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Un toit, mon droit !

Article mis à jour le 6 décembre 2017

Squats et migrant-e-s : l’occupation comme dernier recours

par Lola d’Estienne d’Orves publié le 1 décembre 2017 © thr3 eyes (Unsplash )

9 h à l’ancien hôtel Astrid. À deux pas de la place Sainte-Catherine, le bâtiment qui abrite aujourd’hui 86 personnes, regroupant 25 nationalités différentes, se réveille. Certains partent travailler, d’autres écoutent de la musique au rez-de-chaussée. Occupé depuis le 15 septembre par des membres de la Voix des Sans Papiers, l’immense édifice abandonné a été réquisitionné par Philippe Close, bourgmestre de Bruxelles-ville, pour accueillir des sans papiers qui logeaient jusqu’alors en squat ou simplement sur le trottoir. Une initiative bénéfique, mais qui pourrait bientôt être compromise par la loi anti-squat, passée le 5 octobre dernier.

© Lola d’Estienne d’Orves target="_blank"

François Halleux, l’un des fondateurs et responsables de l’ASBL Bruxelles Initiatives (BXI) s’affaire autour d’une montagne de caisses de bières. Ses pas résonnent dans ce qui fut autrefois le check-in de l’hôtel Astrid. Alors qu’il s’attable avec les quelques volontaires présents, il explique le but de son organisation : « on est là pour lutter auprès des sans-papiers et les aider à s’autofinancer ». Eh oui, la bière fait bel et bien partie du projet. Il continue : « on l’a vue venir cette loi, et on s’est organisés en créant cette bière, la 100PAP. Aujourd’hui, on ne peut plus compter sur l’ouverture de squats pour loger les réfugié-e-s. Avec la loi qui vient de passer, les policières/ers ne doivent même pas attendre la décision d’un-e juge de paix pour nous déloger. Du coup, on a créé une bière dont tous les bénéfices reviennent aux sans-papiers, en espérant que ça suffise pour les aider à trouver un logement décent ».

Pari risqué mais nécessaire

"Il y a beaucoup plus de bâtiments vides que de personnes à la rue"

L’histoire de ces squats d’un autre genre commence en 2015. Alors que le réseau de soutien au Parc Maximilien, dans lequel François est volontaire, subit un premier démantèlement, il décide avec d’autres citoyen-ne-s de prendre les choses en main : « quand des gens ont commencé à dormir dans la rue, devant la Croix Rouge, on a demandé pourquoi ils n’ouvraient pas leurs portes pour les loger. Ils nous ont répondu que le Gouvernement fédéral refusait. Ils trouvaient qu’il y avait trop de gens. Alors on a commencé à ouvrir de façon systématique des bâtiments abandonnés ». Un pari risqué, mais pour François nécessaire face à une réponse de l’État insuffisante : « il y a beaucoup plus de bâtiments vides que de personnes à la rue. Rien que pour ce bâtiment, il nous reste 3 étages qui ne sont pas ouverts. Et il y en a beaucoup comme ça : des bâtiments vides, chauffés, avec de l’électricité, de l’eau. Ici, on a 86 réfugiés qui logent dans un hôtel 3 étoiles ». François esquisse un sourire en se remémorant les débuts de BXI. Pendant 2 ans, elles/ils ont ouvert des squats et les collectifs de sans- papiers (La Voie des Sans Papiers, Ebola, El Amel… ) ont commencé à s’organiser, chose beaucoup plus facile lorsqu’on a un toit au-dessus de la tête. Mais à cause de la loi anti-squat qui vient de passer, ce sont autant d’occupations qui sont compromises.

Coup de revers pour les squatteurs

François en est conscient : « dans la loi belge, avant le 5 octobre, ce n’était pas interdit de faire un squat. Ce n’était écrit nulle part dans la loi qu’on n’avait pas le droit d’entrer dans un bâtiment vide. Si la police arrivait et nous demandait de sortir, on avait le droit de refuser. Donc, techniquement, on avait le droit de le faire. Jusqu’à ce qu’une famille de Roumains squatte une maison d’une famille flamande qui était partie en vacances. Ça a soulevé le pays. Le ministre de la Justice a enfin eu le plein pouvoir pour mettre en place une loi anti-squat. Aujourd’hui, toute personne qui squatte un bâtiment sans l’accord d’un propriétaire est dans l’illégalité. Les squatteurs encourent dés à présent des peines allant de 15 jours à 2 ans d’emprisonnement et une amende variant entre 26 et 300 euros. Au final, si un-e migrant-e ou un-e réfugié-e fait ça, il/elle sera considéré-e comme ayant commis un acte illégal sur le territoire belge et sera expulsé-e ».

C’est là qu’intervient la 100PAP : en voyant la loi anti squat arriver, BXI s’est organisée et a cherché des moyens de financer les charges des bâtiments qu’ils occupent (compter entre 3000 et 5000 euros par mois pour l’hôtel Astrid). Le financement de ces charges permettrait alors de passer du statut de squat (illégal) à celui d’occupation précaire (légale).


"C’est là qu’intervient la 100PAP : en voyant la loi anti squat arriver, BXI s’est organisée et a cherché des moyens de financer les charges des bâtiments qu’ils occupent".


Mais pour ça, il faut aussi trouver des propriétaires prêts à passer un accord avec des inconnu-e-s qui logeraient alors dans leurs bâtiments abandonnés, ou faire en sorte que les bourgmestres réquisitionnent les bâtiments vides de leurs communes, comme ça s’est passé ici. Ce plan porte d’ailleurs un nom : lancé par le Centre National de Coopération au Développement (CNCD), les Communes Hospitalières visent à forcer les dirigeants communaux, via des manifestations, des pétitions et des démonstrations citoyennes, à user de leur pouvoir face à l’inaction et la répression du Gouvernement fédéral envers les plus précaires. François ouvre un carton de bières, les dépose au centre de la table et l’étiquetage commence. C’est dans ce genre de situations qu’on se rend compte que le droit à un logement décent tient à bien peu de choses. Que ce soit un fait divers viral qui entraine une loi ou une bière ambrée qui promet un toit.  Il s’agit d’une loi visant à criminaliser l’occupation d’immeubles ou d’habitations vides.

Pour aller plus loin :Dossier Bondy Blog: que cache la loi anti-squat ?
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Tags : logement - réfugié Partagez
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