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Société

Education : le champ des possibles ?

Prendre et donner la parole sur les bancs de l’école

par Mathilde Largepret publié le 11 septembre 2019 (c) Jon Tyson

Fermez les yeux un instant et replongez-vous quelques dizaines d’années en arrière… À quand remontent vos plus lointains souvenirs ? Vous reste-t-il des bribes de votre plus tendre enfance ? Quand je me prête à l’exercice, je revois la marionnette géante qui était dans ma classe de deuxième maternelle et les buissons derrière lesquels on se cachait pendant la récréation. À côté de ces souvenirs anecdotiques, d’autres enjeux se jouent déjà derrière les bancs de l’école.

« DES PETITES FILLES D’ÂGE PRÉSCOLAIRE SE CROIENT MOINS INTELLIGENTES QUE LES GARÇONS ! »

Dès le plus jeune âge, notre vie est rythmée par l’école, lieu dans lequel nous passons une partie importante de notre journée… C’est là notamment que l’on apprend la vie en groupe et que se développent nos interactions avec les autres et le monde extérieur. Comme dans le reste de la société, on y retrouve du sexisme ordinaire, c’est-à-dire une forme de sexisme banalisé, qu’on ne remarque plus tellement il est ancré dans notre quotidien. Il peut prendre de nombreuses
formes, de la place des filles et des garçons dans la cour de récréation aux filières préconisées pour celles et ceux-ci, en passant par les tenues vestimentaires autorisées ou non. À tel point que, rapidement, les stéréotypes de genre s’impriment dans la tête des enfants. Un exemple parmi d’autres ? Une récente étude américaine montre que « des petites filles d’âge préscolaire se croient (…) moins intelligentes que les garçons. »

SANS MÊME S’EN APERCEVOIR, LES ADULTES PERPÉTUENT LES STÉRÉOTYPES DE GENRE

Si cela se perpétue, c’est que certains adultes – les institutrices/eurs et professeur-e-s – reproduisent ces schémas sans même forcément en avoir conscience. Parfois, cela est dû aux clichés qui subsistent dans l’esprit des enseignant-e-s. Environ 61,2% des futur-e-s institutrices/eurs québécois-e-s sont d’accord avec l’affirmation suivante : « Les cerveaux des garçons et des filles ne fonctionnent pas tout à fait de la même manière. » Ramener le comportement des filles et des garçons à des facteurs biologiques relève de « l’essentialisme », un courant selon lequel il y aurait une essence première immuable chez les femmes et les hommes. C’est oublier que nos rôles dans la société sont construits.

DES DIFFÉRENCES DE COMPORTEMENT QUI S’OBSERVENT TRÈS JEUNE

En effet, ce n’est pas une question de nature : les comportements des filles et des garçons ne sont pas innés mais bien acquis, entre autres via l’éducation et l’école. De manière bien souvent involontaire, les enseignant-e-s se comportent différemment avec les élèves et ne communiquent pas de la même manière avec les filles et les garçons. Comme l’explique Corinne Monnet dans une étude sur la place des femmes et des hommes dans la communication orale : « La conversation est une forme fondamentale de communication et d’interaction sociale et, à ce titre, elle a une fonction des plus importantes. […] Dans une société où la division et la hiérarchie des genres sont si importantes, il serait naïf de penser que la conversation en serait exempte. »

L’ESPACE SONORE AUX MAINS DES GARÇONS

Concrètement, comment cela se traduit-il dans les classes ? Les recherches de Jarlégan ont noté que « les garçons interviennent significativement plus que les filles de leur propre initiative, que ce soit pour interrompre le cours de la séquence, pour poser une question ou faire un commentaire. » De plus, la spécialiste du sujet Nicole Mosconi précise que « les enseignant-e-s interrogent plus souvent et plus longtemps les garçons que les filles. » Elle ajoute que lorsque « les enseignants essaient de rétablir des interactions plus équilibrées, les garçons se plaignent d’être négligés. » Autre conséquence, selon Graddol et Swann : « Il est huit fois plus probable que ce soient les garçons qui donnent des réponses sans demander la parole alors que les filles, pour le même comportement, sont souvent réprimandées. » Enfin, d’après Conedera et Larroudé, les filles s’adaptent à leur situation et « adoptent rapidement les codes de bonnes conduites de la communication avec autrui », ce qui entretient cet engrenage.

QUELQUES PISTES POUR UNE CLASSE PLUS ÉGALITAIRE

Les divers mécanismes présentés ci-dessus doivent leur existence à la société patriarcale dans laquelle nous vivons toutes et tous, une société qui octroie des privilèges aux hommes et aux garçons, et ce dès le plus jeune âge. Pour que ce déséquilibre s’estompe, voici quelques pistes émises par Garcia et Moreau : « Reconnaitre les signaux des élèves indiquant leur volonté de participer et les solliciter, décourager les interruptions, ou encore solliciter une réponse en serpent (chaque élève répond à son tour) ». À nous de rendre les classes plus égalitaires !

Pour aller plus loinAnalyse FPS Le monopole de la parole Partagez