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Du champ à la ville

par Aurore Schreiber publié le 8 mars 2018 ©Solsoc

En Colombie, depuis 2016, une campagne portant le nom de « llevo el campo – estoy con la agricultura familial y sus mercados » (« Du champ à la ville – Je soutiens l’agriculture familiale et ses marchés ») a été développée par le Réseau National de l’Agriculture Familiale (RENAF). Après avoir constaté la difficulté, pour les paysan-ne-s indigènes, afrodescendant-e-s, pêcheurs artisanaux, femmes rurales et néo-rurales, à commercialiser leurs produits, le RENAF décide de les soutenir et de promouvoir l’agriculture familiale en développant, en partenariat avec des organisations de la société civile colombienne, dont l’ATI (Association de Travail Interdisciplinaire), partenaire de l’ONG Solsoc, un réseau de commercialisation de leurs produits, via le développement de marchés urbains et locaux.

"En décembre 2017 on décomptait déjà 57 marchés mis en place dans différents départements en Colombie, plus de 1700 producteurs soutenus, dont plus de 40 % de femmes."

Le marché est ici utilisé comme un véritable outil de sauvegarde de l’agriculture familiale. Il devient le lieu emblématique de promotion de l’agroécologie paysanne, indigène et afro-colombienne. Tous les produits vendus proviennent de l’agriculture locale, familiale et biologique et respectent les principes de souveraineté alimentaire, de commerce équitable et de travail décent.

La campagne a tout de suite pris de l’ampleur ! En décembre 2017 on décomptait déjà 57 marchés mis en place dans différents départements en Colombie, plus de 1700 producteurs soutenus, dont plus de 40 % de femmes. Mais ses objectifs ne s’arrêtent pas là. Producteurs/trices et consommateurs/trices sont mis-es en contact, notamment lors de concerts ou autres moments culturels et festifs. Une dimension politique est également présente, l’objectif étant de donner à cette campagne une dimension nationale, et par là même, de redonner à l’agriculture familiale la place qu’elle mérite.

©Solsoc

Les poules « heureuses » des productrices de Ubaque

Les organisations membres du RENAF prenant part à la campagne soutiennent également directement les producteurs/ trices en promouvant l’économie sociale et solidaire, c’est-à-dire une économie qui se présente comme une alternative à l’économie capitaliste dominante et dont l’objectif est d’améliorer les conditions de vie de toute une communauté, et non l’enrichissement d’une minorité.

À quelques 60 km de la capitale colombienne, dans la petite municipalité de Ubaque, un beau projet d’économie sociale et solidaire a vu le jour et a changé la vie d’un petit groupe de femmes. Grâce à l’appui de Solsoc et de l’ATI, le collectif de femmes « Semillas, paz y vida » (« Graines, paix et vie ») est né. Il s’agit d’un groupe d’une dizaine de femmes qui, durant 2 ans, a suivi des ateliers de renforcement de capacités pour ensuite lancer leur propre projet productif. Lors des premières rencontres, les représentantes de l’ATI ont particulièrement mis l’accent sur la revalorisation du rôle des femmes, souvent discriminées et marginalisées dans la société colombienne. À défaut de soutien de leur municipalité, les productrices de Ubaque ont développé leur propre projet économique : l’élevage de poules « heureuses », comme elles les nomment (des poules qui grandissent dans un environnement naturel où elles bénéficient de beaucoup d’espace), et la vente de leurs oeufs.

« Nous aimerions transmettre notre expérience et les connaissances que nous avons acquises aux plus jeunes filles du village pour qu’elles puissent elles aussi s’émanciper »

« Nous nous sommes petit à petit rendu compte que nous étions discriminées et victimes de violences. Avant, c’est uniquement pour aller à la messe que je pouvais quitter la maison. Aujourd’hui, je me rends régulièrement aux réunions du projet. Des liens d’amitié se sont créés entre les participantes et je sais aujourd’hui que je peux vraiment compter sur elles. Grâce aux ateliers que nous avons suivis, nous avons pris conscience de nos droits et capacités. Nous avons également appris à mieux gérer notre temps entre travail domestique et participation au projet. Et surtout désormais, participer aux frais domestiques nous donne plus de pouvoir de décision à la maison et plus de respect », explique Leonora, membre du projet. « Nous aimerions transmettre notre expérience et les connaissances que nous avons acquises aux plus jeunes filles du village pour qu’elles puissent elles aussi s’émanciper ».

Pour commercialiser leurs oeufs, les productrices ont loué, grâce aux bénéfices des ventes, un petit local à deux pas du centre du village. Il sert à vendre les oeufs, mais également des gâteaux fabriqués avec ces derniers. Mis à part ce moyen de commercialisation, le collectif de femmes « Semillas, paz y vida » participe à plusieurs marchés alimentaires, comme celui de Choachi, situé à 10 km. Il s’agit d’un marché de la campagne « Llevo el campo » qui appuie des initiatives locales et une production biologique et artisanale. Grâce à la commercialisation de leurs produits, les femmes de Ubaque bénéficient de meilleures conditions de travail et de rémunération. Quand les bénéfices sont élevés, ils sont versés dans un fonds solidaire qui a déjà pu servir à aider l’une d’entre elles à traiter un problème de santé et à financer les études de la fille d’une autre productrice.

©Solsoc

« Llevo el campo » et « Semillas, paz y vida » sont des projets qui rassemblent plusieurs particularités : ils sont sociaux, solidaires, respectueux de l’environnement et des droits humains. Ils permettent de changer la vie de centaines de familles et des collectivités. Des projets qui peuvent sembler de petite envergure, mais qui se concentrent sur les compétences et savoirs locaux pour revaloriser des personnes et des communautés. C’est en écoutant les femmes de Ubaque et leurs parcours que nous nous rendons compte que la volonté humaine et le travail en équipe peuvent faire… des miracles !

Solsoc est une organisation non gouvernementale (ONG) de coopération au développement. Avec des organisations du Sud, elle combat l’exclusion et les inégalités en Bolivie, au Burkina Faso, au Burundi, en Colombie, au Maroc, en Palestine, au Sénégal et en République Démocratique du Congo, ainsi qu’en Belgique. Leur objectif commun est de contribuer à la construction d’un monde plus juste et plus démocratique. Plus d'infosFaire un don Tags : environnement - lutte - Emploi Partagez