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Les protections périodiques, d’hier à aujourd’hui

par Fanny Colard publié le 29 novembre 2018 © Sudowoodo - Shutterstock

1447. C’est le nombre estimé de protections périodiques qui seraient utilisées chaque seconde dans le monde. C’est-à-dire 45 milliards par an. Il faut dire qu’à raison de 13 fois par an, et en moyenne 480 fois au cours de la vie d’une femme, ça chiffre vite. Protections internes, externes, jetables, réutilisables, syndrome du choc toxique, flux instinctif libre : petit tour d’horizon (non exhaustif) de ce qu’il faut savoir des différentes protections hygiéniques, d’hier à aujourd’hui.

Antiquité

Les premières mentions de protections périodiques connues remontent à l’Antiquité, dès 1550 avant Jésus-Christ. Les Égyptiennes plaçaient dans leur vagin des bandes d’ouate ou de papyrus ramolli, tandis que les Grecques et les Romaines utilisaient des tampons constitués de compresses (en lin, coton ou laine) enroulées autour de petites baguettes de bois. Dans certaines régions d’Europe, des femmes plaçaient des morceaux d’éponge naturelle dans leur vagin.

Moyen Âge et Temps modernes

Sous l’influence des religions monothéistes, ces méthodes sont petit à petit abandonnées, l’insertion d’un objet dans le vagin étant considérée comme un péché. Au Moyen Âge et durant les Temps modernes, les femmes ne portent dès lors plus de protections spécifiques et laissent leur sang s’écouler, vu que les sous-vêtements n’existent pas. Ce sont en réalité les jupons qui absorbent le sang menstruel.

©Vagin Tonic - Lili Sohn - Paru chez Casterman (Découvrir son blog ! )

De la Renaissance au 19e siècle

Durant la Renaissance, les femmes utilisent des bandes de coton réutilisables, placées contre leur entrejambe et tenues par une ceinture de cuir ou de tissu. Ce système se développe encore plus au 19e siècle, avec la théorie des germes de Pasteur : porter des vêtements tachés de sang pendant plusieurs jours d’affilée est désormais vu comme non hygiénique. Des ceintures en caoutchouc sont inventées pour soutenir cette bande de tissu absorbant, avec divers systèmes d’attache (pressions, épingles, etc.). On passe alors de confections personnelles à des protections commercialisées.

C’est en 1897 que la première coupe menstruelle est inventée aux États-Unis. Ce modèle ne sera pourtant jamais commercialisé.

20e siècle

Le 20e siècle marque un tournant dans
l’histoire des protections périodiques.

Le 20e siècle marque un tournant dans l’histoire des protections périodiques. L’essor de l’industrie du coton au siècle précédent permet la généralisation progressive des sous-vêtements, ce qui ouvre ainsi la voie au développement de nouvelles protections. Durant la Première Guerre mondiale, les femmes se confectionnent des serviettes en ouate et en gaze, deux matières plus absorbantes que le traditionnel coton généralisé jusque-là.

C’est en 1920 que la version jetable des serviettes périodiques est inventée, mais elle mettra du temps à se généraliser. Son utilisation ne diffère quasiment pas des serviettes réutilisables vu qu’elles sont amovibles et tenues par des épingles ou par une ceinture.

Le premier tampon en coton est inventé en 1929, et la version avec applicateur apparait dès 1936. Le succès est par contre fort mitigé, car entouré de nombreux mythes, comme, par exemple, le fait qu’un tampon fasse perdre aux femmes leur virginité. Les influences religieuses jouent probablement encore un rôle dans cette commercialisation timide.

Les recherches sur les coupes menstruelles se poursuivent, avec le dépôt de plusieurs brevets et de quelques essais dès les années 1930, mais sans grand succès. C’est également à cette époque qu’apparaissent les éponges menstruelles synthétiques, composées de mousse de polyuréthane. Leur commercialisation reste très restreinte.

Il faut attendre 1963 pour trouver les serviettes périodiques jetables dans les grandes surfaces en Europe occidentale. Dès le début des années 70, elles sont dotées d’une bande adhésive qui leur permet de rester en place sans ceinture. Durant les années 80 et 90, les serviettes se déclinent sous diverses formes : ultraplate, antifuite, spéciale nuit, etc. Les rabats souples qui se fixent sous la lingerie font également leur apparition.

Cup et disque menstruel

C’est en 1987 qu’une nouvelle coupe menstruelle en caoutchouc fait son apparition aux États-Unis. Il faut pourtant attendre le début des années 2000 pour qu’elle arrive en Europe. Ce modèle gagne en notoriété, mais de nombreuses femmes se révèlent allergiques au latex. Il faut attendre 2002 pour que la première coupe menstruelle en silicone soit inventée au Royaume-Uni.

Enfin, en 2016, un nouveau type de protection périodique apparait : le disque menstruel amovible. Produit par une seule firme américaine, cette protection n’est livrée qu’aux États-Unis et au Royaume-Uni. Il a pour particularité de se placer contre le col de l’utérus, comme des contraceptifs tels que le diaphragme ou l’anneau vaginal. Ce disque jetable peut rester en place 12 heures et a pour principal avantage de permettre les relations sexuelles pendant les règles en garantissant l’absence d’écoulement de sang.

