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Théâtre : King Kong Theorie

par Laudine Lahaye – régionale FPS de Namur publié le 8 juin 2017 ©Aude Vanlathem

Avec Virginie Despentes, tu dois t’attendre à en prendre plein la figure, sans filtre, sans baume, sans concession. Savoir que tu vas sortir de là avec encore plus de bouillonnement dans la tête. La pièce King Kong Theorie, basée sur un essai littéraire du même nom, ne faillit pas à la mission. Elle envoie du lourd malgré le contraste minimaliste avec la mise en scène : trois comédiennes, trois chaises et un écran. L’essentiel est ailleurs. Dans les mots, dans les idées qui s’enchaînent et n’en finissent pas de dévoiler la réalité crue, trash, des rapports de genre.

Construction sociale du genre et capitalisme… un duo performant

« Par nature, on ne naît pas homme ou femme, on apprend à se comporter comme tel. Le genre est une construction sociale attribuant certains symboles et valeurs au masculin ou au féminin ».

Dans l’air confiné de la salle du Théâtre Jardin Passion plane la célèbre phrase de Simone de Beauvoir : « on ne naît pas femme, on le devient ». Par nature, on ne naît pas homme ou femme, on apprend à se comporter comme tel. Le genre est une construction sociale attribuant certains symboles et valeurs au masculin ou au féminin. Pour Virginie Despentes, on nous inculque très tôt la douceur, la patience, le désir de maternité pour qu’en retour, on donne des enfants à l’État. Ces derniers deviendront des travailleurs acharnés capables d’encaisser les coups, des chefs de famille dociles qui assumeront les charges financières du ménage. La catégorisation binaire hommes-femmes servirait donc les intérêts du capitalisme toujours plus gourmand et producteur d’inégalités.

« Tout foutre en l’air » : la solution radicale

©Aude Vanlathem «Aujourd’hui, l’enjeu féministe ne serait plus de comparer les acquis des femmes par rapport aux avantages des hommes mais de faire table rase des rôles genrés pour construire un modèle de société complètement différent ».

Comment combattre ce système patriarcal et économique oppressant ? À l’instar des féministes radicales, Despentes avance que le nouveau féminisme doit se dégager des notions d’inégalité et de discrimination pour parvenir à « tout foutre en l’air ! ». Aujourd’hui, l’enjeu féministe ne serait plus de comparer les acquis des femmes par rapport aux avantages des hommes mais de faire table rase des rôles genrés pour construire un modèle de société complètement différent.

D’après l’auteure, c’est un engagement solidaire, global, incluant aussi les hommes, victimes d’oppressions liées au genre. En soutenant la lutte des femmes pour leurs droits, ce sont les droits de tous qui s’en trouveront relevés. L’action doit être collective, sans barrière d’âge, de sexe, de nationalité, ni d’orientation politique ou philosophique.

La pièce suggère cependant elle-même une des limites de ce soulèvement commun : le mouvement féministe n’est pas unifié. Diverses visions du combat pour l’égalité existent et parfois s’affrontent ouvertement dans l’opinion publique.

Quand la division ne fait pas la force

©Aude Vanlathem

Le cas de la prostitution est emblématique de ces divergences entre les courants féministes. Les abolitionnistes militent pour l’interdiction de la prostitution et la pénalisation des clients. Partant de son propre vécu, Despentes refuse de considérer la prostitution et la pornographie comme des violences faites aux femmes, tant qu’elles se réalisent de façon consentie. La violence se manifesterait dans le contrôle exercé par l’État sur les personnes prostituées ou dans les conditions de production des films pornographiques.

King Kong Theory propose donc de balayer la vision fixe, moraliste de la sexualité pour s’intéresser au contexte social et historique qui l’influence.

Le positionnement antiabolitionniste affirme que les mesures défavorables à la prostitution contribuent à précariser, stigmatiser et exclure davantage les personnes prostituées. Les associations de cette mouvance revendiquent la reconnaissance des droits des personnes prostituées, dont celui d’exercer leur métier dans un cadre légal adéquat. Pour un exemple concret, voir le travail de l’asbl « Espace P » dont le but est de soutenir, défendre et accompagner les travailleurs du sexe sur les plans personnel et/ou professionnel.

King Kong Theory propose donc de balayer la vision fixe, moraliste de la sexualité pour s’intéresser au contexte social et historique qui l’influence. Ainsi, la pornographie ne serait pas dégradante en soi mais le contexte social sexiste dans lequel elle est produite en fait un outil de domination masculine. Seule une pornographie féministe et émancipatrice pour les femmes serait souhaitable.

Pour aller plus loin :Pour une pornographie féministe - entretien avec OvidieON A RENCONTRÉ LA RÉALISATRICE ERIKA LUST, PIONNIÈRE DU PORNO FÉMINISTE - Cheek MagazinePeut-on aimer le porno quand on est féministe?

« Ce qui en elle rit en se frappant la poitrine »

Passé le temps de la « digestion » nécessaire, la pièce renforce l’idée qu’au-delà des dissensions, les luttes féministes restent bel et bien d’actualité. Au travers de la figure du King Kong, Virginie Despentes invite les femmes à exprimer leur puissance intérieure encore niée par le monde moderne. Car à l’image du gorille de Peter Jackson, cette force de caractère et d’action « qu’on n’a voulu ni apprivoiser, ni respecter, ni laisser là où elle était, est trop grande pour la ville qu’elle écrabouille rien qu’en marchant. Avec une grande tranquillité ».

Chez Femmes Plurielles on a beaucoup aimé cette pièce qui ose parler de tout et rend les sujets féministes accessibles en plaidant pour une véritable révolution des genres. C’est une tornade, une claque dans la gueule, une violente envie de « tout foutre en l’air » qui fait pourtant tellement de bien! On vous conseille de découvrir le livre de Despentes « KingKong Theorie » et bien sûr d’aller voir les prochaines représentations en 2018:

  • Le 8 février aucentre culturel d’hastière
  • Le 7 mars au centre culturel de Huy
  • Le 8 mars au centre culturel Wolubilis
  • Le 16 mars au centre culturel de Jodoigne
  • Du 18 au 28 avril au TTO, à Bruxelles
  • Le 7 mai au théâtre des Riches Claires
Tags : Théâtre - sexisme - discrimination - art - Critique - stéréotypes - Sexualité - Féminisme Partagez
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