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Education : le champ des possibles ?

Article mis à jour le 16 octobre 2019

Sugar baby – le gâteau empoisonné

par Elise Voillot publié le 16 septembre 2019

Elles sont jeunes, pour la plupart aux études*, et mènent une double vie. Étudiantes le jour, elles s’adonnent au sugar-dating la nuit. Entretenues par de riches industriels, avocats ou autres hommes d’affaires rencontrés généralement sur Internet contre des « échanges de bons procédés » (comprenez bien souvent faveurs sexuelles), le phénomène Sugar Baby, né aux USA, ne cesse de prendre de l’ampleur en Belgique. Si les créateurs de ces plateformes de « rencontres » nient toute forme de proxénétisme ou d’incitation au sexe tarifé, les divers témoignages semblent clairement indiquer une forme de prostitution 2.0.

*Dans notre article nous abordons surtout les sugar babies et les sugar daddies. Il existe néanmoins des toy boys et des sugar mamas bien que ces cas restent minoritaires.

En 2017, un panneau publicitaire de la plateforme de sugar-dating Rich Meet Beautiful « innocemment » placé à l’entrée de l’Université Libre de Bruxelles avait fait beaucoup parler de lui. La campagne, diffusée dans de nombreux autres pays d’Europe, titrait : « Hey les étudiantes ! Améliorez votre style de vie, sortez avec un sugar daddy ». Si de nombreuses plaintes ont été déposées à l’encontre du site, que la campagne a été censurée en Belgique et que son CEO Sigurd Vedal vient d’être condamné à 6 mois de prison avec sursis, force est de constater que ce type de plateforme connait un succès grandissant dans notre pays.

Prostitution déguisée

En 2017, la plateforme Sugardaters.com affirmait compter des milliers de membres. Seeking arrangement, elle, disposait de près de 20 000 utilisatrices/eurs belges. Sur ces sites, pas question de parler de prostitution. Le vocabulaire des concepteurs est choisi avec soin, le sexe n’est pas une obligation et toute demande de sexe tarifé doit être signalée par les utilisatrices/eurs de plateforme. Le message est clair : il s’agirait donc d’un accord, passé entre deux personnes consentantes qui cherchent à répondre à leurs besoins respectifs. Cette stratégie n’est pas un hasard. Selon le sociologue Renaud Maes, en soulignant qu’il s’agit d’un échange de bons procédés, on ne peut accuser ces plateformes de proxénétisme. Par ailleurs, en Belgique, la prostitution est tolérée et ces plateformes opèrent depuis l’étranger. Les poursuites restent donc difficiles. Ainsi, Rikki Jorgenson, fondateur de Sugardaters.com, a été jugé plusieurs fois, mais toujours blanchi, notamment parce que sa plateforme interdit toute activité d’escort.
L’hypocrisie est ici évidente car, comme nous le prouve un documentaire édifiant de la chaine RTL-TVI, la question financière est presque à chaque fois immédiatement abordée entre les sugar babies et les sugar daddies.

Des conséquences parfois désastreuses

Si certaines sugar babies estiment qu’il s’agit d’une expérience enrichissante, beaucoup se retrouvent dans le milieu par nécessité. En 2016, près de 27 000 étudiant-e-s belges ont dû passer par le CPAS pour financer leurs études. Comme l’explique Renaud Maes : « Une frange croissante des étudiants se trouve dans une situation financière précaire […] Or, la prostitution étudiante est nourrie par la précarité étudiante. Ce n’est peut-être pas le seul facteur, mais
c’est toutefois un facteur majeur, comme le montrent la plupart des enquêtes menées sur le thème. » Être sugar baby, c’est souvent garder pour soi un secret lourd à porter. C’est la raison pour laquelle il reste difficile de quantifier la prostitution étudiante. En Belgique, elles seraient 6 000 à se prostituer et à faire face, pour la plupart, à des conséquences désastreuses. Isolement, décrochage scolaire, difficulté à sortir de ce réseau car habituées à une vie « de luxe », décorporalisationelles seraient également près de 70 % à présenter des symptômes assimilables à un stress post-traumatique.
Il est donc nécessaire aujourd’hui de lever le tabou qui pèse sur le sugar-dating en encourageant des campagnes de sensibilisation et d’information et en favorisant les animations EVRAS au sein des établissements scolaires. Par ailleurs, une véritable remise en question doit être faite autour des aides octroyées aux étudiant-e-s, pour que vie étudiante ne rime plus jamais avec précarité.

Tags : prostitution - sugarbaby Partagez