Les dossiers

L'agenda

S'abonner

Participer

Site FPS

Rédaction

Nous, vous & elle

Article mis à jour le 13 février 2018

Les stratégies de communication des anti-IVG

par Eloïse Malcourant | Romane Schyns publié le 12 février 2018 ©Jerry Kiesewetter

Cet article est inspiré de l’analyse « Les strategies de communication des anti-ivg : quelles reactions ? »

En 2018, les groupes anti-choix profitent toujours de toutes les occasions, pour désinformer et effrayer la population, au sujet de l’avortement. Entre sites internet faussement pro-choix, et lobbyings politiques, ils mettent tout en œuvre pour inciter les femmes à ne pas avorter, et surtout, pour amener les gouvernements à interdire cette pratique. On le sait pourtant, limiter le droit à l’avortement, c’est mettre en danger la vie de centaines de milliers de femmes, partout dans le monde.

La désinformation sur internet

Le web est devenu le moyen de communication privilégié des anti-choix. Leur stratégie se nourrit de peur, de désinformation et de culpabilisation. Certains sites prétendant fournir des informations fiables sur l’IVG, tiennent en réalité un discours hostile à la pratique. Ces sites sont particulièrement présents en France, malgré l’existence d’une loi pénalisant la désinformation sur l’avortement.

Citons par exemple www.ivg.net, une plateforme supposément neutre lancée en 2008, gérée par une association appelée SOS-Détresse. Elle propose un service d’écoute téléphonique, mentionné comme « une écoute strictement gratuite et anonyme pour vous apporter un soutien dans le cadre d’un projet d’IVG y compris auprès des mineurs ».

Pour aller plus loin :Le Monde - Comment les anti-avortement pratiquent la désinformation sur le Web
Madmoizelle - On a testé pour vous la nouvelle stratégie des anti-IVG
Sites anti-IVG: une véritable stratégie de désinformation

En octobre 2016, Guillaume Meurice, chroniqueur de France inter, a testé ce numéro. Lorsqu’il a demandé ce qui se passait après une IVG, la personne au bout du fil lui a, entre autres, répondu « Cela se dégrade au niveau sexuel ». Une réponse qui traduit la désinformation sur le sujet.

En 2013, le gouvernement français a lancé le site www.ivg.gouv.fr, afin de contrer le site trompeur www.ivg.net. Malgré tout, ce site n’arrive pas toujours en première place lorsque nous mentionnons le terme IVG dans la barre de recherche Google!

Les Survivants, le mouvement anti-choix adressé aux jeunes

Un autre exemple, créé spécifiquement pour un public jeune, est le site www.afterbaiz.com.

Sur ce site, bien qu’on n’expose pas ouvertement un discours anti-choix, le parti pris est évident! Les articles y mettent en avant les difficultés et traumatismes que certaines femmes peuvent vivre lors d’un IVG, sans jamais exposer à quel point cela peut être important et positif pour une personne qui ne désire pas garder son enfant. Via un design attractif et des références à la culture de la génération Y, le site expose, sous toutes ses coutures, le « bonheur » de devenir parent. Tout en se faisant  passer pour un site neutre, afterbaiz est en réalité un puissant outil de désinformation.

Leurs articles sont simples, rapides, écrits dans un langage familier basé sur des expressions « jeunes » (« Youhou ! J’porte la vie, c’est cool les mecs, j’viens pas de me faire écraser par un tracteur hein ! »), et ne passent pas à côté des fautes d’orthographe et des blagues douteuses, avec, pour couronner le tout, une pointe de sexisme.

Quand on sait qui est derrière ce site, on a tout compris. En effet, c’est le mouvement anti-choix Les Survivants  qui réunit des jeunes nés après 1975, s’identifiant à des « rescapés de l’avortement ». Ils ont pour particularité d’exposer un discours radical en matière d’IVG. Ils n’ont que peu de moyens, mais leurs actions sont suffisamment originales pour bénéficier d’une large couverture médiatique.

