des années 1960, la Belgique a été une puissance coloniale. Durant toute cette période, l’État belge a développé une gigantesque machine de propagande visant à endoctriner sa propre population pour la convaincre de la légitimité de la conquête, de la domination et de l’exploitation coloniales. Le racisme et l’idée de l’infériorité raciale (ou culturelle) supposée de la/du « noir-e », voué-e dès lors à recevoir la « civilisation » (ou le « développement ») des mains des colons européens, ont été inculqués aux Belges pendant septante-cinq ans.1                         

L’école a pleinement participé à cette propagande, notamment à travers la vision de la colonisation belge, qu’elle véhiculait dans les cours d’Histoire. Les Congolais-e-s y étaient présenté-e-s comme de « grands enfants » que la tutelle belge conduisait vers un avenir meilleur. Après la décolonisation, l’enseignement de l’histoire coloniale belge est largement sorti des programmes et des pratiques. Mais les stéréotypes racistes vis-à-vis des noir-e-s sont restés vivaces et ont été transmis de génération en génération.

Sous la précédente législature, des associations mobilisées sur les enjeux liés aux luttes contre les discriminations et à l’histoire coloniale ont interpellé la ministre de l’Enseignement Marie-Martine Schyns. Elles ont notamment abordé la façon problématique dont l’histoire coloniale belge était traitée dans le nouveau Référentiel des compétences terminales et savoirs communs en Histoire de l’enseignement secondaire qualifiant, ainsi que dans le programme d’Histoire adopté par le réseau de l’Enseignement organisé par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le premier obligeant les enseignants à lier l’étude de l’histoire coloniale belge aux concepts de « développement » et de « migration », le second réussissant, notamment, l’exploit de traiter de la décolonisation du Congo sans citer le nom de Patrice Lumumba, le Premier ministre  congolais assassiné en 1961 avec le soutien du gouvernement belge de l’époque.

"De la propagande coloniale sous la forme de savoir enseigné"

Ces critiques ont été partagées par des historien-ne-s de différents horizons. Elikia M’Bokolo (EHESS, Unesco) évoque à ce propos la « poursuite de la propagande coloniale sous la forme de savoir enseigné ». L’équipe du Centre de recherches en histoire du droit et des institutions (Crhidi) a, quant à elle, estimé dans une note remise à la ministre que le référentiel et le programme « répercutent une vision vague, réductrice, voire erronée de la colonisation belge ».
Interrogée sur la question en 2017 et 2018 par les parlementaires Catherine Moureaux (PS) et Barbara Trachte (Écolo), la ministre de l’Enseignement est malheureusement restée évasive.

Le débat est donc encore pleinement ouvert sur cette question. D’autant que la rédaction de différents référentiels de socles de compétences d’Histoire est en cours (pour le « tronc commun », de la première à la troisième année du secondaire) et que l’écriture de nouveaux référentiels pour l’enseignement de transition de la 4e à la 6e année devrait être lancée sous cette législature. Des opportunités de faire évoluer les choses existent, encore faut-il que les responsables s’en saisissent…

 

 

1 M’Bokolo, Elikia, et Truddaïu, Julien. « Notre Congo – Onze Kongo – La propagande coloniale belge dévoilée. » Bruxelles : CEC, 2018.

Tags : colonisation - enseignement - histoire Partagez