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Le viol

Article mis à jour le 21 avril 2017

Le viol tacitement autorisé ou la culture du viol

par Françoise Claude publié le 17 mars 2017 Florent Marloye pour Femmes Plurielles

Le sexe des femmes, leur corps en général, est le premier lieu symbolique de la domination masculine. Viol, contraception, avortement, prostitution forcée, violences de genre, publicités sexistes représentent toujours des combats très rudes, loin d’être gagnés. Bref, pour les femmes, la formule « mon corps m’appartient » reste plus de l’ordre de la revendication que de la réalité.

Comme le rappelle Irène Pereira, la plupart des cultures humaines développées au cours des siècles et autour de la planète , participent de cette occultation/indulgence pour/promotion de l’appropriation par les hommes du corps des femmes, au centre de laquelle figure le viol. Notre époque et notre culture n’y échappent pas. Nathalie Blu-Pérou définit ainsi la culture du viol : « tout un appareil de pensées, de représentations, de pratiques et de discours qui excusent, banalisent, érotisent voire encouragent la violence sexuelle ».

Pour aller plus loin :Très bon article de Nathalie Blu-Pérou sur la culture du viol
http://www.femmes-plurielles.be/les-violences-faites-aux-femmes-au-dela-de-lhistoire-personnelle/

CULTURE, FOLKLORE ET IDÉES REÇUES

« De la Bible au Coran, de l’Antiquité gréco-romaine à l’Histoire récente, des contes de fées aux récits de guerre, du cinéma à la littérature contemporaine, les scènes de viol foisonnent au sein même de nos références culturelles les plus fondatrices ».

De la Bible au Coran, de l’Antiquité gréco-romaine à l’Histoire récente, des contes de fées aux récits de guerre, du cinéma à la littérature contemporaine, les scènes de viol (qui ne disent pas
toujours leur nom) foisonnent au sein même de nos références culturelles les plus fondatrices. Beaucoup vont jusqu’à l’autoriser formellement, et les autres l’excusent par le contexte, par la religion, par le patriotisme, par l’attitude de la femme elle-même etc. Dans le domaine de l’art, Lolita, Les Valseuses, Le Dernier Tango à Paris, et bien sûr l’ensemble des oeuvres de Sade, pour ne citer que les plus « cultes», font plus que montrer des scènes de viol. Ils en font la trame même de leur récit. De même pour des paroles et clips de chanson, des peintures, des publicités, des jeux vidéo. Dans la salle de garde d’un hôpital français, le viol collectif de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, est représenté sans aucune équivoque. Que voulez-vous,
les médecins ne sont pas d’accord avec sa politique, donc ils s’expriment, il paraît que ça fait partie de leur folklore. Le viol, une tradition folklorique ? Auraient-ils osé représenter le meurtre
de la ministre, au lieu de son viol ? Non. Nous ne baignons pas dans la culture du meurtre. Nous baignons dans la culture du viol.

Dans notre quotidien courent des idées reçues telles que « une femme qui dit non veut en fait dire oui », « au fond d’elles-mêmes, les femmes désirent toutes être violées », « les hommes ont des besoins sexuels qu’ils ne peuvent réprimer », etc.

©wjarek - shutterstockPour aller plus loin :"Je veux comprendre ... la culture du viol"
"7 raisons pour lesquelles tant d’hommes ne comprennent pas le consentement sexuel"
"Comment les violeurs s'en sorte-t-il si facilement en France" -Neon
Culture du viol - Crêpe Georgette

LES RÉPONSES OFFICIELLES AUSSI

« La réponse officielle de la société revient à dire aux violeurs « ce n’est pas bien grave ». Et aux victimes : « ne nous fais pas perdre de temps avec cette broutille ; et d’ailleurs, c’est un peu de ta faute » ».

Les comportements policiers et judiciaires ne font que refléter cette « culture du viol ». La pauvreté des informations fournies par la police fédérale quant aux faits dont elle a connaissance (les chiffres ne précisent même pas le sexe des auteurs ni des victimes), l’accueil souvent très
défaillant – et culpabilisant – des victimes, le manque de formation des médecins, la correctionnalisation de la majorité des viols – requalifiés par exemple en agression sexuelle, pour éviter au violeur la Cour d’Assises, le nombre d’accusés relaxés, bref la réponse officielle de la société revient à dire aux violeurs « ce n’est pas bien grave ». Et aux victimes : « ne nous fais pas perdre de temps avec cette broutille ; et d’ailleurs, c’est un peu de ta faute ». La pire insulte faite aux victimes est sans doute cette formule éculée – et très perverse – qui prétend que dans les affaires de viol, « c’est parole contre parole ». Dit-on cela à un commerçant qui dépose plainte pour vol dans son magasin ? On ne remet pas en question ses affirmations, et on ne lui renvoie pas que son témoignage ne vaut pas grand-chose, on ne lui demande pas s’il est bien sûr qu’il n’était pas consentant, on ne vérifie pas son taux d’alcoolémie et on ne le soumet pas à des tests psychologiques pour évaluer quelle valeur on peut accorder à sa parole.

Ce n’est pas la même chose, me dira-ton. Non, en effet il y a une grande différence :nous ne baignons pas non plus dans la culture du vol à l’étalage. Nous baignons dans la culture du viol.

Pour aller plus loin :ENQUÊTE : « L’APRÈS VIOL » OU LE PARCOURS D’UNE VICTIME EN BELGIQUE FRANCOPHONEPourquoi l’immense majorité des viols ne terminent jamais aux assisesJ'ai porté plainte, le Tumblr qui aide les victimes de violDANS “OÙ SONT LES VIOLEURS?”, MARLÈNE SCHIAPPA DÉCORTIQUE LA CULTURE DU VIOL Partagez
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