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Culture

Les homosexualités

La représentation de l’homosexualité dans les médias

par Marie-Anaïs Simon publié le 26 septembre 2017

Une courte apparition dans le remake de La Belle et la Bête, une autre dans Le monde de Dory, des séries comme Sense8, Orange is the New Black ou Game of Thrones qui proposent une meilleure représentation, mais surtout Moonlight qui gagne l’Oscar du meilleur film et 120 battements par minutes le Grand Prix à Cannes. Et si l’homosexualité commençait à être mieux représentée dans les productions audiovisuelles?

L’impact de cette représentation

"Lorsque les réalisateurs et réalisatrices décident de montrer l’homosexualité à l’écran, ils ont un impact sur la manière dont cette réalité est perçue par leur public".

Impossible de le nier aujourd’hui, les médias influencent notre vision du monde et nos interactions avec celui-ci. Lorsque les réalisateurs et réalisatrices décident de montrer l’homosexualité à l’écran, ils ont un impact sur la manière dont cette réalité est perçue par leur public. Évidemment, nous, spectateurs et spectatrices, ne considérons pas bêtement tout ce qui est dépeint dans nos séries ou films préférés  comme des vérités absolues  ! Par contre, ce que nous visionnons se confronte, même inconsciemment, à nos représentations mentales. Ainsi, notre manière de concevoir l’homosexualité peut évoluer si on se trouve confronté-e-s à un univers médiatique présentant des personnages homosexuels variés, intégrés socialement, et qui ne sont pas uniquement définis par leur orientation sexuelle… L’amélioration des représentations de l’homosexualité dans les films et séries impacte donc directement l’évolution des mentalités.

L’ÉVOLUTION DE LA REPRÉSENTATION DES HOMOSEXUALITÉS

Dans les années  50, le modèle familial hétérosexuel était roi. Dans un contexte de reconstruction d’après-guerre, toute représentation d’une sexualité qui ne serait pas uniquement vouée à la reproduction était très mal vue. La censure limitait donc strictement l’expression de la culture gay. Des outils comme le code Hayes, un code de bonne conduite suivi par 10 grands studios d’Hollywood, indiquait ainsi le contenu que l’on pouvait ou non montrer (nudité, prostitution, naissance d’un enfant et, évidemment, homosexuels, étaient largement bannis). Cette époque voit alors fleurir un second niveau de lecture et des sous-entendus plus ou moins évidents dans des films comme Ben Hur ou Rebecca. L’homosexualité n’y est pas clairement montrée, mais elle est par contre facile à voir pour ceux qui la cherchent.

"Tellement gay", un documentaire en deux parties pour mieux comprendre les liens entre pop culture et homosexualité

Ce n’est qu’à partir de la fin des années 70 et le début des années 80 que l’on commence véritablement à voir apparaitre des personnages ouvertement gays dans le cinéma. Après avoir été dépeints comme dangereux et sombres, les hommes homosexuels sont de plus en plus présentés comme des « folles », des gays maniérés et inoffensifs. Ceux-ci sont généralement cantonnés à des rôles mineurs et servent souvent de ressort comique. Par ailleurs, il est récurrent que l’homosexualité soit utilisée comme une insulte (pas assez viril pour un « vrai » homme, une femme osant repousser les avances d’un homme…). L’image que l’on donne à voir des homosexuel-le-s reste à l’époque donc de l’ordre de la raillerie et de la caricature.

"Depuis la fin des années 2000 et le début des années  2010, les films et séries ont suivi ce mouvement et commencé à dépeindre des personnages plus complexes, moins caricaturaux, en les intégrant à l’intrigue comme des personnages parmi d’autres".

Les premières séries gays (Queer as Folk, L World, etc.) apparaissent à la fin des années 90 et au début des années 2000 et proposent enfin plus de diversité dans la représentation de la communauté LGBT. Depuis la fin des années 2000 et le début des années  2010, les films et séries ont suivi ce mouvement et commencé à dépeindre des personnages plus complexes, moins caricaturaux, en les intégrant à l’intrigue comme des personnages parmi d’autres. Par ailleurs, les célébrités affirment plus souvent et plus tôt leur homosexualité, comme Ellen Page lors de la conférence « Time to Thrive » en 2014.

LES DÉFIS ACTUELS

Si la représentation des homosexuel-les dans les films et séries semble s’être largement améliorée, la situation est encore loin d’être idéale. En 2017, dans son 5e rapport « Studio Responsability Index », l’association GLAAD (Gay and Lesbian Association against diffamation) soulignait qu’en 2016 encore, Hollywood restai très mauvais dans sa représentation de la communauté LGBTQ. L’enquête révèle que sur les 125 films observés, seuls 23 incluent des personnages identifiés comme gays, lesbiens, bisexuels et/ou transgenres, ce qui représente 18,4 %. Sur ces 23 films, près de la moitié donnent moins d’une minute de temps d’écran à ces personnages. Par ailleurs, ces personnages sont majoritairement des hommes blancs.

Pour aller plus loin :Résumé de l'enquête de 2016

Plus proche de chez nous, dans un rapport sur la représentation médiatique de l’homosexualité en fédération Wallonie-Bruxelles, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel soulignait que les films où les personnages homosexuels ont un rôle principal, ou sont simplement indispensables à l’intrigue, restent très rares.

"Aujourd’hui, tout comme il n’y a pas une homosexualité, les représentations dans les médias se diversifient : tantôt extrêmement novatrices et libératrices, tantôt plus caricaturales et problématiques ; à nous maintenant de faire la part des choses et de consommer nos médias intelligemment, même lorsqu’il s’agit de divertissements".

Ce rapport met également en avant le fait que les stéréotypes des années  80 subsistent encore en restant souvent les ressorts d’un humour douteux alimentant des représentations négatives voire des injures dans certains films et certaines séries d’aujourd’hui. Ce constat était partagé par GLAAD qui pointait du doigt les comédies comme étant les principaux vecteurs de ces clichés. Heureusement, à côté de ces vieux travers, la télévision, le streaming et le cinéma indépendant commencent à montrer que d’autres représentations sont possibles et qu’elles trouvent un public avec des succès comme les séries Sense8, The Fosters, Greys Anatomy ou Orange is the new black et les films Moonlight, 120 battements par minute ou La Vie d’Adèle. Aujourd’hui, tout comme il n’y a pas une homosexualité, les représentations dans les médias se diversifient : tantôt extrêmement novatrices et libératrices, tantôt plus caricaturales et problématiques ; à nous maintenant de faire la part des choses et de consommer nos médias intelligemment, même lorsqu’il s’agit de divertissements.

Pour aller plus loin :Lire notre analyse : « Gros plan sur l’homosexualité féminine dans les films et séries »
"LGBT dans la pop culture : du cinéma jusqu’aux jeux vidéos"
REPRÉSENTER L‘HOMOSEXUALITÉ À L’ÉCRAN : UNE LONGUE MARCHE VERS LA VISIBILITÉ
Tags : homosexualité - LGBTQ+ - Film - Médias Partagez
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