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La culture est morte, vive la culture?

par Elise Voillot publié le 9 septembre 2021 ©Edwin Hooper

Malgré la détresse et la précarisation du secteur, en dépit de la douleur qu’a provoquée la crise du Covid-19, la culture est et restera indispensable pour chacun·e d’entre nous. Pourtant, à en croire nos gouvernements, le secteur n’est que très rarement une priorité. Est-ce qu’il ne serait pas temps de faire bouger les choses pour mieux affronter le monde d’après ?

Un secteur souvent oublié

La culture évolue d’une façon telle qu’il est difficile de lui donner une véritable définition. Face à sa complexité et sa diversité, il est parfois difficile de l’imposer dans une société basée sur l’économie. À l’instar d’un potager, il faut beaucoup de patience pour obtenir des résultats surtout observables pour leur qualité.

En Belgique, le financement institutionnalisé de la culture est un parcours semé d’embûches qui se confronte aux différents ni- veaux de pouvoir. Si en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) les chiffres semblent indiquer une évolution constante du budget alloué à la culture, il est important de noter que les secteurs ne sont pas tous financés de la même manière. Par ailleurs, si l’on compare l’évolution du budget annuel alloué à la culture et de la croissance du PIB en FWB, on peut constater que finalement « la part relative des dépenses culturelles a baissé ».

La culture subsidiée n’est donc détenue que par une poignée de privilégié·e·s, souvent en galère, face à celles et ceux, artistes sans statut réel et petites structures, qui peinent souvent à joindre les deux bouts. S’il existe d’autres soutiens comme le sponsoring ou le mécénat, beaucoup doivent ainsi financer elles·eux-mêmes leurs projets. Il n’a donc pas fallu attendre le Covid pour voir à quel point ce secteur si essentiel reste trop souvent précaire pour les personnes qui le font vivre.

« Alors que le confinement printanier a contribué au creusement des inégalités sociales et économiques dans de nombreux domaines,
les pratiques culturelles apparaissent à l’inverse moins clivées et certains écarts sociaux et générationnels se réduisent même pour nombre d’entre elles. »

Un secteur pourtant très riche

Alors que le secteur culturel est considéré comme le troisième employeur européen, il est aussi souvent vu comme la 5e roue du carrosse dans la gestion de cette pandémie. « Un travail- leur culturel sur cinq craint de ne pas pouvoir tenir encore bien longtemps, 16 % considèrent la situation comme « très sombre« . »

Comme l’explique Brune* membre de Still Standing for culture : « La culture représente un secteur public, constitué de travailleuses·eurs au même titre que n’importe quel autre secteur. Il a fallu que des gens se battent pour que la plupart d’entre nous (et encore pas tout le monde) ait droit à des mesures d’urgence. On continue de nous associer à des amuseuses·eurs, des gens qui ont besoin de s’exprimer et non pas de vivre. »

Pourtant, comme l’explique Michel Kacenelenbogen, directeur du Théâtre bruxellois Le Public : « On nous culpabilise volontiers sur ce que l’on coûte. Mais nous remplissons un certain nombre de missions d’utilité publique, qui forment l’un des piliers de la démocratie. »

Outre son intérêt économique et sa création d’emplois, la culture présente en effet de nombreux effets positifs sur les individus et sur la société, notamment en temps de crise.

À l’échelle individuelle et collective, elle contribue au bien-être, à la construction identitaire, au sentiment d’appartenance à une communauté ou encore au développement de la créativité. Elle offre également des possibilités éducatives, favorise les capacités d’adaptation et de réflexion.

Selon une étude française, « Alors que le confinement printanier [en 2020, NDLR] a contribué au creusement des inégalités sociales et économiques dans de nombreux domaines, les pratiques culturelles apparaissent à l’inverse moins clivées et certains écarts sociaux et générationnels se réduisent même pour nombre d’entre elles. » {À noter cependant que l’environnement mis à disposition des publics a impacté forte- ment la pratique culturelle} Pour beaucoup de personnes, contraintes de rester chez elles, les pratiques en amatrice·teur ont fortement augmenté, notamment chez les jeunes. Certains médias, tels que les jeux vidéo ou les réseaux sociaux ont ainsi connu une très forte augmentation chez les classes populaires et les séniors. Par ailleurs, le décloisement de la culture et la gratuité de certaines pratiques culturelles ont ainsi permis à des publics, généralement plus éloignés des offres culturelles, de pouvoir pleinement en profiter. Des groupes Facebook se sont également particulièrement développés durant la pandémie afin d’échanger, de voyager et de partager la culture par écrans interposés, permettant ainsi la création de communautés et un certain soutien émotionnel.

Les effets bénéfiques de la culture sur la santé physique et mentale ont aussi été valorisés, notamment par l’OMS qui encourage la pratique culturelle pour se reconstruire après la crise. Certaines pratiques telles que la musique sont devenues de véritables refuges et sources d’apaisement pour des personnes fragilisées par la pandémie, comme l’explique le neuro- psychologue Emmanuel Bigand.

Pour une prise en compte de la culture dans le plan de relance

Plus que jamais la culture doit être perçue, non pas uniquement comme un loisir, mais comme un véritable levier de relance politique, économique mais surtout sociale.

Comme l’explique Bernard Foccroulle, artiste et ancien directeur du théâtre de la Monnaie : « Si on considère que les arts et la culture sont de l’ordre du divertissement voire d’un vague supplément d’âme, il n’y aura aucune raison d’en faire une priorité. Si, par contre, on admet que le champ culturel contribue forte- ment par ses questionnements, ses inventions, ses créations, à nourrir la société, à la faire tenir, à la faire vivre, à la maintenir en mouvement, alors il faut penser et agir autrement. »

Cette prise en compte de la culture dans le plan de relance doit s’accompagner de solutions structurelles et transversales pour pérenniser et sécuriser le secteur. Par exemple en offrant une meilleure protection juridique et financière aux artistes (notamment en ce qui concerne le droit d’autrices·teurs) et en offrant un véritable statut à celles·ceux-ci.

Cette relance de la culture doit aussi apporter une attention particulière aux publics les plus fragilisés afin d’encourager la participation culturelle démocratique et démocratisée, notamment au travers de l’éducation permanente. Pour qu’enfin la culture soit véritablement accessible à toutes et à tous !

Tags : Culture - Crise Sanitaire Partagez