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Femmes en guerre, femmes en lutte

La première guerre mondiale fut-elle émancipatrice pour les femmes?

par Equipe AVG-Carhif publié le 1 février 2017 ©Florent Marloye pour Femmes Plurielles (Son blog)

La guerre 1914-1918 provoque un choc immense qui bouleverse profondément la vie des femmes et des hommes: elle sépare les familles, désorganise le monde du travail, envoie les hommes au front, propulse les femmes dans des fonctions traditionnellement masculines, ou au contraire, dans les régions occupées, renvoie les hommes et les femmes au foyer. Ces bouleversements brouillent les codes sexués.

L'effort de guerre au féminin

« Les travailleuses qui investissent des fonctions jugées viriles, telles les munitionnettes suscitent la crainte de la masculinisation des femmes ».

On affirme souvent que la guerre aurait été émancipatrice pour les femmes. Elles auraient profité de leur incursion dans des domaines réputés masculins pour obtenir de nouveaux droits. Dans les pays où la mobilisation des hommes est massive, comme l’Allemagne et la France (aux alentours de 85% des hommes en âge de servir), les femmes remplacent les hommes partis à la guerre, dans l’agriculture surtout, mais aussi dans le commerce , les sociétés de transport, les administrations. Elles sont aussi rapidement requise pour l’industrie de guerre, s’activent dans les hôpitaux qui soignent les millions de malades et de blessés et s’investissent dans les très nombreuses œuvres de charité qui soutiennent les populations précarisées. Les femmes goûtent dès lors à de nouvelles responsabilités familiales, professionnelles ou caritatives. Les travailleuses qui investissent des fonctions jugées viriles, telles les munitionnettes ( fabricant souvent des armes et des munitions) suscitent la crainte de la masculinisation des femmes, mais elles apparaissent encore aujourd’hui comme le symbole d’une nouvelle émancipation féminine.

Dans les régions occupées par les Allemands (comme la majeure partie de la Belgique et le nord-est de la France), la situation est très différente. Après le traumatisme de l’invasion vient le temps de l’occupation qui signifie paralysie de l’économie, chômage généralisé pour les hommes et les femmes, misère et répression. La mobilisation des hommes est faible en Belgique comparée à d’autres pays (20% des hommes en âge de servir). Par conséquent, la majorité des hommes se retrouvent aussi cantonnés dans la vie civile et c’est ensemble qu’hommes et femmes doivent gérer les conditions extrêmes de l’occupation. Là aussi, les codes sexués sont brouillés, mais d’une autre façon  : en Belgique, on craint la féminisation des hommes privés de travail…

Une guerre émancipatrice ?

« La guerre exalte aussi des valeurs sexuées très conventionnelles et s’accompagne d’une propagande qui célèbre l’homme soldat et la femme épouse et mère ».

Ces bouleversements seraient-ils à l’origine d’une émancipation des femmes ? Cette thèse, largement accréditée dans l’historiographie occidentale, est à présent relativisée. Car la guerre exalte aussi des valeurs sexuées très conventionnelles et s’accompagne d’une propagande qui célèbre l’homme soldat et la femme épouse et mère. Dans aucun pays, la guerre n’est d’ailleurs favorable aux revendications féministes  : la plupart des militantes actives avant-guerre suspendent leurs revendications pour s’inscrire dans l’élan patriotique. En Belgique, dès août 1914, les féministes fondent l’Union Patriotique des Femmes Belges qui s’investit dans les œuvres d’assistance. La portée émancipatrice de la guerre est aussi remise en question au vu des faibles acquis féminins après le retour de la paix. Les incursions dans les domaines traditionnellement masculins sont en effet remises en cause dès lors que les hommes reviennent à la vie civile : les femmes sont invitées sans ménagement à rendre leur place aux hommes. La société semble avide d’oublier une épreuve particulièrement douloureuse en revenant à des valeurs traditionnelles.

« La guerre renforce largement l’emprise nataliste et la valorisation de la famille nombreuse qui se fait au détriment du travail des mères ».

Les gouvernements tentent de réimposer des normes de genre fondées sur l’homme-chef de famille et pourvoyeur de subsistance et sur la femme épouse et mère au foyer. Comme dans les autres pays, la Belgique accorde une priorité absolue à la réinsertion masculine. L’égalité politique pour les hommes est décrétée dès 1919, mais les femmes n’obtiennent que le suffrage communal. La reconstruction passe aussi par la repopulation. La guerre renforce largement l’emprise nataliste et la valorisation de la famille nombreuse qui se fait au détriment du travail des mères. La Belgique pénalise d’ailleurs en 1923 la publicité pour l’avortement et les moyens anticonceptionnels. Le travail des femmes est largement condamné.

Seul un petit groupe de féministes – très minoritaires – réclame plus de droits politiques et civiques en se fondant sur le patriotisme féminin. La guerre n’aurait dès lors été qu’une parenthèse rapidement refermée? Cette interprétation ne permet pas de rendre compte de progrès dans l’existence des femmes après 1918. Les évolutions d’avant-guerre se poursuivent et les femmes sont de plus en plus nombreuses à accéder à un enseignement de qualité et à des professions qualifiées. Une chose est claire, la vie des femmes après 1918 n’est plus la même que celle d’avant 1914. La guerre marque une rupture, suivie d’une période de transition où les relations de genre sont confrontées à des réajustements, entre traditions et idées nouvelles dans un mouvement de balancier qui ne revient jamais totalement à son point de départ.

Pour aller plus loin :Le dossier pédagogique de AVG-Carhif Tags : lutte - Emploi - Féminisme - Politique Partagez
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