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Elle était une fois… le 8 mars

par Elise Voillot publié le 2 mars 2020 (c) Mathilde Largepret

Chaque 8 mars, c’est la même chose. Le temps d’une journée entre Noël et la fête des Mères, des entreprises, avides d’une énième stratégie juteuse, célèbrent la « fête de la femme ». Oyez, oyez, à coup de promotions sur les aspirateurs (« stéréotypes » vous dites ?), de cadeaux empoisonnés et d’engagement rose bonbon, entendez la bonne parole : le 8 mars, les femmes (et leurs portefeuilles) le valent bien. Derrière cette appropriation marketing douteuse se cache pourtant une date essentielle. La journée internationale des droits des femmes (ou JIDF pour les intimes) nous rappelle chaque année que la lutte pour une société plus égalitaire doit perdurer. Aujourd’hui, on vous raconte comment elle est née.

Tout commence il y a plus de 100 ans. De 1909 à 1913, le parti socialiste américain organise une journée nationale des femmes, le 28 février. Mais c’est en 1910 que Clara Zetkin, une politicienne, journaliste et enseignante allemande propose un rassemblement commun lors de la deuxième Conférence internationale des femmes socialistes. Elle souhaite que « les femmes socialistes de tous les pays organisent tous les ans une journée des femmes qui servira en premier lieu la lutte pour le droit de vote des femmes ».
Si la déclaration de Clara Zetkin ne semble pas avoir été inscrite dans le compte rendu du Huitième Congrès socialiste international, son intervention reste un marqueur historique important pour les JIDF que nous connaissons aujourd’hui. L’année suivante, le 19 mars 1911, plus d’un million de personnes manifestent en Allemagne, Autriche, Suisse et au Danemark. En 1913 et 1914, des manifestations ont lieu entre fin février et début mars pour « protester contre la guerre et exprimer leur solidarité envers les autres femmes ».

Mais pourquoi le 8 mars ?

Il est intéressant de noter que l’origine du choix du 8 mars ne fait pas l’unanimité auprès des historien·ne·s. Par ailleurs, outre les nombreuses interprétations quant aux choix de la date, il semblerait que celle-ci ait été l’objet de réappropriations politiques. Ainsi, on a longtemps propagé l’idée que la date faisait référence à une mobilisation d’ouvrières textiles new-yorkaises qui manifestaient en 1857 pour défendre leurs droits. Or, selon les historiennes Françoise Picq et Lilliane Kandel, il n’existerait aucune preuve de cette mobilisation. Par ailleurs, Clara Zetkin n’a jamais mentionné cette date. Selon Françoise Picq, ce mythe a été propagé en pleine guerre froide afin d’occulter l’implication soviétique dans le choix du 8 mars.
En effet, il semblerait que le 8 mars soit une référence à la Révolution de février de 1917. À cette époque, deux millions de soldats russes ont déja péri durant la Première Guerre mondiale (Si nos sources parlent de soldats, il est important de souligner que de nombreuses femmes ont participé à l’effort de guerre que ce soit en tant que combattantes, infirmières, espionnes, etc.). Pour protester et réclamer « du pain et de la paix », les ouvrières décident de se mettre en grève le 23 février, soit le 8 mars dans le calendrier grégorien (À l’époque, la Russie utilisait encore le calendrier julien, instauré par Jules César. S’il est encore utilisé dans une version actualisée par certains pays, nous utilisons actuellement en Belgique le calendrier grégorien). Elles seront  rapidement rejointes par de nombreuses·eux manifestant·e·s à travers le pays, ce qui déclenchera la fin du tsarisme en Russie. En 1921, Lénine annoncera officiellement le 8 mars comme journée des femmes, en hommage à cette grève.

« L’officialisation » par l’ONU

1975 est annoncé par l’ONU comme l’année internationale de la femme. Face aux faibles réactions sur la scène internationale, l’ONU encourage dès 1977 « tous les États à proclamer (…) un jour de l’année “Journée des Nations unies pour les droits de la femme et la paix internationale” ». Aujourd’hui, le 8 mars est célébré presque partout dans le monde. Il s’accompagne parfois même d’un jour férié (à Berlin notamment) ou d’une grève des femmes, comme par exemple en Belgique où la deuxième grève nationale des femmes aura lieu les 8 et 9 mars 2020. Loin d’être une fête propice au consumérisme, il s’agit d’un jour de militance indispensable dans notre société patriarcale. Alors cette année, par pitié, ne nous souhaitez pas une bonne fête, boycottez les promotions genrées et surtout rejoignez-nous pour manifester et faire grève !

Participez !Retrouvez toutes les activités du 8 mars des régionales FPSParticipez à la grève des femmes en Belgique ces 8 et 9 marsRejoignez la Marche Mondiale des Femmes ce 8 mars Tags : 8 mars - grève féministe Partagez