Les dossiers

L'agenda

Newsletter

S'abonner

Participer

Site FPS

Rédaction

Militance

Féminismes en tout genre

Article mis à jour le 7 avril 2017

Féministes bruxelloises originaires du monde arabe

par Marie-Anaïs Simon publié le 3 janvier 2017

Porter un regard alternatif sur les femmes originaires du monde arabe, c’est le défi que se lance AWSA-Be(Arab Women’s Solidarity Association) car la tendance à généraliser et à considérer toutes les femmes arabes comme forcément soumises et plus opprimées que d’autres est encore trop répandue aujourd’hui. Avec la photographe Nora Van Baalen, l’association a donc décidé de mettre à l’honneur certaines femmes féministes originaires du monde arabe à Bruxelles lors d’une exposition qui a déjà rencontré un beau succès.

Mariem Sarsari, chargée de projet à AWSA-Be voit dans ce projet une belle opportunité pour déconstruire les stéréotypes et rendre plus visible les féminismes du monde arabe.

Qu’est-ce que c’est qu’ être féministe originaire du monde arabe à Bruxelles aujourd’hui ? Qui sont les femmes présentées dans cette exposition ?

C’est cette pluralité des univers et des visions qui fait la richesse du féminisme. Car il y a une pluralité de visions.

Les femmes qui sont présentées sur les portraits sont bruxelloises, féministes, engagées ! Ce sont des femmes qui portent des projets, certaines occupent des postes à hautes responsabilités, d’autres travaillent dans le social, le juridique, le secteur médical, artistique, etc. On a vraiment voulu mettre en avant leur participation active – dans différents secteurs de la société.

Il y a différentes façons d’être féministe. Bien que les femmes présentées sont toutes originaires du monde arabe, engagées dans la cause des femmes, elles n’ont pas les mêmes propos, elles n’ont pas les mêmes priorités. C’est cette pluralité des univers et des visions qui fait la richesse du féminisme. Car il y a une pluralité de visions. Certaines ont mis en avant l’égalité entre les hommes et les femmes, d’autres l’accès à l’éducation, d’autres encore la liberté ou le travail. Enfin, ce sont plein de sujets qui sont abordés au fil des différents portraits.

Pour aller plus loin :L'outil pédagogique de l'exposition

Est-ce que le fait d’être originaire du monde arabe rend le combat féministe plus spécifique ?

A lire! "Féministes du monde arabe" de Charlotte Bienaimé (le livre)

Je pense que oui, l’origine a une influence sur la manière dont on va voir le féminisme et dont on va le vivre. En étant originaire du monde arabe, on a vécu une certaine réalité – que ce soit ici ou au pays – qui fait que nos priorités féministes ne sont pas les mêmes.

D’ailleurs, parmi les femmes qui sont venues en Belgique après avoir vécu dans leur pays d’origine, certaines ne se sont dites féministes qu’en arrivant ici. En effet, dans leur village, ce n’était pas possible de se revendiquer féministe et d’avoir des actions militantes même si elles vivaient des injustices et qu’elles le savaient. C’est seulement ici que ces femmes ont pu dire « il faut faire quelque chose, il faut construire une association, il faut des mouvements, il faut des collectifs, il faut que ça change ! ».

D’autres femmes, par contre, étaient déjà actives au pays. Mais, le féminisme que peut avoir une femme qui habite en Égypte, dans un village ou dans une ville n’est pas du tout le même féminisme que je peux avoir ici. On peut s’influencer, on peut lire les mêmes bouquins, on peut toutes les deux lire du Mona Eltahawy, mais je ne vais pas le vivre ou le comprendre de la même manière parce qu’on a deux réalités de vie différentes. En tant que féministes originaires du monde arabe, on est connectées à notre pays d’origine – parce que cela fait partie de notre identité -, mais, en même temps, on vit ici, à Bruxelles, en Belgique et cela influence nos lectures.

 

Teaser - La Révolution des Femmes - Un siècle de Féminisme arabe - Un film de Feriel Ben Mahmoud
Pour aller plus loin : sur les féministes du monde arabePodcast "Si loin si proche" - RFIQui sont les féministes du monde arabe? - CheekFéministes du monde arabe : chronique d’un combat loin des préjugés occidentaux - Les Inrocks

« Il faut se rendre compte que le féminisme n’appartient pas qu’à l’Occident », c’est une phrase issue d’un des témoignages, n’est-ce pas aussi une idée qui traverse toute l’exposition ?

Les combats féministes et le terme même de « féminisme » sont arrivés très tôt dans le monde arabe, même si on en a moins entendu parler.

Tout à fait !  Et c’est une phrase qui traverse nos ateliers aussi. Les combats féministes et le terme même  de « féminisme »  sont arrivés très tôt dans le monde arabe, même si on en a moins entendu parler. Il y avait clairement un combat pour l’égalité qui se jouait. Des propos tels que  « Une femme doit être comme un homme » ou « il faut donner l’accès à l’éducation à une femme comme à un homme » étaient tenus dans certains syndicats et dans certains partis politiques. Je pense que c’est important, pour pouvoir intéresser les jeunes originaires du monde arabe, qu’ils ne vivent pas le féminisme comme étant quelque chose qui est contraire à leur histoire, à leur héritage. Il faut leur montrer qu’il y a aujourd’hui plein de femmes dans le monde arabe qui écrivent, qui produisent là-dessus, c’est dans cette optique que l’on organise nos ateliers, c’est pour cela qu’on a une bibliothèque.

©Nora Van Baelen - Portrait de Mariem Sarsari

Par ailleurs, je pense que ce serait important de pouvoir s’ouvrir à ces féminismes dans le monde occidental. Il n’est pas question d’en exclure un pour un autre. Personnellement,  j’ai étudié le féminisme occidental et je vois clairement qu’il y a des ponts, ce sont les mêmes combats , on se bat pour les mêmes objectifs. Une femme c’est une femme, elle peut être d’une certaine culture ou d’une certaine religion, mais il ne faut pas tout « culturaliser » ! Il y a un système patriarcal qui s’exprime probablement de différentes manières dans les  sociétés, mais qui gouverne depuis des milliers d’années. On est féministes du monde arabe, mais il ne faut pas exclure un féminisme pour un autre, on peut s’enrichir et chercher la connaissance des deux côtés, on peut être curieuses des deux côtés.

Plus d'infos sur AWSA-Be et leur prochaines activitésLe site d'AWSA Tags : intersectionalité - art - stéréotypes - Médias - Féminisme Partagez
Share on FacebookTweet about this on Twitter