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No kids club – écrire pour s’affirmer

par Julie Gillet publié le 18 janvier 2018 © Zoé Borbé (So Tumblr)

« Ils vécurent heureux et n’eurent pas d’enfant ». Et si on questionnait la maternité, la parentalité, les injonctions culpabilisantes dont elles sont l’objet et le désir ou le non-désir d’enfant, dans une perspective féministe d’émancipation ? Et si on interrogeait nos préjugés et nos opinions sur les rôles sociaux des hommes et des femmes? C’est ce qu’on fait plusieurs hommes et femmes, le temps d’un atelier d’écriture organisé lors du grand rassemblement féministe « AGITATIONS ! ». L’occasion de partager, dans un espace bienveillant, ressentis, émotions, colères, joies et regrets pour toutes et tous.

En guise de conclusion, les participants ont écrit une lettre sur le thème : « Peut-on être femme (ou homme) sans être mère (ou père) ? ». Nous publions ici, avec l’accord de leurs auteur-e-s, quelques-uns de ces textes .

A toi qui écris cette lettre, n’oublie pas pourquoi tu fais ça.

Déjà petit, tu ne voulais pas, les poupées ne t’intéressaient pas, l’aventure était avec toi, l’appel de la liberté était en toi.

Tu te voyais militaire, agent secret ou encore policier, mais certainement pas père.

« Trop de responsabilités », tu te disais.

« C’est un boulet attaché à mon pied », tu murmurais.

Pas d’enfant, c’est ce que tu voulais.

Tu as un rêve, et même si on te traite d’égoïste, même si autour de toi on te dit : « Ne fais pas ça, fais comme ci, fais comme ça », n’oublie pas : ta vie n’appartient qu’à toi.

Tom.

Sophia/Hugo,

Je t’écris ces quelques mots que tu prendras peut-être le temps de relire quelques fois dans ta vie, au détour d’un itinéraire difficile ou dans des moments de doute, dans des changements de cap ou simplement durant des pauses sur ton chemin. Je te souhaite une belle vie, une vie de rires et d’apprentissages, une vie de rencontres et de partages, une vie sans trop de besoins, mais avec beaucoup de belles envies, de projets, de voyages. Je te souhaite de rencontrer beaucoup de différences dans les « autres » et de partager les tiennes.

Je te souhaite d’être libre, autonome et de garder cette petite touche d’improbabilité que tu as déjà, que tu continues à te développer et à t’enrichir de ta belle créativité, que dans les moments plus difficiles, elle te soit une porte, une fenêtre vers le soleil. Je te souhaite de voyager, dans ta tête et dans le monde, de toujours élargir tes horizons. Je te souhaite d’être entouré-e de belles personnes, aussi libres que toi, que l’amour et l’amitié, la solidarité soient toujours là et peut-être un jour, si tu le veux, d’être maman, papa, ou pas.

Leïla.

SANDRINE,

Ton questionnement lors de notre dernier souper m’a beaucoup chipoté. Ton désir de non-enfant, ta cure de fleurs de Bach pour t’assurer que tu ne regretteras pas ce choix, plus tard… C’est une question que je ne me suis pas permis de me poser à ton âge. Moi, j’étais sur des rails, tu le sais. Je suis un bon petit soldat. Et donc me marier, avoir des enfants faisaient partie de ma ligne de vie à ne pas questionner.

Heureusement, les portes s’ouvrent, l’évolution des mentalités permet de réfléchir sur soi, nos besoins fondamentaux en tant que femme, en tant que couple. Avec du recul, si je m’étais questionnée sur mon désir d’avoir un bébé ou pas, je ne suis pas certaine de la réponse.

De ma maternité, c’est le sentiment de culpabilité que je retiens. Ce sentiment de culpabilité qui a gâché cette longue route de parent éducateur. Ne pas bien faire ceci, être trop cela, être plus présente. Mes envies, mes besoins. Je me suis débrouillée pour quand même arriver à faire quelque chose.

Maintenant que mon fils est adulte, en projet d’être père et donc moi d’être grand-mère, il m’est difficile de répondre à la question. Je sais que la route a été longue et souvent difficile. Mais tout cet amour échangé, partagé. Je n’ai jamais imaginé ma vie sans enfant.