Pour aller plus loin :Comment "Les Survivants" veulent nous faire croire qu'être anti-IVG, c'est cool

Les anti-IVG sur la toile, mais pas que…

"Plus les lois en matière d’IVG sont restrictives, plus la santé et la vie des femmes sont en danger."

Outre la désinformation sur la toile, les anti-IVG sont également présents dans d’autres lieux publics et privés, dont les universités. En Belgique, le 21 mars 2017, Stephane Mercier, un chargé de cours invité, avait remis à une centaine d’étudiant-e-s en BAC1 ingénieur civil à l’ULC, une note de 15 pages intitulée « La philosophie pour la Vie ». On pouvait notamment y lire :« la vérité est que l’avortement est le meurtre d’une personne innocente ». Ou encore :« si l’avortement est un meurtre, n’est-il pas encore plus grave que le viol ? Le viol est immoral et heureusement, il est aussi illégal. L’avortement, qui est encore plus immoral, ne devrait-il pas, à plus forte raison encore, être illégal lui aussi ? ».

L’ULC a depuis réagi à cette note et décidé de suspendre les cours dont Stephane Mercier avait la charge.

Ce fait d’actualité démontre, une nouvelle fois, une des stratégies de communication privilégiées par les anti-choix : la désinformation et la culpabilisation.

Le lobbying politique des anti-choix

Une autre stratégie des anti-IVG : faire pression sur les politiques afin d’encourager des reculs législatifs. Nous savons que plus les lois en matière d’IVG sont restrictives, plus la santé et la vie des femmes sont en danger. Interdire l’interruption volontaire de grossesse n’en diminue pas le nombre, mais la rend clandestine et risquée.

Dans le monde, toutes les 9 minutes, une femme meurt d’un avortement clandestin.




En septembre 2016, le Parlement polonais, où les conservateurs catholiques sont majoritaires, a failli adopter une proposition de loi interdisant totalement l’IVG, sauf en cas de danger de mort imminent de la femme. Le comité « Stop avortement » était à l’origine de ce texte, et a réussi , en quelques mois, à récolter un demi-million de signatures soutenant leur proposition. Si ce texte avait été adopté, une femme victime de viol ou d’inceste n’aurait plus eu le droit d’avorter, et celles et ceux ne respectant pas la loi risqueraient jusqu’à 5 ans de prison. Grâce à une manifestation de 100.000 personnes, l’interdiction totale de l’IVG a été rejetée en commission parlementaire. Notons tout de même que le pays n’autorise l’avortement qu’en cas de viol, de malformation du fœtus ou de risque pour la santé de la femme.

L’exemple prouve que la mobilisation citoyenne pour contrer des propositions de lois rétrogrades en matière de droits sexuels et reproductifs a son rôle à jouer. Cependant, en janvier 2018, on a pu constater de nouvelles attaques envers le droit à l’avortement des polonaises.

Pour aller plus loin :Le Monde - En Pologne, le gouvernement s’apprête à rendre l’avortement quasi impossible
Libération - En Pologne, manifestation contre l'interdiction de l'avortement

Partout dans le monde, les anti-choix sont friands de ces techniques leur permettant de détricoter petit à petit le droit à l’IVG. Cependant, interdire la pratique n’en diminuera jamais le nombre, ils augmenteront par contre sa dangerosité pour les femmes contraintes de le faire clandestinement.  C’est la raison pour laquelle il est important de se battre, afin de permettre à toutes, le droit de disposer de son propre corps.

Quelques informations utilesNouvelle idéologie anti-IVGLes centres de planning familialQuestions réponses sur l'avortementQuels délais respecter ?GACEHPA (Groupe d’Action des Centres Extrahospitaliers Pratiquant l'Avortement)Analyse ayant inspiré cet article Tags : santé - lutte - IVG Partagez