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Nous, vous & elle

Témoignage – Post-accouchement, vie de couple et inégalité

par Amélie Hosey-Radoux | Lola d’Estienne d’Orves publié le 17 mai 2017 © Milli_lu (Lien Pixabay)

Après avoir crié sur tous les toits que jamais je n’aurais d’enfant (parce que j’étais une femme libérée), je me suis réveillée un matin et me suis dit : « Oups, j’ai envie ! »

J-274

Le test positif en poche (opéré tant bien que mal dans les toilettes du boulot), je ne réalisais pas encore à quel point mon couple, d’apparence égalitaire, allait être mis à l’épreuve. Mais il me faudrait 9 mois, 274 jours, 6570 heures pour m’en rendre compte.

Jour J

Malgré la douleur lancinante et répétitive, je me suis rapidement rendu compte que la salle d’accouchement n’était pas le terrain le plus favorable aux rapports égalitaires. En arrivant en salle d’accouchement, j’ai été surprise d’entendre la sage-femme dire à mon partenaire : « Prenez des forces, il va y en avoir pour un moment. Si vous voulez il y a un lit, reposez-vous ! ». Le décor était planté.

12 h plus tard, le bonheur. D’une part, parce que c’était enfin terminé et d’autre part, parce que je découvrais enfin le visage de ce petit être tant attendu.

© Danielle Fantis photography (Kathy DiVincenzo a été victime de dépression post partum et a souhaité témoigner de son expérience)

J+3

Nous quittions l’hôpital. Un départ qui signe le début des nuits blanches. Les nuits blanches, c’est un moment  inhumain et épuisant. Et encore, je n’allaitais pas. Un nouveau-né mange en moyenne toutes les 3 heures. Soit 8 fois par jour. Un fonctionnement équitable pour traverser les méandres des nuits blanches lorsqu’on n’allaite pas devrait dès lors se dérouler comme suit :

  • 19 h : vous donnez le biberon
  • 21 h : vous allez vous coucher
  • 22 h : votre partenaire donne le biberon
  • 22 h 30 : votre partenaire va se coucher
  • 2 h : vous donnez le biberon
  • 2 h 30 : vous allez vous recoucher
  • 5 h : votre partenaire donne le biberon
  • 5 h 30 : votre partenaire va se recoucher
  • 8 h : vous donnez le biberon
  • 8 h 30 : votre journée commence, votre partenaire dort toujours et vous lui en voulez de faire la grasse matinée.

Ça, c’est la théorie. Parce qu’en réalité, mon partenaire reprit rapidement le travail après 10 jours, prétextant qu’il n’avait pas le choix. Bref, il me plantait.

J’aurais évidemment rêvé qu’il prenne un congé parental, mais, malgré un féminisme soi-disant, assumé, il m’a dit : « Tu comprends, j’ai déjà pris 10 jours. Tu sais, ce n’est pas super bien vu au boulot ». Oui, il osait me dire ça alors que j’avais pris le risque de ma vie en annonçant au moment de la signature de mon nouveau contrat que j’étais enceinte.

Le quotidien avec un bébé peut être morose. Je parlais à peu de personnes et m’ennuyais la plupart du temps. Lorsque mon compagnon rentrait, c’était tout naturellement que je lui tendais « son » bébé. C’est là qu’il me disait : « Attends, je viens de rentrer, je veux d’abord passer aux toilettes et me relaxer ». Couple « moderne », on en avait pourtant discuté. J’acceptais (bon, ce n’était pas vraiment un choix) de porter le bébé, d’accoucher et de m’en occuper la journée et en échange c’était mon partenaire qui gérait toutes les soirées.

Quatre mois plus tard

Quatre mois s’écoulèrent. I was still alive ! C’était le grand jour, je reprenais le travail. Pas de place en crèche. Il allait falloir trouver une solution pour garder le petit pendant un mois. En papa organisé, mon partenaire avait gardé un mois de congé, au cas où… Ouf !

À ce moment précis, je pensais être arrivée à replacer un peu d’équilibre dans toute cette histoire. Moi, au travail, lui à la maison. Hélas, c’était faux. J’entendais régulièrement mes «copines» s’émerveiller : « Quel père extraordinaire, tu en as de la chance ! ». La colère m’envahissait. J’avais envie de crier. Les 4 mois, 120 jours et bien trop d’heures, passés seule avec mon bébé, ne suscitaient que l’indiff érence la plus totale. Niveau féminisme, dans mon entourage, il y avait encore du travail !

Un jour, cependant, cette victoire que je n’espérais plus arriva. Mon partenaire, qui avait passé un mois avec notre bébé, « avouait ». Il m’a regardée droit dans les yeux et m’a dit ces mots : «C’est inhumain de vivre cela seul. J’aurais dû prendre un congé parental. Je suis désolé de ne pas l’avoir compris avant ».

 

Et pour les années à venir...