Françoise.

Chère Maggie,

Par la présente, j’aimerais te poser quelques questions auxquelles, je l’espère, tu pourras donner une réponse personnelle, en mettant de côté pour l’instant ton appartenance à un parti de droite, visant à maintenir un ordre bourgeois esclave de la finance.


Dis-moi, Maggie, pourquoi vient-on seulement de reconnaitre que les produits d’hygiène féminine ne sont pas un luxe à 21 % de TVA, mais une nécessité à 6 % ? Pourquoi as-tu décidé tout d’un coup de rappeler que la pilule du lendemain ne serait plus en délivrance libre à l’accueil d’un centre de planning, mais uniquement sur prescription ? Et d’ailleurs, crois-tu que l’avortement soit un moyen de contraception utilisé à la légère ? Pourrais-tu m’expliquer comment un gynécologue diplômé peut prétendre ne pas pouvoir déceler une grossesse de 10 semaines parce qu’il sait qu’elle est non désirée ? Pourquoi tant de bâtons dans les roues ? N’aurait-on pas le droit de réaliser que l’on peut être femme sans être mère ?

Alice.

À ma belle-mère et sa maman,

Vous qui avez tant envie d’avoir un petit-fils, qui seriez si heureuses que je vous annonce cette « bonne » nouvelle. Vous qui je sais et j’espère avez tant cette envie par amour, mais surtout par envie et fierté, je voudrais vous dire…

Je voudrais vous dire qu’il n’est pas simple à notre époque d’avoir un enfant. Que ce soit pour des raisons financières, politiques ou morales.

Je voudrais vous dire que j’aurais l’impression d’être égoïste si j’avais un enfant, ce n’est pas le bon moment.

Je voudrais vous dire que je ne peux pas la/le voir grandir dans la peur d’une société injuste, sexiste, dangereuse simplement parce qu’il est là.

Je voudrais vous dire que j’ai envie d’essayer, mais j’ai peur. Peur de ne pas assumer, de ne pas la/le rendre heureu.se de le/la voir manquer de quelque chose que je ne pourrais lui donner.

Je voudrais vous dire que là tout de suite, je n’ai pas envie ! J’ai envie de profiter un maximum de ma vie, de mon temps libre et de vivre des tas d’aventures ! Et désolé, mais un-e gosse dans les pattes, ce n’est pas facile pour ça. Il faudra réfléchir aux garderies, trouver des solutions, se priver, être raisonnable… Je n’ai pas envie d’être raisonnable ! J’ai envie de profiter de chaque jour qui passe et si je me mets en danger ou s’il m’arrive quelque chose dans ce monde de fous, je n’ai pas envie de l’abandonner à son sort.

Je voudrais vous dire que je ne me sens pas prête, pas soutenue. Je n’ai pas assez confiance en lui, j’ai peur qu’il ne gère pas, je vous juge encore trop et ne vous fais pas assez confiance pour son éducation même si c’est quelques heures par semaines.

Je voudrais vous dire que j’ai envie, mais j’ai peur. Peur que ce ne soit pas une bonne idée, d’assumer, de regretter, de l’avoir eu trop tard.

Je voudrais vous dire que je n’ai pas envie de changer ma vie. Qu’un enfant, c’est pour la vie, qu’on ne peut plus faire demi-tour, et que ça, ça me fait peur.

Je voudrais vous dire que je n’ai pas envie de lui imposer toutes ces pressions sociales, qu’il ou elle soit élevée de façon différente selon son genre, ou perçu-e différemment et n’ait pas les mêmes chances que les autres parce qu’il/elle est il/elle.

Je voudrais vous dire que malgré tout, j’ai énormément d’amour à donner, mais que je préfère le partager autrement quitte à saouler ou être vue différemment que d’étouffer un petit être qui n’a rien demandé.

Enfin, je voudrais vous dire que peut-être qu’un jour, j’aurai un enfant, que tout se passera bien, mais que pour le moment, ce n’est pas ça de la vie que j’attends.

Marie.

Tags : enfant - parentalité - Famille - Maternité Partagez