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Le zéro-déchet … une affaire de femmes ?

par Laudine Lahaye publié le 11 décembre 2019 (c) Laura Mitulla pour Unsplash

De nombreuses familles et individu-e-s s’inscrivent aujourd’hui dans un objectif de réduction des déchets ménagers. On les reconnaît sous l’acronyme « ZD », pour « Zéro-Déchet ». Pourquoi et comment parler, en tant que mouvement féministe d’éducation permanente, de ce nouveau mode de vie ?

Cet article est tiré de l’analyse « Zéro-déchet et zéro-sexisme… même combat ? »

Il n’existe encore aucune donnée statistique sur la composition de la communauté ZD. On ne sait donc pas combien de personnes le pratiquent en Belgique. On en sait encore moins sur la répartition des tâches liées au ZD entre hommes et femmes. En observant autour de soi, on constate rapidement que les femmes fréquentent en majorité les ateliers, conférences, groupes et blogs spécialisés en zéro-déchet. Les hommes n’en sont pas absents, juste moins présents en nombre.

Des stéréotypes persistants

La démarche zéro-déchet est fortement centrée sur le foyer, un lieu où les hommes sont traditionnellement moins actifs. Leur présence est encore aujourd’hui socialement valorisée et appréciée dans le monde du travail et des loisirs. Les femmes, quant à elles, sont davantage actives — et leurs actions valorisées — dans la sphère familiale et par extension, dans toutes les activités liées au care. Le care recouvre, d’une part, la sensibilité que l’on peut avoir envers les besoins des autres et, d’autre part, l’action de prendre en charge une personne qui n’arrive pas à répondre à ses besoins de manière autonome. Ces deux aspects se retrouvent dans la démarche ZD. Parce qu’on se soucie de l’avenir de la Terre et de celui des enfants, on met en place de nouveaux gestes plus écologiques et respectueux de la santé et de la planète.
Pas étonnant, dès lors, que beaucoup de femmes s’investissent dans le zéro-déchet. Cela résonne avec le rôle attentionné et dévoué attendu d’elles. Dans les mentalités, il est encore communément admis que le bien-être d’une famille et de ses membres repose sur les épaules de la mère. Au point que le magazine Femmes d’Aujourd’hui du 23 mai 2019 titrait en ce sens : Allô maman bio. Prendre soin de son bébé au naturel. Pourtant, les pères ne sont-ils pas eux aussi responsables de la santé de leur bébé ?
L’exposition médiatique de Jérémie Pichon, figure-phare du zéro-déchet en France, est une bonne chose. Son implication dans la démarche ZD casse l’idée que la sphère domestique est réservée aux femmes. Réaliser des tâches domestiques en tant qu’homme, ce n’est pas dévalorisant. Les femmes ne sont pas « par nature » plus enclines à protéger l’environnement en souffrance. Il n’y a pas de « nature féminine » douce et empathique comme il n’y a pas non plus de « nature masculine » agressive et dominante. Ces traits de caractère s’acquièrent via l’éducation que l’on reçoit et la société stéréotypée dans laquelle on évolue.

Impliquer les femmes dans les lieux de pouvoir

S’engager dans la lutte contre le déréglement climatique sans prendre en compte la lutte contre les inégalités de genre risquerait d’exacerber les inégalités déjà présentes, en enfermant les individu-e-s dans des rôles toujours aussi stéréotypés. En effet, vu son caractère chronophage et individuel, le zéro-déchet dans l’espace domestique pourrait éloigner davantage les femmes des actions plus scientifiques ou collectives. En simplifiant le schéma, on aurait, d’une part, les femmes actives dans la transition écologique au sein des foyers et, d’autre part, les hommes oeuvrant à cette même transition dans les lieux de pouvoir et d’influence. En somme, une répartition des rôles qui n’échapperait pas, à nouveau, aux stéréotypes de genre. Cette configuration inégalitaire se vérifie au Québec, comme le souligne une étude : « Certaines personnes rencontrées ont soulevé le fait que les changements climatiques sont un enjeu relié au secteur de l’énergie et que l’énergie est reliée directement au pouvoir. Cette relation intime entre la lutte aux changements climatiques et le pouvoir fait que cet enjeu demeure majoritairement une « affaire de gars » ».
En Belgique, deux jeunes femmes, Adélaïde Charlier et Anuna De Wever, sont devenues des figures de proue des rassemblements de jeunes pour le climat. En prenant la parole dans les médias, en montrant qu’elles sont capables de fédérer et de tenir un discours cohérent et intéressant, elles valorisent et légitiment l’implication des femmes dans les sphères militantes et dans l’espace public.

Impliquer les hommes dans les lieux sans gloire

Le but de cette réflexion n’est pas de désapprouver l’investissement et l’épanouissement des femmes dans la démarche ZD. En tant que mouvement féministe, nous voulons cependant attirer l’attention sur l’importance de croiser les luttes. Les questions de protection de l’environnement ne doivent pas faire l’impasse d’une réflexion sur la répartition genrée des rôles.
Femmes et hommes s’impliquent-elles/ils à part égale dans le zéro-déchet ménager ? Les tâches liées au zéro-déchet sont-elles réparties équitablement au sein des couples ? Qui porte le poids de la charge mentale inhérente à ce type d’organisation quotidienne ? Ces questions sont fondamentales pour inscrire le zéro-déchet dans une logique d’émancipation et non pas d’oppression supplémentaire, cantonnant et valorisant uniquement les femmes dans les activités de la sphère domestique. La journaliste et romancière Titiou Lecoq déclare à ce sujet : « L’égalité est une condition nécessaire à la transition écologique. Tant que les hommes ne s’impliqueront pas dans ces sujets, ça ne marchera pas. Quitte à faire du zéro déchet, faisons du zéro sexisme. »

Cet article est tiré de l’analyse « Zéro-déchet et zéro-sexisme… même combat ? » Partagez