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Société

Femmes et espace public

Article mis à jour le 11 juin 2019

Les femmes, des navetteuses comme les autres ?

par Fanny Colard publié le 3 juin 2019

La mobilité est un aspect fondamental de la vie quotidienne, indispensable pour l’émancipation et l’autonomie de chacun-e. Des enjeux sociologiques, économiques et environnementaux y sont également liés et peuvent influencer les choix de mobilité. Il en va de même pour les rôles genrés traditionnellement présents dans nos sociétés : les femmes se déplacent de manière différente des hommes. Dans l’ensemble de l’Union européenne, celles-ci sont plus nombreuses que les hommes à prendre quotidiennement les transports en commun (59 % contre 41 %). Or, la façon dont elles les utilisent est marquée par diverses spécificités, qui ne correspondent pas nécessairement à la façon dont ces transports sont pensés et organisés.

 

Femmes au volant...

Actuellement, les femmes restent moins nombreuses que les hommes à conduire (45 % d’hommes conduisent quotidiennement, contre 34 % des femmes). Les hommes sont plus nombreux à détenir leur permis de conduire mais également à le présenter. La majorité des ménages belges (soit 55 %) disposent d’un véhicule unique, on peut donc en déduire que les femmes disposent moins souvent d’un véhicule que les hommes. Les stéréotypes de genre jouent certainement un rôle dans ce phénomène (comme le célèbre dicton « femme au volant, mort au tournant »). De plus, les revenus des femmes étant en moyenne inférieurs à ceux des hommes, l’accessibilité financière du permis et de la détention d’une voiture, leur est plus difficile. Elles restent également moins nombreuses à occuper des postes leur permettant de bénéficier de voitures de société. Il n’est donc pas étonnant de constater qu’elles adoptent un autre type de mobilité, notamment en utilisant plus massivement les transports en commun que les hommes.

Métro-boulot-dodo ?

La spécificité la plus marquante de la mobilité des femmes est le chaînage des déplacements. Cela signifie que les itinéraires quotidiens des femmes se résument rarement à un aller-retour entre leur lieu de travail et leur domicile. Leurs trajets combinent souvent plus de déplacements que les hommes. Cet écart se creuse encore plus lorsque des enfants en bas âge font partie du ménage. C’est ce qu’on surnomme parfois le phénomène des « mamans-taxis » où les mères ajoutent à leurs trajets « classiques » des arrêts aux écoles, crèches, magasins, etc. Aujourd’hui encore, les tâches liées à l’éducation des enfants et aux soins (du ménage comme de l’entourage) restent encore majoritairement portées par les femmes. Or, ce rôle ne se limite pas à la sphère domestique et a de réelles répercussions sur la mobilité des femmes.

Les conséquences du chaînage des déplacements

Une mobilité aussi spécifique peut impliquer divers problèmes, comme l’interdépendance des différents trajets, liée à la gestion des correspondances. Le moindre obstacle rencontré sur le parcours provoque un effet « domino » sur les étapes qui suivent. Cela peut s’avérer d’autant plus difficile à gérer lorsque, par exemple, le dernier bus de la journée démarre avant l’arrivée du dernier train, laissant ainsi certain-e-s voyageuses/eurs sans moyen de quitter la gare. Enfin, un chaînage des déplacements peut impliquer une multiplicité des modes de transports, nommée « intermodalité ». Avec le système d’application en Belgique, où les transports en commun sont des compétences soit fédérales (pour la SNCB), soit régionales (pour la STIB, le TEC et De Lijn), une intermodalité peut impliquer une multiplicité des opérateurs de transports. Des réflexions ont été amorcées ces dernières années pour faciliter la vie des voyageuses/eurs. Citons par exemple la généralisation de la carte MOBIB (MOBility In Belgium), désormais en application auprès des quatre opérateurs de transports en commun belge.

Des horaires différents et des distances plus courtes

Les statistiques démontrent que les femmes ont des horaires moyens de déplacement décalés par rapport aux hommes, qui commencent leurs journées plus tôt et les finissent plus tard. Sans grande surprise, les heures où les déplacements des femmes sont les plus fréquents correspondent aux horaires scolaires, avec des pics à 8 h et 16 h, là où ceux des hommes se situent à 7 h et 17 h. Ce rythme de vie différent s’explique par le fait que les femmes travaillent en moyenne moins d’heures par semaine que les hommes. Elles restent en effet majoritaires à travailler à temps partiel. Du coup, lorsqu’un horaire de travail doit être adapté, par exemple pour conduire les enfants à l’école, ce sont plus souvent les femmes qui en ont la charge. Enfin, en Belgique comme à l’étranger, les femmes réalisent en moyenne des déplacements plus courts que ceux des hommes (10,6­km contre 13,9­km). Leur lieu de travail est également plus proche de leur domicile (18­km pour les femmes contre 25­km pour les hommes). Les déplacements des femmes sont donc caractérisés par un paradoxe­ : leur mobilité privilégie la proximité, par des trajets plus courts, mais est composée de trajets plus nombreux et plus complexes.

Prenons en compte ces spécificités !

La façon dont sont organisés les transports en commun actuellement en Belgique ne tient que peu compte de ces spécificités. Penser la mobilité de manière plus flexible, et non traditionnellement « de la périphérie vers le centre  » est également essentiel. La gestion des correspondances, par exemple, reste un point fondamental de l’intermodalité, particulièrement importante dans le cas de déplacements en chaîne. Les plans de réseau devraient impérativement être pensés de manière globale, ce qui est difficile dans notre pays car différents opérateurs de transports sont concernés. D’autant qu’ils ne dépendent pas tous des mêmes niveaux de pouvoir ! De manière plus large, l’aménagement du territoire doit prendre en compte ces réalités. Des déplacements en chaîne nécessitent une proximité des services. Or, l’urbanisme actuel tend à la création de quartiers de plus en plus spécialisés (exclusivement résidentiels, alloués à divers types de magasins selon la spécificité des marchandises, etc.). Préserver des quartiers mixtes, intégrant tant des logements que des commerces, des infrastructures de soins et des lieux de sociabilité est important pour garantir la proximité et la variété des services. Enfin, il faut souligner que divers aspects de nos sociétés ont un impact sur la mobilité, que ce soit en matière d’égalité salariale, de temps partiels non choisis ou encore de répartition des tâches domestiques (en ce compris la prise en charge des enfants). Pour réduire les inégalités en matière de mobilité, il est donc indispensable d’appliquer la notion de genre à tous les niveaux de notre société.

Pour aller plus loin et explorer d’autres obstacles rencontrés par les femmes dans leurs déplacementsFemmes et transports en commun : des parcours de combattantes ? Tags : transports en commun Partagez