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Les homosexualités

Article mis à jour le 17 novembre 2017

Rencontre avec Larsens Productions

par Joëlle Sambi Nzeba publié le 19 septembre 2017

Larsens Productions est une société de production indépendante ayant pour but de développer des films de fiction et de documentaire comme, par exemple, l’enquête F.A.M.I.L.L.E. dont nous parlions dans notre dossier sur les homosexualités. Nous avons rencontrés le tandem de production : Jeanne Humbert et Hélène Pigeard-Benazera

Comment a germé le projet Larsens Productions ? Et pourquoi ce nom ?

« Larsens a d’abord prit la forme d’un festival transdisciplinaire dans le but de diffuser des œuvres et des artistes qui proposaient des réflexions sur les normes genrées et sexuelles".

Hélène Pigeard-Benazera : Les origines du projet remontent assez loin dans le temps, l’envie est venue, j’étais encore à l’université et faisais de la recherche en cinéma et Gender Studies. Lorsque je me suis installée à Bruxelles, en 2011, Larsens a d’abord prit la forme d’un festival transdisciplinaire dans le but de diffuser des œuvres et des artistes qui proposaient des réflexions sur les normes genrées et sexuelles. Fort de 4 jolies éditions à succès, il y avait tout ce temps en latence un second enjeu très important pour moi, au-delà de l’événement ponctuel que j’installais temporairement dans un espace à destination d’un public, offrir un cadre et une politique innovante aux artistes dont le travail me parlait. Une manière pour moi de me présenter à ielles avant qu’ielles ne souhaitent éventuellement me faire confiance pour aller plus loin dans une dynamique cette fois de développement et d’accompagnement de leurs projets, en d’autres termes : en production. D’affinités très particulières avec quelques auteur-e-s ont étés initiés de premiers projets, c’est beaucoup de travail surtout avec nos emplois sur le côté.

Il y a deux petites années, j’ai eu le grand plaisir de m’associer à Jeanne Humbert avec qui j’avais eu l’occasion de travailler par ailleurs sur Baden Baden de Rachel Lang.

Pour le nom, c’est assez simple, on dit d’un larsen qu’il est l’effet produit lorsque vous placez un émetteur amplifié proche d’un récepteur. En règle générale ces sons produits sont considérés comme parasites, mais à y regarder de plus près, certains en on fait des choses grandioses  !

Voyez y une métaphore doublée d’une réappropriation.

F.A.M.I.L.L.E est le dernier film que vous avez produit, quelles sont les raisons d'un tel choix ?

Jeanne Humbert : Pour moi qui ne fais pas partie du milieu LGBT, ce projet m’a ouvert les yeux sur toute une série de problématiques que le film aborde et dont je ne connaissais pas vraiment les tenants et aboutissements. Avec ce projet, j’ai donc beaucoup appris et il m’a semblé important qu’un film comme cela puisse exister afin de partager l’expérience que j’avais pu faire à la lecture de son traitement. Ce sujet n’ayant jamais été abordé dans un documentaire de création, il était pour moi essentiel de le produire et correspondait tout à fait à ma démarche de productrice : pouvoir questionner les débats contemporains et les faire évoluer dans un contexte en lien direct avec l’actualité. J’aime l’idée que ce film remette en cause les raisons mêmes des « manif pour tous  » qui ont eu lieu en France, qu’il aille chercher plus loin leur origine et permette ainsi de déplacer les problématiques maintes fois soulevées, pour y apporter d’autres réponses.

HPB : Pour moi, c’était évident dès la première lecture : le sujet est passionnant et nécessaire. J’aimais aussi la manière dont la réalisatrice s’incluait au « Je » dans le traitement, ce n’était pas un reportage sur les enfants issus de PMA dans le cadre d’unions homosexuelles. Jessica Champeaux soulève en guise de point de départ des problématiques qui touchent au personnel, à l’intime et en fait une belle proposition à l’usage d’une collectivité.

