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Société

Le viol

Trigger Warning : Violences et viol
Article mis à jour le 17 mars 2017

Les violences faites aux femmes, au-delà de l’histoire personnelle

par Fanny Colard publié le 27 février 2017 ©Shutterstock

Il n’est pas rare de constater une tendance à « psychologiser » ou à « naturaliser » certaines formes de violences faites aux femmes. Jalousie, amour excessif ou fusionnel, (im)pulsions, etc. Tant d’aspects qui tendent à nuancer l’impact de ces violences, à les amoindrir, à les banaliser, car elles sont bien souvent « réduites » à la dimension personnelle. Mais seule une analyse globale de ce phénomène pourrait permettre de comprendre pourquoi, malgré toutes ces années de lutte, les violences faites aux femmes ont encore autant d’ampleur dans nos sociétés actuelles.

Ce n’est pas si grave…

Trop de « fausses » excuses ou explications sont avancées pour « justifier » les violences. Le viol ? Une pulsion sexuelle impossible à refouler. Des coups qui se perdent au sein d’un couple ? Un énervement passager, causé par quelques contrariétés (ce n’est pas bien grave tant que ça ne se reproduit pas trop souvent). Une femme tuée par son partenaire ? Un crime passionnel, découlant d’un amour fou. Le harcèlement sexuel ? Une forme de galanterie ou de compliment !

Une société inégalitaire

« En réalité, chaque acte de violence envers les femmes est lié à la société »

Plutôt que de considérer que les violences ne concernent à chaque fois que quelques personnes (couple, famille, groupe, etc.), il faut se rendre compte qu’en réalité, chaque acte de violence envers les femmes est lié à la société. Toutes les formes que ces violences peuvent prendre (physiques, psychologiques, sexuelles, économiques, administratives, etc.) doivent être replacées dans un contexte anthropologique, historique et social, empreint de rapports sociaux inégalitaires entre les femmes et les hommes.

Le continuum des violences faites aux femmes

C’est dans les années 1970 que les féministes mettent en lumière ce qu’elles nomment le continuum des violences. Elles jettent ainsi des ponts entre les différentes formes de violences dont la majorité des victimes sont des femmes, et la majorité des auteurs, des hommes. Ce continuum est basé sur la domination masculine et englobe de nombreux domaines où le sexisme est de mise, allant de l’écart salarial aux violences conjugales. Cette façon d’aborder les violences dans leur globalité et sous toutes leurs formes permet d’éviter que seules celles jugées « les plus graves » ou « les plus répandues » soient mises en lumière.

Les agressions sexuelles sont commises par des inconnus dans les espaces publics… Ou pas !

Il s’agit là de l’une des principales idées reçues en matière de violences sexuelles. Les chiffres sont néanmoins tout autres : dans près de 80% des cas, l’agresseur est un proche de la victime. Dans la majorité des cas, les violences sexuelles infligées à des mineur-e-s sont commises par des proches (famille, école, activités parascolaires, institutions de soins, etc.) et, pour les adultes, ont lieu au travail ou dans leur couple.

Ce petit court-métrage « coup de poing » rappelle la réalité de ces viols conjugaux (TW: viol)

©Réalisation : Victor Habchy Montage : Martin Escoffier (Nikon Film Festival)
Pour aller plus loin :Interview de Marlène Schiappa sur son livre "Où sont les violeurs?"Ce très bon article sur Simonae.fr

 

Par ailleurs, la sociologue Natacha Chetcuti précise qu’entretenir ce cliché revient à renforcer l’idée que les femmes sont plus en danger dans l’espace public, et donc, par extension, à les inciter à rester dans l’espace privé…

Une question de société

« Ces formes de violences ne doivent plus être considérées comme de simples « faits divers » qui résumeraient la malchance »

En définitive, ces formes de violences ne doivent plus être considérées comme de simples « faits divers » qui résumeraient la malchance qu’une victime aurait eu de croiser un « prédateur sexuel », un amant possessif ou un patron affectueux. Si les victimes sont majoritairement des femmes et les auteurs majoritairement des hommes, c’est parce que ces violences sont des phénomènes sociaux qui ne peuvent être analysés que si l’on prend en compte le statut qu’occupent les femmes dans nos sociétés.

Tags : viol - violence - harcèlement - stéréotypes - vie affective et sexuelle - Planning Familial Partagez
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