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Et si on parlait de consentement?

par Eloïse Malcourant publié le 22 octobre 2018

 « Chacun-e ses limites. Chacun-e son timing. La sexualité, ça passe d’abord par le respect ». Que vous l’ayez déjà entendu ou pas, il s’agit du message central de la campagne d’information et de sensibilisation 2018 de la Fédération des Centres de Planning familial des Femmes Prévoyantes Socialistes (FCPF-FPS). L’objectif principal de ce projet est de sensibiliser chaque citoyen-ne à l’importance du respect et de la communication positive entre partenaires dans le domaine de la sexualité. Cette campagne se base, entre autres, sur les résultats d’un sondage en ligne questionnant le grand public sur la notion de consentement diffusé en avril 2018 et sur l’expertise des professionnel-le-s des Centres de Planning familial des FPS.

Un manque d’informations sur la notion de consentement

Ces derniers mois, des mouvements tels que « Metoo » et « balancetonporc » mettant en exergue l’ampleur des agressions sexuelles ont vu le jour. Journalistes, politicien-ne-s, juristes ou encore militant-e-s s’emparent peu à peu du sujet, ce qui témoigne de l’éveil de l’opinion publique. En parallèle du développement de tels mouvements, la FCPF-FPS a constaté que peu de campagnes sur le consentement sexuel avaient été réalisées ces dernières années en Belgique francophone.

Que dit la loi belge sur le consentement ?

"Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit et par quelque moyen que ce soit, commis sur une personne qui n'y consent pas, constitue le crime de viol".

En Belgique, la majorité sexuelle est fixée à l’âge de 16 ans. Dès l’âge de 16 ans, on peut donc avoir des relations sexuelles librement consenties. Avant 14 ans, tout acte de pénétration sexuelle est strictement interdit et est considéré comme étant un viol. Si le/la jeune a un rapport sexuel entre 14 et 16 ans, le législateur considère alors qu’il y a attentat à la pudeur, qu’il y ait consentement ou non. Mais, dans les faits, cela relève de l’appréciation des juges, au cas par cas.

L’article 375 du Code pénal détermine les éléments constitutifs d’un viol. C’est dans ce cadre que la loi se réfère à la notion de consentement. « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit et par quelque moyen que ce soit, commis sur une personne qui n’y consent pas, constitue le crime de viol. Il n’y a pas consentement notamment lorsque l’acte a été imposé par violence, contrainte ou ruse, ou a été rendu possible en raison d’une infirmité ou d’une déficience physique ou mentale de la victime ».

Parler du consentement sexuel, pas si simple

Si la notion de consentement est clairement énoncée dans la loi, le législateur ne la définit pas. La loi détermine le viol sous le prisme de la pénétration et de l’absence de consentement, en se concentrant sur le comportement de l’auteur-e. Mais, que signifie consentir ? Le législateur occulte totalement cette question. Le consentement de la victime est pourtant au cœur du procédé judiciaire puisque cette notion détermine s’il y a agression ou non et, sur cette base, les preuves à charge ou à décharge devront être fournies. Cette absence de définition, sociale et juridique, de la notion de consentement est problématique, d’autant plus que, selon la loi, la responsabilité de la preuve repose sur la victime. C’est donc à elle de prouver qu’il y a eu usage de violence, contrainte ou ruse par l’auteur-e. Mais l’absence de consentement se limite-t-il à ce type de situations ? La loi n’évoque pas les violences dites « invisibles », consistant aux pressions relevant des sphères sociale et psycho-émotionnelle. Elle fait également abstraction du phénomène dit de « sidération », qui se manifeste pourtant chez 2 victimes de viol sur 3.

Sexualité : limites, timing, respect et communication

La FCPF-FPS prône une définition élargie du consentement sexuel, basée sur la découverte de sa sexualité, de ses envies, de ses limites et du respect à leur accorder (par rapport à soi-même et aux autres). Pour cette association défendant l’accès à l’information pour toutes et tous en matière de vie affective, relationnelle et sexuelle, il est important que chaque personne « soit en adéquation avec ce qu’elle ressent, ce qu’elle pense et développe les compétences nécessaires pour exprimer son ressenti et le signifier positivement à son/sa partenaire mais aussi être en mesure de le détecter chez son/sa partenaire ».

La communication explicite lors d’une première rencontre

Selon 40% des répondant-e-s au sondage en ligne réalisé par la FCPF-FPS, il n’est pas nécessaire que le/la partenaire s’exprime oralement pour être sûre qu’il/elle ait envie d’avoir un rapport sexuel.

Chacun-e a le droit de ne pas avoir envie d’avoir un rapport sexuel, quelles que soient les raisons et le contexte préalable. Il est aussi important de s’assurer du consentement de son/sa partenaire, quel que soit le moment.

La déconstruction de la notion de « devoir conjugal »

Selon 38% des répondant-e-s au sondage en ligne réalisé par la FCPF-FPS, accepter d’avoir une relation sexuelle dans le but de faire plaisir à son/sa partenaire ne pose pas de problème.

Il n’y a jamais d’obligation à consentir à un rapport sexuel, quel que soit le lien qui unit les deux personnes. De même, personne n’est en droit d’insister et surtout, il est primordial d’écouter et de respecter son/sa partenaire.

L’explication de l’effet de sidération

Selon 18% des répondant-e-s au sondage en ligne réalisé par la FCPF-FPS sur la notion de consentement au sein des relations sexuelles, « si une personne ne réagit pas, ni physiquement, ni verbalement lors d’un rapport sexuel, elle est consentante ».

Ce pourcentage met en évidence une certaine méconnaissance de la notion « d’effet de sidération ». Phénomène expliqué au sein d’une des capsules vidéos produites dans le cadre de ce projet. Le phénomène de sidération est un mécanisme de défense qui se manifeste chez de nombreux-ses victimes de viol. Lorsque ton/ta partenaire ne réagit pas, verbalement et physiquement, cela signifie qu’il ne peut pas y avoir de consentement de sa part.

Petit lexique des termes clés :

Les limites qu’une personne se fixe sont des barrières qui déterminent ce avec quoi elle se sent à l’aise et en sécurité ou non. Ces limites sont variables d’une personne à une autre et d’un moment à l’autre.

Le timing renvoie à la notion de temps. Chaque personne possède son propre timing. En matière de sexualité, le bon timing se traduit par une synchronisation entre nos envies, nos limites, notre état émotionnel, la qualité de la relation, etc., permettant à la personne de se sentir prête.

La communication positive en matière de sexualité vise à adopter une attitude bienveillante basée sur l’écoute, l’ouverture d’esprit, le dialogue et la coopération. Elle permet d’aborder des situations de pression, de conflits, de divergence et d’opposition sous un angle positif et constructif.

Tags : consentement - vie affective et sexuelle - Sexualité Partagez