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Féminisme & Islam : la religion comme vecteur d’émancipation des femmes

par Julie Tessuto publié le 19 juillet 2017 ©arindambanerjee - shutterstock

Le féminisme musulman en Europe et en Belgique au croisement de deux luttes : l’une contre la domination masculine au cœur des pratiques religieuses, l’autre contre la stigmatisation dont ces femmes sont victimes en tant que « autre ».

Promouvoir l'émancipation des femmes à travers l'appropriation du Coran

Le féminisme islamique ou musulman désigne un féminisme qui ne lutte pas uniquement contre le patriarcat et la domination masculine, comme le féminisme mainstream, mais aussi contre les stigmatisations, liées à la religion, la culture ou encore les traditions, dont les femmes musulmanes sont victimes. Ces militantes, à travers la relecture et l’appropriation du Coran, cherchent à promouvoir l’émancipation des femmes. Le féminisme musulman est le seul qui associe émancipation de la femme et religion. L’égalité des genres comme principe de justice sociale est au cœur de sa lutte.

La première vague

La première vague du féminisme musulman débute au début du 20e siècle. Appelé « féminisme laïque », il s’apparente davantage à un mouvement social et véhicule des idées de citoyenneté et de participation de la femme à l’espace public politique. Il s’insère dans les luttes nationalistes et anticoloniales. Par exemple, comme le soulignait Margot Badran dans « Féminisme islamique, qu’-est-ce à dire » : « L’Égypte a été un pays précurseur dans la production d’une pensée féministe et dans l’organisation collective du militantisme féministe». Ces féministes laïques revendiquaient l’accès des femmes aux mosquées pour pratiquer la prière en commun ou encore le droit à l’éducation pour toutes.

Pour rappel (Car, oui on peut être laïque et musulman)Qu'est-ce que la laïcité ? - CAL

Le nouveau visage du féminisme musulman

"Leur but était, et est toujours de s’émanciper de la domination masculine en s’appuyant sur les textes religieux et en revendiquant l’égalité des sexes et leur liberté de choix".

C’est au début des années 1990 que ce féminisme musulman prit un autre visage. Il se développa aux quatre coins du monde, mais c’est en Iran, en 1992, que le terme « féminisme islamique » est apparu pour la première fois. Bien que toutes les femmes militantes musulmanes ne se reconnaissent pas à travers lui, préférant parfois le terme de « militantes lettrées », ces femmes pour la plupart universitaires ont entrepris une relecture du Coran et des actes et paroles du Prophète. On pense ici à Amina Wadud aux Etats-Unis, Asma Barlas Pakistanaise ayant reçu l’asile aux Etats-Unis, des universitaires d’Iran, de Turquie ou encore des activistes sud-africaine ou malaisiennes. Ainsi, elles s’attaquèrent cette fois-ci à l’espace privé quotidien, notamment en déconstruisant la jurisprudence islamique contaminée par des discours et pratiques patriarcaux, comme la polygamie, la répudiation ou encore le fait de battre sa femme. Leur but était, et est toujours de s’émanciper de la domination masculine en s’appuyant sur les textes religieux et en revendiquant l’égalité des sexes et leur liberté de choix. Affirmant que le Coran – à l’aide de l’outil d’analyse « genre » se développant alors – n’est pas intrinsèquement patriarcal, elles ont entrepris d’établir des modifications dans le code de la famille par exemple ou encore d’obtenir des « changements dans les diverses versions nationales du code du statut personnel » comme le souligne Amina Wadud dans « Qur’an and Woman : Rereading the Sacred Text from a Woman’s Perspective ».

Une hétérogénéité de profils

"Ce qui fait la spécificité de ce féminisme est bien le fait de prendre la religion comme un vecteur d’émancipation de la femme".

Aujourd’hui, le féminisme musulman reste minoritaire en nombre, et est peu visible. Mais il est pourtant actif dans le monde entier comme en témoigne l’existence de réseaux internationaux. Ce mouvement s’accompagne surtout d’une hétérogénéité de profils, propre aux contextes nationaux dans lesquels les collectifs et initiatives émergent. Ce qui fait la spécificité de ce féminisme est bien le fait de prendre la religion comme un vecteur d’émancipation de la femme. Une des raisons de son émergence et de sa propagation propre aux contextes européens, notamment belges et français, est le fait que la femme musulmane dans ces sociétés est victime d’une double discrimination : celle de genre qu’elles subissent dans l’espace privée face aux lectures et pratiques inégalitaires de leur religion (de la part des hommes, des institutions, mais aussi des femmes), et celle socioethnique qu’elles subissent dés leur scolarité en étant reléguées à la figure de l’Autre, parce que musulmane ou arabe, ou issue d’une culture différente, comme en ont témoignés les débats récents au sujet du voile.

Pour aller plus loin :Où en est le féminisme islamique ? - Critique Internationale
"Féminismes islamiques" - Ali Zahra
"Je suis musulmane et féministe, ne soyez pas surpris !"
Les féministes de l'islam. De l'engagement religieux au féminisme islamique - Université des femmes (payant)
LIVRE - parcours de féministes musulmanes belges
"Lallab, le nouveau visage du féminisme musulman" - Le Monde
Interview de Mona Eltahawy - Le Monde
Tags : intersectionnalité - discrimination - stéréotypes - Féminisme Partagez
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