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Culture

FILM « Ask Dr. Ruth »

par Mathilde Largepret publié le 14 août 2019 (c) hulu

Comment cette nonagénaire hyperactive est passée de Karola Siegel à Docteure Ruth ? C’est ce que cette épopée documentaire relate en un peu plus d’une heure trente, captivante de la première à la dernière seconde.

« J’ai l’obligation de “vivre en grand” et d’être utile dans ce monde »

Née en 1928 en Allemagne, Karola Siegel, issue d’une famille juive orthodoxe, doit quitter seule le pays au début de la 2ème guerre mondiale et passer de nombreuses années dans un orphelinat suisse. Elle est ensuite envoyée dans un kibboutz (exploitation agricole collective) en Israël. Plus tard, elle part vivre en France et aux USA où elle séjourne aujourd’hui et prend son nom actuel Ruth Westheimer. A chaque fois, sa vie prend un tournant différent, de manière fortuite, lorsqu’elle survit – à plusieurs reprises – à des événements dramatiques, ou lorsque ses choix l’emmènent vers d’autres horizons.

Des flashbacks et allers-retours permanents entre son passé et sa vie actuelle rythment le film. Les images d’archive côtoient celles du film d’animation qui nous plonge dans des passages de ses vies antérieures. On y découvre la joie contagieuse qui l’accompagne depuis toujours, sa détermination à mener sa barque sans se laisser influencer, et les raisons qui l’ont poussée à devenir Docteure Ruth.

« Je n’ai jamais fait de compromis, même quand ce n’était pas populaire »

A la tête d’une famille monoparentale, après son master en psychologie, elle travaille pour la Planned Parenthood (planification familiale) et forme des travailleuses/eurs de planning familial, ce qui la passionne pour le champ de la sexualité humaine. Ses collègues sont contacté-e-s pour parler de sexualité à la radio. Personne ne répond présent… Alors, elle saute sur l’occasion ! C’est ainsi qu’elle commence à animer l’émission de radio « Sexually speaking », un programme de quelques minutes à peine, à des heures de faible audience. Et pourtant… les auditrices/eurs sont là !

Son ton déculpabilisant, sa spontanéité et l’absence de jugement dans les réponses qu’elle apporte aux questions que personne n’ose poser d’habitude donne confiance à son public, de plus en plus nombreux.

Vagin, clitoris, masturbation féminine, elle parle de tout et brise les tabous de l’époque. Avec elle, les gens apprennent que le plaisir féminin a autant de valeur que le plaisir masculin, et parfois même, ils le découvrent tout simplement ! En pleine épidémie du SIDA, elle déconstruit les idées reçues sur les personnes séropositives. Même si le concept de consentement semble cruellement manquer à ses enseignements, son apport en matière de sexualité positive et de libération de la parole est colossal.

Sa présence parfois dérange, et même armée de son doctorat en sexologie, certain-e-s critiquent celle qui conseille les gens sans même connaitre leur histoire. Malgré ça, sa carrière continue de progresser. Emissions de télé, cours dispensés à l’université, publication d’une quarantaine d’ouvrages, elle ne s’arrête pas !

« A 90 ans, toujours à parler de sexe du matin au soir »

C’est le titre de l’article du NY Times que Ruth Westheimer nous montre dans sa petite salle à manger, le jour de ses 90 ans. En pleine immersion dans sa vie quotidienne, professionnelle et familiale, ce film fait sourire – et rire aussi ! -, réfléchir sur notre propre rapport à la sexualité et plus que tout, inspire !

Tags : chroniques - Film - Sexualité Partagez