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Culture

Les femmes dans l’art

Palestine – 50 ans d’occupation

Palestine, un cirque au service de l’émancipation des femmes

par Aurore Schreiber publié le 4 juin 2018 ©Stefano Morelli

L’École du Cirque de Palestine a vu le jour en 2006, fondée par un couple belgo-palestinien, Jessika Devlieghere et Shadi Zmorrod. Dès le départ, l’idée était de créer une structure d’éducation permanente par les Palestinien-ne-s et pour les Palestinien-ne-s. En passant par le cirque, l’objectif était de mettre au-devant de la scène une nouvelle forme d’art engagée en Palestine, qui permette aux jeunes palestinien-ne-s de s’exprimer sur leur vie quotidienne, d’évacuer le stress lié à la violence de l’occupation, et de se reconstruire autour de valeurs positives.

Les débuts du projets

"Dès le début, le projet se voulait totalement inclusif, intégrant tous les jeunes, au-delà de toutes barrières de genre, culturelles, sociales, économiques ou de handicaps".

En 2006, le projet débute avec un petit groupe de jeunes filles et garçons à Ramallah, la capitale administrative. Parmi la dizaine de jeunes, six étaient particulièrement motivé-e-s, ils/elles avaient faim de raconter, de partager leur histoire et trouvaient dans le cirque une nouvelle plateforme d’expression, différente de celle de la culture arabe, très focalisée sur l’oralité. La structure a, petit à petit, pris de l’ampleur, grâce à l’engagement d’élèves, devenus artistes et coachs. Et dès le début, le projet se voulait totalement inclusif, intégrant tous les jeunes, au-delà de toutes barrières de genre, culturelles, sociales, économiques ou de handicaps

Inclure les femmes

"À Hébron, voir des filles participer à des exercices sportifs, à travers le cirque, est beaucoup plus important pour nous que de vouloir imposer un environnement mixte à tout prix".

Jessika, une des fondatrices, nous explique quelles stratégies étaient mises en place pour inclure plus spécifiquement les femmes au sein de l’École du Cirque de Palestine. « On a tendance à croire que toute la Palestine est conservatrice du point de vue religieux, mais ce n’est pas le cas. Il y a différentes réalités, différentes façons de voir la vie, de vivre la religion. Selon les régions de Palestine, et les familles, les libertés accordées aux filles varient. Certaines d’entre elles peuvent ainsi s’exprimer à leur façon et poursuivre leur trajectoire de vie comme elles le souhaiteraient. L’École est née à Ramallah, c’est une grande ville où l’on trouvait déjà plusieurs filles engagées dans des équipes de basket ou de théâtre. Ainsi, dès le début, nous avons mis sur pied des groupes mixtes. Les parents le savaient et cela ne posait pas de problème. C’était très différent quand on allait à Hébron ou Jenine. Dans ces villes-là, la mixité n’est pas aussi bien acceptée. Nous avons donc décidé de faire des cours séparés pour les garçons et les filles.

En effet, notre philosophie a toujours été d’agir en respectant les manières de faire de notre public. Selon nous, un changement dans la société ne se fait pas du jour au lendemain en imposant des valeurs, des façons de voir les choses. Par contre, si on offre des opportunités aux jeunes, et en particulier aux jeunes filles, celles-ci pourront amener ce changement. À Hébron, voir des filles participer à des exercices sportifs, à travers le cirque, est beaucoup plus important pour nous que de vouloir imposer un environnement mixte à tout prix.

Une opportunité de rebondir!

"Grâce à l’école de cirque, on peut accéder à ces jeunes filles très vulnérables, des jeunes susceptibles d’être intimidées et victimes d’abus".

Depuis 10 ans, on collabore également avec un centre de réinsertion sociale de jeunes filles. Pour celles qui sortent des systèmes traditionnels d’éducation, c’est une opportunité de rebondir  ! Ces jeunes filles rencontrent des problèmes de tous ordres : problèmes sociaux, psychologiques, problèmes de concentration, handicaps, etc. Grâce à l’école de cirque, on peut accéder à ces jeunes filles très vulnérables, des jeunes susceptibles d’être intimidées et victimes d’abus. Pour nous, le travail c’est d’abord de leur redonner confiance, de revaloriser leur estime d’elles-mêmes, en utilisant le cirque comme un outil, un moyen. L’objectif, c’est que ces jeunes filles deviennent des exemples, des modèles à suivre, dans leurs propres communautés, où elles étaient jusqu’alors marginalisées. Avec l’École de Cirque, elles vont pouvoir faire des choses que personne d’autre ne sait faire et elles impressionnent lors des spectacles ! Et c’est ainsi qu’on change la société, en montrant que les filles peuvent être fortes, faire des exercices physiques, du sport, devant un public, tout respectant la culture et en même temps, en renforçant les personnalités et les identités des personnes vulnérables.

Circus Parade 2012 - Birzeit

"Sarab"

Bien sûr, parallèlement, on continue de chercher parmi nos élèves des jeunes qui acceptent de participer aux spectacles, qui se présentent partout dans le pays et qui voyagent même à l’extérieur. C’est le cas de Sarah, qui vient de faire une tournée en Belgique. Elle a commencé les cours en 2007 et fait aujourd’hui partie de notre dernier spectacle «  Sarab  ». Elle voyage seule avec d’autres jeunes et bénéficie du soutien inconditionnel de ses parents. En plus des membres féminins dans notre équipe, nous invitons régulièrement des professeurs d’autres pays pour donner des cours sur des techniques plutôt féminines, comme le tissu ou le trapèze, car ces cours attirent beaucoup plus de filles et elles sont plus à l’aise quand c’est une professeure qui donne les cours.

Emancipation et résistance

Aujourd’hui, on constate que le cirque émancipe les jeunes filles et les garçons qui y sont entrés. Il les a renforcés et a fait d’eux, des personnes vraiment réflechies et ouvertes au monde. À travers le cirque, ils et elles ont trouvé un outil qui leur permet de s’engager artistiquement dans la résistance à l’occupation. Tou-te-s les Palestinien-ne-s cherchent le moyen de participer à la libération de l’occupation israélienne et à la fin de l’injustice. Ici c’est par le cirque que cela passe»

Tags : art Partagez