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Article mis à jour le 20 mars 2017

Faire un bébé toute seule : mode d’emploi

par Elisabeth Meur publié le 27 décembre 2016 ©Zoé Borbé pour Femmes Plurielles (son blog)

Envie d’un enfant, oui. D’une relation ? Pas toujours. Mamans célibataires par choix — ou « choice mothers » en anglais — des femmes décident de se lancer seules dans leur projet de maternité. Une idée qui me séduirait presque, mais concrètement, comment ça se passe quand on décide de faire un bébé en solo ? J’ai tenté l’expérience, en partie du moins.

1. Apporter sa touche à la recette

Bien installée dans mon canapé, je tape dans un célèbre moteur de recherche une phrase dénuée d’ambiguïté : « Je veux faire un bébé toute seule ».

Le premier résultat me renvoie sur le forum d’un site tout aussi connu, consacré aux thématiques de la santé. Dans la discussion la plus récente, une femme explique son histoire : angoissée par le temps qui passe et les déceptions amoureuses qui s’accumulent, elle refuse de laisser s’échapper l’occasion d’être mère, quitte à s’atteler seule à la tâche. Les réactions qui suivent sont pour le moins mitigées : « Tu es encore bien jeune pour réagir comme cela. Réfléchis bien, faire un enfant seule, c’est un peu égoïste ! », « Cela ne te fait rien de pigeonner un gars ? », « Sans père c’est dur comment faire pour souffler ? »

Pour aller plus loin :Un enfant, si tu veux, quand tu veux? Les femmes peuvent toujours courir!« Chaque femme a le droit de gérer sa vie reproductive comme elle le souhaite. Malheureusement, s’écarter du modèle classique « couple hétérosexuel et exclusif » conduit encore à la stigmatisation »

Chaque femme a le droit de gérer sa vie reproductive comme elle le souhaite. Malheureusement, s’écarter du modèle classique « couple hétérosexuel et exclusif » conduit encore à la stigmatisation. Cependant, il ne serait pas exact de dire que la démarche de celles menant seules leur projet de maternité découle toujours d’une volonté de contrevenir au système patriarcal. Selon plusieurs études, la plupart de ces femmes vivent leur projet comme une solution par défaut, voire parfois comme le résultat d’un échec. Parmi, elles les « mamans célibataires par choix » ne seraient en fait qu’une minorité.

Tout comme l’auteure du post sur le forum, ce qui motive avant tout ces femmes, c’est le sentiment de ne plus pouvoir attendre – essentiellement du fait de l’âge. En moyenne, elles ont une quarantaine d’années, sont issues de la classe sociale moyenne, voire supérieure, sont majoritairement hétérosexuelles et vivent seules. Une fois que leur décision est prise, certaines d’entre elles mettent au point des stratégies : par exemple, demander à un ami de leur procurer du sperme. Mais la plupart préfèrent se tourner vers l’insémination artificielle avec don (IAD), une solution souvent plus rapide et qui présente d’autres avantages : à leurs yeux, le cadre médical renforce la légitimité de la procédure et l’anonymat du don de sperme les sécurise, puisqu’il les met à l’abri d’éventuelles revendications de la part d’un géniteur qu’elles n’auraient pas choisi.

En France, l’insémination artificielle est refusée aux femmes célibataires. Mais comme le souligne l’une des quelques réponses positives reçues ce jour-là sur le forum « Tu peux aller en Belgique ou en Espagne, là-bas ils acceptent de faire des inséminations aux femmes célibataires ! »

2. Trouver la juste semence, au bon prix

En poursuivant ma recherche, je suis plusieurs fois dirigée vers la clinique Eugin à Barcelone. Je me rends sur son site, qui permet d’établir un diagnostic en ligne.

Clinique eugin ((leur site))

J’indique que je suis une femme — célibataire — de 26 ans — sans problème de santé particulier.

En fonction de mon profil, la clinique me propose deux options : l’insémination artificielle avec don de sperme ou la fécondation in vitro avec mes propres ovules. La première technique offrirait une probabilité de grossesse certifiée pouvant atteindre 29 % lors de la première insémination, la seconde atteint un taux de réussite de 61 %. Elle coûte cependant plus cher : 4820 euros, soit plus du double de l’option A, qui atteint 1490 euros.

C’est bon à savoir, mais je n’irai pas jusqu’à Barcelone si les cliniques belges m’offrent les mêmes possibilités, surtout que le prix indiqué n’inclut pas les tests médicaux préalables, la médication et bien entendu les voyages et séjours sur place, qui peuvent varier de 15 jours à un mois. En parlant de médication, il faut d’abord que je trouve le bon père. Père ? Je me surprends à utiliser un terme qui n’a pourtant rien à faire dans cette histoire. Ce sont plutôt des échantillons de sperme qu’il me faut. Une nouvelle recherche m’apprend que les banques de sperme belges sont en pleine pénurie. Faute de donneurs, elles doivent se tourner vers d’autres pays, dont le Danemark. Ce qui me conduit à Cryos International. Il s’agit de la banque de sperme la plus fournie au monde. L’interface du site est très agréable et dès la page d’accueil, il m’est proposé de choisir le profil de mon donneur idéal.

