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Article mis à jour le 3 septembre 2020

Grossophobie : cachez ce bourrelet que je ne saurais voir

par Sarah Cravotta publié le 1 septembre 2020 (c) Marine Spaak pour les FPS

Ce mot, utilisé pour la première fois en 1996 par l’actrice française Anne Zamberlan dans son livre Coup de gueule contre la grossophobie, illustre une aversion ou une attitude hostile envers les personnes en surpoids. Mais concrètement, comment se manifestent ces comportements ?

Pour les personnes grosses, le quotidien peut vite devenir un enfer. En effet, peu d’infrastructures (voire aucune) ne sont prévues pour elles. Que ce soit les transports en commun, les tourniquets de magasin dans lesquels on reste honteusement coincé·e·s une fois sur deux, les chaises des restaurants, les dispositifs médicaux…
Mais ça ne s’arrête pas là. Une personne grosse connaîtra, au cours de sa vie, une multitude de discriminations… et les femmes en sont les principales victimes. Par exemple, d’un point de vue professionnel, selon le neuvième baromètre du Défenseur des droits et de l’Organisation internationale du travail sur les discriminations physiques à l’emploi, les femmes en surpoids sont 4 fois plus discriminées que les autres femmes qui, elles, sont discriminées 8 fois plus que les hommes. Faites le calcul… Ces discriminations peuvent vite mener à un cercle vicieux : la difficulté à trouver un emploi engendre des impacts économiques qui augmentent le risque de vivre dans la précarité. Cela provoque également des conséquences sur la confiance en soi et les choix de carrière. Prenons par exemple une personne grosse qui souhaite travailler à la télévision ou dans l’industrie de la mode, deux domaines où les gros·se·s n’ont malheureusement clairement pas encore leur place. Elle n’osera pas s’affranchir de ses ambitions parce qu’elle sait que tout sera fait pour la freiner dans cette ascension professionnelle. Ce phénomène traduit à quel point une femme doit répondre aux critères de beauté imposés par la société.

Le corps médical est-il un allié ?

Lorsqu’en tant que personne grosse, on se rend à une consultation médicale, on le fait bien souvent après des mois de tergiversations intérieures, tant les comportements de certain·e·s médecins peuvent s’avérer humiliants. En effet, même si notre mal n’a aucun lien avec notre surpoids ou obésité, la·le médecin orientera très probablement son examen médical sur notre poids sans étudier d’autres alternatives. Ces pratiques sont à dénoncer car elles poussent un bon nombre de patient·e·s concerné·e·s à repousser au maximum leur visite médicale, parfois urgente. Ces comportements de fuite, générés par la violence de certaines visites, engendrent des surcoûts de prise en charge, au moment où la·le patient·e ne peut plus reculer. Se sentir non-jugé·e et en sécurité en consultation, c’est la clé pour s’y rendre dès les premiers symptômes. Il est donc important, en tant qu’association féministe et partenaire du réseau Solidaris, d’attirer l’attention des médecins à ce sujet.

Et la santé mentale dans tout ça ?

Au quotidien, la grossophobie peut également provoquer des dégâts sur la santé mentale, en poussant l’individu à développer un espèce de comportement complètement paradoxal. Jongler entre ce que l’on est réellement et ce que la société nous autorise à être s’avère être un exercice périlleux. Deux mondes peuvent parfois s’opposer, conduire à une annihilation totale de votre réelle personnalité et générer une souffrance extrême.
Que doit-on comprendre quand trouver des vêtements grande taille dans les boutiques est presque impossible (même si beaucoup de marques commencent à élargir leur gamme) et qu’on vous invite à vous rendre sur leur site internet pour y dénicher ce que vous cherchez ? La réponse est assez limpide. Ok, existez, mais pas aux yeux du monde. Cachez ce bourrelet que je ne saurais voir.
Heureusement, la tendance commence à s’inverser. Terminé de taire ces injustices. Grâce à l’émergence des réseaux sociaux et des influenceuses, nombreuses sont les femmes qui revendiquent leur droit à apparaître, à prendre la parole, à diffuser un message de tolérance et de respect !

Pour aller plus loin

Un peu de lecture

Moi en double de Navie et Audrey Lainé (Delcourt, 2019), une excellente BD sur ce dédoublement de la personnalité qu’on peut vivre en tant que personne grosse.Moi en doubleDeux récits de vie : Hunger de Roxane Gay (Denoël, 2019) et On ne nait pas grosse de Gabrielle Deydier (Goutte d’or, 2017) ; et un manifeste : Gros n’est pas un gros mot du collectif Gras politique (de Daria Marx et Eva Perez-Bello, Librio, 2018).HungerOn ne naît pas grosseDe belles fringues à porter :AlméZizziRoxine Club 14 sur 20

Podcasts à écouter

Trois podcasts éclairants : Le gras est politique (Un podcast à soi), Grossophobie, s'excuser d'exister (Miroir miroir) et Place aux gros (LSD, La série documentaire).Le gras est politiqueGrossophobie, s'excuser d'existerPlace aux gros

Vidéos et documentaires

Le récent Pourquoi nous détestent-ils, nous les gros ? de Charlotte Gaccio, Daria Marx : ma vie en gros de Marie-Christine Gambart, la capsule québécoise des Brutes Les gros chez le médecin et la vidéo TEDx de Caroline Idoux J’habite dans une grosse dame.Pourquoi nous détestent-ils nous les gros ?Daria Marx : ma vie en grosLes gros chez le médecinJ'habite sur une grosse dame

Influenceuses et figures de proue

Barbara Butch et Daria Marx, pionnières de l’inclusion des personnes grosses dans les sphères médiatiques, Curvy Blue Marine, Grosse avec frange ou encore Coucou les girls, à suivre sur Instagram.Barbara ButchDaria MarxCurvy Blue MarineGrosse avec frangeCoucou les girls

Sites internet à découvrir

Une multitudes de ressources sur les sites québécois Dix Octobre et grossophobie.ca et le collectif belge Fat Positivity Belgium, à retrouver en ligne et sur Facebook.Dix octobreGrossophobie.caFat Positivity Belgium

Tags : grossophobie Partagez