Enfin, plus généralement pour Larsens Productions, c’était parfait, nous avons finalisé cette année nos 3 premiers projets : un court-métrage de fiction Passée L’Aube, une très courte fantaisie expérimentale SHIFT et F.A.M.I.L.L.E, un long métrage documentaire, cela démontre dès le départ que Larsens Prod ne se cantonne pas à un genre, le fil rouge est ailleurs !

On peut lire que Larsens est une société de production qui soutient des films dont qui interroge les normes. S’agit-il là d’un choix permanent ?

"Les questions de normes genrées et sexuelles et, par extension des différences associées est, je crois, un domaine existentiel en souffrance pour nos générations. J’observe beaucoup de discriminations, de préjudices, de violences qui conduisent parfois à des tragédies".

HPB : Ici, le questionnement des normes genrées et sexuelles est mon sujet de prédilection depuis très longtemps, je considère depuis toujours le cinéma comme un puissant outil, politique et pacifiste, de réflexion des masses. Les questions de normes genrées et sexuelles et, par extension des différences associées est, je crois, un domaine existentiel en souffrance pour nos générations. J’observe beaucoup de discriminations, de préjudices, de violences qui conduisent parfois à des tragédies. Je pense aussi bien aux jeunes personnes qui subissent du harcèlement ordinaire au quotidien à l’école en raison de leur manifestation de genre ou de leurs préférences sexuelles qu’au massacre au Pulse à Orlando ou bien la situation actuelle des homosexuels Tchétchènes…Il y a évidement des centaines d’autres sujets qui font sens à traiter, mais j’ai personnellement décidé de me concentrer là dessus.

Ceci étant, il n’y a pas de règles, nous sommes un binôme de productrices et chacune reste curieuse de ce qui peut germer dans la tête des auteur.e.s qui viennent à notre rencontre !

La partie visibilité du monde du cinéma reste majoritairement masculine (réalisatrice, actrice, etc.) quel est votre expérience en ce qui concerne la production ? Rencontrez-vous des difficultés particulières ? (en raison de votre genre)

"On remarque dans la profession qu’à la sortie des études, les hommes passent plus « naturellement » cadre que les femmes qui doivent passer par la case de l’assistanat et peuvent une fois rentrées y être cantonnées".

JH : J’ai été jusqu’à présente assistante de production et je le suis toujours parallèlement à ma fonction de productrice, j’ai toujours assisté des hommes.

Même si je n’ai pas de point de comparaison, on remarque dans la profession qu’à la sortie des études, les hommes passent plus « naturellement » cadre (directeur de production, producteur) que les femmes qui doivent passer par la case de l’assistanat et peuvent une fois rentrées y être cantonnées.

A l’occasion des 50 ans de l’aide à la création cinématographique seuls 9 films parmi les 50 mis à l’honneur étaient réalisés par des femmes. 125 réalisatrices se sont alors réunies pour faire entendre leur voix et dénoncer la <a href= »http://ellestournent.be/wp-content/uploads/Derriere.ecranweb22616.pdf » target= »_blank » rel= »noopener »>sous-représentation des femmes dans le cinéma belge.</a>

"Il me semble que la situation est en train d’évoluer doucement et que les femmes sont de plus en plus présentes et font valoir leur poste et leur place".

Pour ma part je n’ai jamais rencontré de difficultés liées à mon sexe dans les postes où j’ai été. Mais ce que je peux dire c’est que ce milieu qui reste majoritairement masculin a été peut-être une difficulté supplémentaire dans le financement du film, puisque le sujet aborde la question de la maternité entre lesbienne et qu’il a manqué sûrement de sensibilité féminine dans les retours que nous avons eu.

Ceci étant dit, il me semble que la situation est en train d’évoluer doucement et que les femmes sont de plus en plus présentes et font valoir leur poste et leur place. Cette année au festival de Cannes il y avait 12 réalisatrices présentes en sélection officielle comme une réponse à Houda Benyamina qui avait lors de l’édition 2016 et de son prix, lancé un appel au micro:  » Pour que les choses changent, il faut qu’il y ait beaucoup plus de décisionnaires qui soient des femmes, même dans les sélectionneurs ! « 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes ne connaissant pas le travail de production cinéma ou désireuses de se lancer dans celui-ci ?

Go Go GO

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