En résumé, ce qu’il faut retenir de cette histoire, dont l’issue n’est malheureusement pas des plus « ordinaires », c’est qu’il est essentiel de favoriser des rapports égalitaires au sein du couple par :

  • L’instauration d’un congé paternité obligatoire et la lutte contre toutes les formes de discrimination à l’emploi selon le genre
  • La défense des choix individuels en matière d’allaitement
  • L’éveil à l’esprit critique de tous les citoyen-ne-s. Non, un papa qui reste à la maison pour garder ses enfants ce n’est pas sexy. Si ça l’était, les jeunes mères seraient toutes des bombes sexuelles.
Moi-même et Laura expliquons pourquoi on a besoin de temps en dehors du travail après avoir eu un enfant. Voici Nev. Il est fiancé à Laura. Laura est enceinte. Très enceinte. Grâce à Nev. Nous prenons le congé parental très personnellement. Les États-Unis sont très mauvais pour tout ce qui concerne les congés payés pour les mères. En fait, les USA sont le seul pays industrialisé qui n’offre pas de congé maternité payé. L’autre gros problème vient avec le congé paternité. En moyenne, les mères reçoivent 106 jours de congé payé pour un nouveau bébé, quand les pères n’en reçoivent que sept. Une semaine seulement. Enfin, ces politiques sont véritablement sexistes. Ça dit en gros que s’occuper d’un enfant est le travail d’une femme. Et ce n’est pas le genre de relation que nous avons. Pas vrai bébé ? C’est vrai, bébé. Dans les faits, une étude en Suède a récemment découvert que pour chaque mois de congé paternité qu’un homme prend, les revenus de sa partenaire augmentent en moyenne de 7%. Ces premiers mois sont un moment crucial pour me lier avec ma fille. Quand un père passe du temps avec son bébé, ça peut en fait le rendre plus intelligent. Des chercheurs en Norvège ont découvert que le congé paternité pouvait améliorer les performances scolaires d’un enfant en école secondaire. Enfin, même dans les pays qui ont un congé paternité payé, la plupart des hommes ne le prennent pas parce qu’ils ont peur du ridicule cliché de l’ « homme au foyer ». Quand un gars en connait un autre qui prend ces congés, il a plus de chance de le faire lui-même. C’est contagieux. Mais contrairement à ce qui est contagieux en général, celui-ci est bon pour les enfants. (Leur vidéo)
© Camila Cordeiro (Lien Unsplash)

LE POINT EN + : Le syndrome Post Partum

Le syndrome post partum est une dépression qui survient après la naissance d’un enfant. Il a longtemps été un tabou, en cherchant à cacher la détresse des femmes livrées à elles même au moment de l’arrivée de leur enfant, seules à devoir s’en occuper (qu’elles soient célibataires ou non). Elle peut être accompagnée d’un syndrome pré-partum (pendant la grossesse).

On l’appelle aussi « baby blues » dans une tentative de rendre l’expression moins lourde, mais il s’agit d’une véritable dépression qui peut entraîner un rejet de l’enfant si elle n’est pas partagée par ces femmes qui restent souvent dans le silence, emplies de culpabilité à l’idée de ne pas être la « maman parfaite ». Alors que certaines ne le ressentent qu’une dizaine de jours, il peut s’éterniser pendant des mois. Enfin, on ne connait pas exactement les causes de cette dépression. Changements hormonaux, pressions de la société ou simplement brutalité de la réalisation de l’accouchement, entrainant un stress, sont des causes avancées par les médecins. Mais il n’existe  de toute façon pas de déclencheur unique.

"Tous ceux que je connaissais qui avaient des enfants me donnaient l’impression d’avoir le meilleur moment de leur vie, mais je n’arrivais pas à dire que je paniquaus. La dépression postpartum est pour moi le moment où l’on se déconnecte de son bébé. Un insurmontable et incontrolable sentiment d’anxiété. Une des nombreuses maladies qui affectent les mères. Quand je suis tombée enceinte, je suis directement devenue maussade. En plus de ça, j’avais des fibromes, qui sont des tumeurs qui grandissent dans votre uterus, et j’avais très peur. J’ai su que je faisais une dépression postpartum quand je suis allée pomper mon lait au travail pour la première fois, et j’ai fondu en larmes. Je me rappelle avoir répété à mon mari « Tu sais, les gens n’ont pas arrêté de dire que je serais très émotive, mais je me sens bien ». En vérité, j’étais vidée d’émotions. Juste après avoir accouché, c’était l’anniversaire de mon mari, donc je lui ai fait un gateau et j’ai invité du monde, et ils n’en revenaient pas que je fasse tout ça. Mais j’avais l’impression que c’était mon devoir que de célébrer son anniversaire, d’essayer de m’occuper de mon enfant, et de revenir avec un sourire sur les lèvres. Je croyais que tous les parents autour de moi savaient ce qu’ils faisaient, et je me sentais comme une erreur humaine. Quand mon fils avait quatre mois, je me rappelle l’avoir nourri au sein, mais il n’arrêtait pas de pleurer. Je l’ai mis en face de moi et je lui ai juste crié « arrête de pleurer ! ». C’est probablement à ce moment-là que j’ai réalisé que j’avais besoin d’aide. C’est un vrai sentiment de défaite, savoir que c’est quelque chose sur laquelle je n’ai pas de contrôle." (Des mères parlent de leur dépression post partum)
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