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Article mis à jour le 30 novembre 2018

Les règles à travers le monde

par Julie Gillet publié le 29 novembre 2018 Temple hindou de Taman Ajun (Mengwi - Bali) ©Shane De Meûter (octobre 2016)

Chaque mois, deux milliards de femmes à travers le monde ont leurs règles. Un phénomène tout à fait banal, donc. Pourtant, les menstruations continuent de susciter crainte, gêne et incompréhension, ici comme ailleurs.

Europe, Afrique ou Asie, chacune ses règles

En Belgique ou en France, et plus généralement en Occident, à de rares exceptions près, les règles restent taboues. Considérées comme sales, voire dégoutantes, elles sont l’objet de blagues souvent méprisantes et le sujet reste peu abordé en public. Un récent sondage américain montre ainsi que plus d’une femme sur deux se sent honteuse pendant ses menstruations, et que la moitié d’entre elles a déjà subi des moqueries ou commentaires dégradants à ce sujet de la part d’hommes ou de membres de leur famille.

Pour aller plus loin :Analyse FPS - Le tabou des règles : un moyen efficace de contrôler le corps des femmes
Analyse FPS - Dans les règles de lart
LSD - podcast "Rouge comme les règles"
Infos sur le sondage américain à propos du "period shaming"

Autre problème : le prix des serviettes et tampons trop élevé pour une partie de la population qui n’y accède que difficilement. De nombreuses associations militent pour en réclamer la gratuité. L’Écosse montre l’exemple à ce propos, en fournissant désormais gratuitement des protections périodiques à toutes ses étudiantes.

Rouge comme la honte ?

"Si avoir ses règles peut se révéler contraignant dans nos contrées, la réalité peut être autrement plus dramatique ailleurs".

Si avoir ses règles peut se révéler contraignant dans nos contrées, la réalité peut être autrement plus dramatique ailleurs. Ainsi, dans certaines communautés du Népal, les femmes sont sommées de s’exiler dans une hutte à l’écart du village durant toute la durée de leurs règles. Une pratique dangereuse, puisque ces cabanes se révèlent souvent insalubres et mal protégées des intempéries et des animaux sauvages, et que les femmes s’y retrouvent complètement isolées. La tradition est désormais interdite par la loi, mais elle semble, hélas, perdurer dans de nombreuses régions reculées.

En Inde également, dans certaines castes, les femmes sont mises à l’écart lorsqu’elles sont menstruées et ne peuvent participer aux activités domestiques. Elles ont par ailleurs l’interdiction formelle de toucher la nourriture, par crainte que celle-ci soit « contaminée ». Une notion d’impureté que l’on retrouve dans la plupart des religions, qui ont interdit ou interdisent encore l’accès de leurs lieux sacrés aux femmes lorsqu’elles sont réglées.

Pour aller plus loin :My country's problem with menstruation -CNN
Les Indiennes bravent les règles

Partout, les croyances ont la peau dure. En Bolivie, les femmes ne peuvent pas jeter leurs protections hygiéniques dans les poubelles communes. Celles-ci causeraient de maladies, et même de cancers, selon des croyances ancestrales. En Afghanistan, les femmes ne se lavent pas durant leurs menstruations, par crainte de devenir stériles. Elles ne peuvent également ni manger de viande, de riz, de légumes ou d’aliments acides, ni boire de l’eau froide, ni encore s’asseoir sur un sol mouillé.

En Inde, une étude a révélé que plus de la moitié des écolières n’avait reçu aucune information sur les menstruations avant d’en faire l’expérience par elles-mêmes.

Au Malawi, les parents ne parlent pas des menstruations à leurs enfants, celles-ci devant être tenues secrètes. À leurs premières règles, les adolescentes s’imaginent souvent atteintes d’une maladie grave, et craignent alors de mourir. Une peur que partagent de nombreuses fillettes à travers le monde. En Inde, une étude a révélé que plus de la moitié des écolières n’avait reçu aucune information sur les menstruations avant d’en faire l’expérience par elles-mêmes.

Dans de nombreux pays d’Afrique, comme au Kenya, au Rwanda ou au Bénin, de nombreuses jeunes filles nevont pas à l’école lorsqu’elles sont réglées. Les bâtiments scolaires sont en effet rarement équipés de toilettes privées, propres et sécurisées, avec un accès à l’eau. De plus, par manque d’argent, les femmes ne peuvent pas s’acheter de protections hygiéniques et sont contraintes d’utiliser des alternatives telles que des morceaux de tissu, de la paille ou des feuilles, ce qui les expose à de nombreuses infections. L’Unicef avance le chiffre de 20% de temps scolaire perdu chaque année par les filles pour cette raison.

Heureusement, certains pays sont plus progressistes que d’autres. Ainsi, le Japon autorise le congé menstruel depuis 1947. Taiwan, la Corée du Sud, la Zambie ou l’Indonésie permettent également aux femmes de s’absenter de leur travail un ou deux jours chaque mois. Néanmoins, prendre ces congés reste toujours plutôt mal vu.

Pour aller plus loin :EN AFRIQUE : 1 FILLE SUR 10 NE VA PAS À L’ÉCOLE QUAND ELLE A SES RÈGLES - Plan International
Des filles – et des garçons ! – démystifient les règles dans cinq pays à travers le monde - UNICEF
Menstruations : 10 pays aux croyances révoltantes
Les problèmes auxquels, pendant leurs règles, les femmes du monde entier sont confrontées (et comment leur simplifier la vie)

Respectons les règles

Les menstruations ont fait partie, font partie ou feront partie de la vie de la plupart des femmes. Durant 40 ans, elles rythment la vie de toutes. Chaque femme les surveille, les redoute ou les attend impatiemment. Pourtant, peu d’entre elles en parlent librement, et de nombreuses superstitions perdurent. En 2018, il est temps que cela change ! Avoir ses règles ne devrait plus jamais être un motif de gêne. Connaitre son corps, se l’approprier et en être fière, est primordial pour prendre sa santé en main.

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