Beaucoup de mères célibataires recourant à des IAD cherchent à favoriser la ressemblance entre elle et l’enfant. Il s’agit d’une stratégie pour éviter la stigmatisation vis-à-vis de cette pratique ou les éventuels doutes sur la légitimité de leur famille. Personnellement, j’ai toujours eu un faible pour Gael Garcia Bernal, l’acteur qui interprétait Che Guevara dans le film Diario De Motocicleta. Bref. Je coche mes options : type hispanique, cheveux bruns foncés et yeux bruns verts. Je me dis que des hommes comme ça, je n’en croise pas tous les jours et qu’avec un peu de chance je tomberais sur la semence de Gael lui-même. La réponse est sans appel : aucun donneur ne correspond à mes critères.

Je revois mes prétentions à la baisse : en me contentant des yeux verts et des cheveux bruns, j’ai cette fois le choix entre cinq hommes. Un seul a accepté d’indiquer son nom, les autres sont présentés comme des numéros : 9055, 9027… En Belgique, le don le don est soit anonyme soit semi-anonyme (identifiable à la majorité de l’enfant).

Je suis curieuse et cherche à avoir plus de détails. L’un est Danois et étudiant en économie. J’ai la possibilité de l’ajouter à mes favoris ou de consulter les autres profils. Je me tourne vers le 9133 qui mesure 1m95 et possède un master en communication.

Je me dis que si l’on s’était connus dans la vie de tous les jours, on aurait peut-être eu des choses à se dire. Et à nouveau, je me questionne : ne suis-je pas en train de me projeter dans une relation ?

Je me décide finalement et j’ai de la chance : le quota établi en fonction de la nationalité de la clinique et de la receveuse n’est pas encore atteint. En fonction de la quantité d’échantillons que je désire commander, le prix est évalué entre 395 et 792 euros.

3. Laisser mijoter (et recommencer)

Mon expérience s’arrête ici. Si je voulais réellement me faire inséminer, il faudrait d’abord que je me soumette à des examens psychologiques et gynécologiques. Ma probabilité de tomber enceinte dépendrait ensuite de la méthode utilisée, mais aussi de mon âge : selon la clinique Eugin, le taux de réussite décroît progressivement à partir de 34 ans. Il est courant de devoir s’y prendre à plusieurs reprises, les chances de succès augmentant au fil des tentatives. Une fois la première insémination accomplie, il ne reste donc plus qu’à croiser les doigts.

4. Se relever les manches

« L’éternelle question : « Et alors, qui est l’heureux papa ? » vous donnera peut-être le tournis. Dans ce cas, le mieux est de respirer et d’assumer pleinement sa situation : je suis célibataire et sur le point d’être une excellente mère ».

Quand l’oiseau a fait son nid, enfin que l’ovule est fécondé, il faut attendre quelques mois, en principe, neuf. La grossesse peut être une expérience très stressante et il est important de s’entourer des bonnes personnes. Parce qu’en plus de régulièrement vomir l’ensemble de vos repas de la journée, l’éternelle question : « Et alors, qui est l’heureux papa ? » vous donnera peut-être le tournis. Dans ce cas, le mieux est de respirer et d’assumer pleinement sa situation : je suis célibataire et sur le point d’être une excellente mère. Même si les modèles familiaux tendent à se diversifier, il n’est pas facile de se libérer de la norme. L’idée que l’équilibre d’un enfant dépend de la présence d’un père et d’une mère est encore très ancrée dans la société, il suffit de voir la fréquence à laquelle les droits des couples homoparentaux sont attaqués pour le comprendre, et ce même si l’expérience nous prouve le contraire : les enfants de parents divorcés, par exemple, ne présentent pas de troubles psychologiques particuliers, ou en tout cas pas plus que les autres. Quand des problèmes surviennent, ils sont essentiellement liés à des environnements difficiles, la séparation entrainant parfois des tensions, de la violence dont sont témoins les enfants. Nous ne maitrisons évidemment pas tout, mais la volonté d’offrir à un enfant, qu’il soit biologiquement le nôtre ou non, un foyer aimant et bienveillant devrait suffire à la légitimité de celle-s, celui, ceux qui se désignent comme une « famille ».

Lire à ce sujet L'article de SlateArrêtons de hiérarchiser les «bonnes» et «mauvaises» mères célibataires Tags : PMA - enfant - parentalité - Famille - Maternité Partagez
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