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Pullet Rocks : « les filles en avant »!

par Marie-Anaïs Simon publié le 9 octobre 2017 L'équipe du Pullet Rocks

Sous-représentation, remarques sexistes, sexualisation des musiciennes : le monde de la musique n’est pas épargné par les discriminations en matière de genre. En septembre, un article soulignait que sur quinze festivals français, 82.3 % des musiciens étaient des mecs. Pour contrer ces inégalités, une première étape, c’est programmer plus de femmes. L’association Pullet Rocks l’a bien compris et propose depuis plus de quatre ans des soirées et des évènements rock et alternatifs qui mettent en avant des artistes femmes. Rencontre avec Anso, l’une des fondatrices de l’association.

Pullet Rocks, qu’est-ce que c’est ?

"On s’est rendu compte que, que ce soit en festival ou partout ailleurs, les artistes femmes sont beaucoup moins représentées".

Pullet Rocks , c’est une association de promotion d’artistes femmes principalement active dans le milieu musical alternatif et rock’n roll, mais aussi dans le milieu artistique au sens large. Notre but est de mettre les femmes en avant en les programmant dans les évènements que nous organisons. Pour que l’on produise un groupe musical, il faut au moins que ce soit une chanteuse qui monte sur scène, même si ce sont généralement des groupes mixtes. On fait cela, car on s’est rendu compte que, que ce soit en festival ou partout ailleurs, les artistes femmes sont beaucoup moins représentées. On voulait vraiment favoriser cette scène-là, parce qu’il y a de la demande et je ne pense pas qu’il y ait moins d’artistes femmes… C’est juste qu’elles sont moins visibles !

Justement, la saison des festivals touche à sa fin et un article soulignait récemment que sur 15 festivals, les musicien-ne-s étaient à 82% des hommes. Selon toi, à quoi sont dus ces chiffres ?

On s’est beaucoup posé la question, mais on n’a pas de réponse toute faite. Chez Pullet Rocks, on est persuadées qu’il y a plein de filles qui ont envie de faire des trucs, qui ont envie de montrer leur art, leur musique et tout ça. Peut-être qu’elles sont moins prises au sérieux, qu’elles se mettent plus la pression, qu’elles sont plus perfectionnistes ou qu’elles ont plus tendance à abandonner. Et puis, lorsqu’elles se retrouvent confrontées à un producteur, c’est généralement un mec. Comme c’est une scène qui est principalement gérée par des hommes, la sensibilité de se dire « je vais programmer des femmes » est moins présente.

L’année passée, les Femmes Prévoyantes Socialistes ont réalisé une campagne sur la place des femmes dans le sport. Cette campagne pointait notamment du doigt le fait que les femmes sacrifiaient plus facilement leurs loisirs pour concilier vie professionnelle et vie familiale. Est-ce que tu penses que ce schéma se retrouve également dans la musique ?

Je pense que c’est pareil que le sport. L’art et la musique peuvent aussi devenir un métier. Et je pense qu’il faut d’autant plus se battre quand on est une femme dans ces milieux. Effectivement, une femme aura probablement plus tendance à abandonner ses projets pour s’occuper des gosses et reprendre ainsi  le rôle de femme qu’on lui assigne. Malheureusement, c’est encore moins socialement accepté qu’une femme mette une priorité sur ses loisirs, même si ceux-ci deviennent son métier. Alors qu’un mec, on ne va pas trouver que c’est une mauvaise chose qu’il mette en avant son boulot.

Pour aller plus loin :la campagne FPS "Paroles de Championnes"

À part le Pullet Rocks, quels sont les autres moyens d’améliorer la visibilité des femmes dans le monde artistique et musical ?

Je pense qu’il n’y a pas énormément de moyens. Il faut pousser les filles à le faire et à vraiment aller plus loin dans leur création, mais pour ça je pense qu’elles ont besoin de structures comme nous ou comme Elles Tournent dans le cinéma, qui permettent vraiment de visibiliser leur art. Je pense que c’est par ça qu’il faut passer pour l’instant pour avancer. Il n’y a pas ça pour les mecs, mais encore une fois, ça prouve qu’on est une minorité et qu’il y a des inégalités dans la situation actuelle.

Est-ce que tu considères que Pullet Rocks est un projet féministe ?

Oui ! Oui, c’est féministe ! Même si au départ on n’était pas forcément emballées par cette étiquette par peur que cela ne ferme notre public, dans les faits évidemment on est féministes. Maintenant, on se revendique comme telles et on s’inspire fort de la scène Riot Grrrl et du punk féministe des années 80. Aujourd’hui, on adopte vraiment un langage féministe.