Pour aller plus loin :Pourquoi la coupe menstruelle ne convient pas à tout le monde? - Passion Menstrues
La coupe menstruelle : une révolution en silicone - Simonae

Et aujourd’hui ?

Actuellement, les tampons et serviettes jetables n’occupent plus une place aussi importante sur le marché des protections périodiques. Si, tout au long du 20e siècle, les solutions jetables supplantent les protections lavables, on observe ces dernières années une inversion de la tendance, due à des préoccupations écologiques croissantes. L’impact financier pousse également à l’utilisation de méthodes réutilisables, une étude belge estimant qu’une femme dépense environ 2.000€ rien qu’en protections périodique au cours de sa vie. Or, les protections réutilisables représentent un coût total réduit.

Trop floue la composition des protections périodiques?

Ces changements de pratiques sont également dus à des réflexions concernant la composition des protections. Diverses études y ont décelé la présence de résidus de pesticides et de divers perturbateurs endocriniens. Des marques de serviettes et de tampons bios se développent, mais même certaines de celles-ci sont mises en cause. De nombreux mouvements réclament une plus grande transparence et un plus grand contrôle de la composition des protections périodiques, actuellement sans succès réel. Si certains résidus résultent des matières premières utilisées (pesticides utilisés dans les plantations de coton), d’autres y sont consciemment ajoutées. C’est notamment le cas d’agents chlorés, visant au blanchiment des protections et laissant des résidus de dioxine, ou encore des parfums et colorants.

Pour aller plus loin :Cinq protections hygiéniques pour remplacer les tampons - passion menstrues

Le syndrome du choc toxique (SCT)

En 2012, la mannequin Lauren Wasser est victime du syndrome du choc toxique (SCT) et est contrainte de se faire amputer d’une jambe. L’affaire fait grand bruit dans les médias alors que ce syndrome est connu depuis les années 80. Le SCT est une maladie très rare, mais qui peut toucher l’ensemble de la population. Les femmes qui utilisent des protections périodiques internes (tampons, coupes ou éponges) courent plus de risques. Ce n’est pourtant pas la nature ou la composition des protections qui est en cause, mais une mauvaise utilisation de celles-ci. Lorsqu’une protection reste plus de 8 heures en place sans être changée (la durée conseillée est entre 4 et 6h), le sang menstruel s’accumule dans le vagin, condition favorable au développement d’une toxine. Celle-ci est produite par les staphylocoques dorés, bactérie dont tout individu est porteur. Le disque menstruel amovible n’est pas concerné par ce syndrome, car, avec son utilisation, le sang menstruel est retenu dans l’utérus et non dans le vagin.

Pour aller plus loin :Le Syndrome du choc toxique - Cyclique
Tampons bio et coupes menstruelles de nouveau mis en cause : pas de panique
Syndrome du choc toxique, l’enquête passée au peigne fin - Simonae

Des alternatives

Pour toutes ces raisons, certaines protections présentées comme « innovantes » (bien qu’anciennes !) sont de plus en plus popularisées.

Pour toutes ces raisons, certaines protections présentées comme « innovantes » (bien qu’anciennes !) sont de plus en plus popularisées. On observe ainsi un retour sur le marché de culottes menstruelles et de serviettes périodiques lavables, en tissu, dont les rabats sont pourvus de pressions afin d’être fixés au sous-vêtement. Ces protections sont fabriquées en fibres naturelles et sont ainsi des solutions écologiques, recyclables et garanties sans produits toxiques. Malheureusement dans certaines culottes menstruelles, il y a des nanoparticules dont des tests sur des poissons et leurs embryons ont révélés qu’elles étaient toxiques.

La coupe menstruelle est également en plein essor. Ce petit réceptacle en matière souple, qui s’insère dans le vagin, contre le col de l’utérus, pour recueillir le sang menstruel représente également une solution respectueuse de l’environnement. Elle est, par contre, également concernée par le risque de syndrome du choc toxique, vu que le sang menstruel ne s’écoule pas hors du vagin. Son utilisation est en outre déconseillée pour les personnes portant un stérilet, qu’il soit hormonal ou en cuivre. C’est par un effet de ventouse que la coupe recueille le sang menstruel, or ce même effet peut, dans certains cas, faire bouger le stérilet.

Enfin, le flux instinctif libre fait timidement parler de lui : il s’agit d’une méthode 100% naturelle consistant à contrôler son flux menstruel par la contraction du périnée. Le sang menstruel est alors retenu de la même façon que l’urine, pour n’être évacué que lorsqu’on passe à la toilette. Cette méthode nécessite beaucoup d’entrainement, mais permettrait d’abandonner tout système de protection périodique.

Pour aller plus loin :Les règles dans nos dessous : quelles protections périodiques adopter ? - Simonae
Flux instinctif libre - Cyclique
Le flux instinctif libre, qu’est-ce que c’est ? - Passion menstrues
Le flux instinctif libre, cette façon de vivre ses règles sans aucune protection - Madmoizelle
Tags : histoire - menstruations Partagez