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Les homosexualités

Article mis à jour le 28 septembre 2017

F.A.M.I.L.L.E.

par Joëlle Sambi Nzeba publié le 22 septembre 2017

F.A.M.I.L.L.E. est le premier long-métrage documentaire de Jessica Champeaux, une enquête sur la procréation médicalement assistée (PMA) et la naissance d’un autre regard sur une institution que l’on connaît tous et que l’on appelle F.A.M.I.L.L.E

©Larsens Production

Alors que votre film « F.A.M.I.L.L.E » s’ouvre sur vos questionnements par rapport à votre désir d’enfant et donc de devenir parent, vous faites le choix de donner à entendre essentiellement la parole des enfants de couples lesbiens. Pourquoi ce choix ?

" Une chose m’avait frappée au moment où les débats sur l’homoparentalité avaient lieu: un des arguments phares était de parler de l’intérêt de l’enfant pour s’opposer aux familles homoparentales, à la PMA, etc., mais finalement, ces enfants-là, on ne les entendait quasiment jamais. C’était comme un déni de leur existence ".

Bien que mon désir d’enfant, dans l’éventualité d’une famille homoparentale, soit le point de départ du film, une grande partie de mon questionnement par rapport à la question de la procréation médicalement assistée (PMA), des donneurs anonymes de sperme, etc., était plutôt en lien avec une inquiétude sur le bien-être de l’enfant au sein de cette configuration particulière, et un peu nouvelle, qu’est la famille homoparentale. C’est donc de ce fameux « intérêt de l’enfant » que j’avais envie de parler, d’où la présence plus importante d’enfants que de parents. C’est également pour cette raison que j’ai souhaité la parole d’enfants devenus adultes, car ils ont eu le temps de vivre leur expérience et de mettre des mots dessus. Par ailleurs, une chose m’avait frappée au moment où les débats sur l’homoparentalité avaient lieu : un des arguments phares était de parler de l’intérêt de l’enfant pour s’opposer aux familles homoparentales, à la PMA, etc., mais finalement, ces enfants-là, on ne les entendait quasiment jamais. C’était comme un déni de leur existence. Tous les enfants que j’ai rencontrés ont évoqué leur irritation — et c’est peu dire — parce que tout le monde parle en leur nom sans jamais leur demander leur avis. Le film F.A.M.I.L.L.E. est donc un espace de parole pour ces enfants dont on a beaucoup parlé et à qui on a peu donné l’occasion de s’exprimer.

A qui s’adresse le film F.A.M.I.L.L.E ? À quels publics l’avez-vous destiné ?

Ce que je peux dire c’est que tout au long du montage, tout particulièrement, j’ai fait très attention à adresser mon film au public le plus large possible. Je voulais avant tout m’adresser aux personnes qui n’ont pas dans leur entourage des familles homoparentales ou qui n’ont pas nécessairement l’occasion d’aborder ce sujet dans leurs conversations. C’est une des raisons pour lesquelles il y a de l’humour dans ce film. On m’a encouragée à le faire aussi parce que, par moment, le sujet amenait des concepts un petit peu « intellos » ou complexes. Et distiller ça-et-là de l’humour permettait de mettre de la légèreté dans des débats passionnels et très tendus.

Ce choix a donc une certaine influence sur la forme ?

En effet, au départ, j’avais pris une orientation un peu plus « arty », un peu plus expérimentale. J’ai finalement abandonné cette approche. Choisir une forme trop expérimentale aurait pu, d’une certaine manière, exclure certaines personnes qui auraient trouvé l’ensemble peut-être un peu inaccessible. Aussi les silences ont une certaine place dans le film, j’ai voulu laisser des espaces pour que le spectateur fasse la somme des choses qu’il a entendues et se forge sa propre opinion, sans cacher en filigrane que, petit à petit, au fil de l’enquête, je me faisais la mienne. J’ai également fait attention à respecter des gens qui,  a  priori, ne pensent pas comme moi et dont les idées sont entendues dans le film. Quand ces idées sont présentées de manière respectueuse, alors j’ai pris soin de les écouter généreusement, en revanche je me montre un peu plus railleuse quand les propos tenus sont virulents et que le rapport de force me semble inégal.

Lors des entretiens, comment êtes-vous parvenue à établir un rapport de proximité et de confiance avec vos interlocuteurs/trices pour qu’ils se livrent à vous ainsi ?

Pour la plupart, le problème de la parole ne s’est pas vraiment posé, ils avaient plutôt envie de parler parce qu’ils étaient frustrés que l’on ait jusqu’ici parlé en leur nom, en tenant des propos diffamatoires, qui plus est lors des évènements français (« Manif pour tous »). Le plus difficile, finalement, fut d’abord de trouver ces enfants. Bien que la Belgique soit un pays relativement petit, il y a le secret médical :  toutes les institutions en lien avec ces enfants et leurs familles, et qui auraient pu fournir des listes, n’ont pas le droit de le faire. Mais le bouche-à-oreille a fonctionné et avec le temps j’ai pu avoir accès à certains contacts. Nous avons trouvé d’autres enfants grâce à certains forums où ils laissaient le témoignage de leur vécu. C’est le cas de Charline par exemple que l’on voit dans le film.

Documenter le choix qu’ont fait certaines familles homoparentales lesbiennes d’avoir un ou des enfants et de les élever, c’est une approche, un parti pris éminemment politique. Quelles évolutions, leçons, etc. en avez-vous retirées d’un point de vue personnel ? Et d’un point de vue politique ?

"Quand j’embrasse un homme ou une femme à une soirée, je n’ai aucune intention de faire de la politique ! Et si c’est un acte politique, c’est bien là le problème…"

Je me place d’un point de vue personnel, comme je l’annonce au début du film. C’est aussi important pour moi éthiquement d’être très claire par rapport au fait que j’ai une subjectivité par essence irréductible. Si se poser ces questions et aller rencontrer ce monde est un acte politique, c’est malgré moi et ça raconte peut-être plus de choses sur mon environnement que sur moi. Quand j’embrasse un homme ou une femme à une soirée, je n’ai aucune intention de faire de la politique ! Et si c’est un acte politique, c’est bien là le problème…

En ce qui concerne mon évolution, je peux dire qu’au départ j’étais assez ignorante et même plutôt pleine d’inquiétudes concernant l’éventualité de fonder une famille homoparentale. Au fur et à mesure du film, ces idées négatives se sont effondrées. Je me suis rendu compte qu’en réalité, les questions que j’avais et que je pouvais me poser dans le cadre d’un couple lesbien étaient similaires à celles que je me poserais si je décidais de faire un enfant avec un homme. En réalisant « F.A.M.I.L.L.E », en rencontrant les familles homoparentales, ce qui a surgi et qui m’est apparu primordial, ce n’était pas tant de savoir si je voulais fonder une famille avec un homme ou avec une femme, mais de répondre à des questions plus fondamentales : qu’est-ce qui fait famille ? Qu’est-ce qui fait l’absence de famille ? Est-ce le lien génétique ? Le vécu partagé ? Les expériences communes ? Finalement, cette étude de la famille homoparentale m’a donné de nouveaux outils pour regarder la famille en général avec un peu plus de distance en y dégageant certains angles morts.

Des projets d’avenir ?

J’aimerais bien partir en vacances ou aller manger une glace, ce sont mes projets d’avenir dans l’immédiat (rires).

Tags : homosexualité - Film Partagez
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