Pour aller plus loin : Le mouvement Riot GrrrlCourrier International - Le punk féministe des riot grrrl
Noisey - Riot Grrrls : Chronique d'une révolution punk féministe
Livre La Découverte - Chronique d'une révolution punk féministe
Cheek - RIOT GRRRLS: 3 GROUPES QUI ONT MARQUÉ L'HISTOIRE DE CE MOUVEMENT PUNK ET FÉMINISTE
Madmoizelle - Riot Grrrl ou le féminisme punk-rock

En quoi cela s’inspire-t-il des Riot Grrrls pour toi ?

Le mouvement Riot Grrrl prônait vraiment le message : « faites les choses vous-mêmes, les filles », « do it yourself » ! On est vraiment parties là-dessus, on n’avait pas de moyens, rien du tout – on n’en a toujours pas d’ailleurs – et on s’est dit que si on voulait faire changer les choses on devait le faire nous-mêmes. On n’a pas attendu qu’on vienne nous chercher ! C’est en cela aussi qu’on suit les Riot Grrrls. Pullet Rocks, c’est vraiment « les filles en avant », à la fois sur scène et devant la scène (dans le public).

Dans le fond, il y a des revendications et des messages politiques, on a envie de sensibiliser les gens à ce problème. Même si on a un aspect très festif et qu’on ne va pas forcément écrire des articles ou dénoncer les choses directement, on a décidé de se politiser par le divertissement et par l’art. On travaille le féminisme par l’art.

Est-ce qu’il reste encore, selon toi, des clichés autour de « la femme qui fait du rock » ?

"Je pense qu’il faut vraiment éviter le cliché de la fille sexy rock’n roll à la Courtney Love. Moi j’aime bien voir des meufs sur scène qui crachent et qui cassent complètement cette image. C’est aussi pour ça que le mouvement Riot Grrrl avec les poils et le côté « on s’en fout » m’inspire autant".

On nous pose parfois la question « qu’est-ce qu’une rockeuse ? » et je ne sais pas vraiment répondre parce que le rock c’est une façon de vivre, une façon d’être, pas forcément dans ses gouts vestimentaires, c’est quelque chose de plus général que ça. Je pense qu’il faut vraiment éviter le cliché de la fille sexy rock’n roll à la Courtney Love. Moi j’aime bien voir des meufs sur scène qui crachent et qui cassent complètement cette image. C’est aussi pour ça que le mouvement Riot Grrrl avec les poils et le côté « on s’en fout » m’inspire autant.

Chaque fois ou presque que je vais voir des groupes un peu connus, j’entends des réflexions de mecs à côté de moi qui sont hyper déplacées : « ha elle est bonne celle-là », « oh c’est bien pour un groupe de meufs »… Les mecs sont vachement étonnés, mais ça aurait été des garçons sur scène ils n’auraient jamais dit ça, évidemment.

Quand je produis des meufs, je commence parfois à avoir l’impression de mettre des bouts de viande sur scène pour un public qui est avide de mater des filles. Ça arrive même qu’il y ait des gestes sexuels envers les filles. C’est peut-être très cliché, mais beaucoup de mecs sont très immatures lorsque ce sont des filles qui se produisent. Par contre, quand ils sont confrontés à des meufs qui s’en foutent un peu de leur apparence, il y a tout de suite une distance qui s’installe. C’est aussi pour ça que je suis contente quand il y a des musiciennes ou chanteuses sur scène qui ne répondent pas à cette image  « sexy ».

Si vous aviez à votre disposition tous les moyens imaginables, quel serait le projet le plus fou que Pullet Rocks pourrait organiser ?

Je pense qu’on essayerait d’ouvrir notre propre lieu totalement modulable qui accueillerait concert, expo, résidences, projections, etc. Un véritable centre culturel dans lequel nous serions totalement libres d’accueillir ce qu’on veut et d’avoir une programmation quasi hebdomadaire ! Pour le moment, on est très frustrées par le peu de moyens qu’on a et par la difficulté à trouver des lieux. On se construirait donc le « Pullet Center », bien comme il faut !

S’il y avait une potion magique pour améliorer la place des femmes dans la musique aujourd’hui, quels ingrédients mettrais-tu dedans?

Alors, je ne suis pas très bonne en cocktails, mais je vais essayer de voir (rires).

Je mettrais de l’égalité, du féminisme évidemment, de l’anti-patriarcat, beaucoup d’amour, du partage et de la reconnaissance. Au fond que ce soit une fille ou un mec on s’en fout à la base.

Les coups de coeur des Pullet Rocks :

Pandora's Bliss
Cheshire Cat (the bouncing)
Malamondo
Tags : musique - discrimination - stéréotypes Partagez
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