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Femmes en guerre, femmes en lutte

Théâtre : « L’Homme Semence »

par Lola d’Estienne d’Orves publié le 28 mars 2017 ©Lola d'Estienne d'Orves

« L’Homme Semence » est une pièce sur la solitude des femmes, mais pas que. Masturbation, désir et misère sexuelle au féminin sont autant de thèmes abordés avec poésie et pudeur en une heure de temps. Alors que ces sujets sont encore tabous aujourd’hui, difficile d’imaginer le tollé qui aurait pu être provoqué en 1919, date de la rédaction de cette histoire vraie, publiée en 1958 et aujourd’hui adaptée sur scène aux Riches Claires. Rencontre

Seule sur scène, elle se déshabille. Délace ses chaussures avec attention pour ensuite retirer sa robe délicatement. Pieds nus et vêtue d’une robe de nuit en dentelle, Marie Avril incarne Violette Ailnaud, 17 ans, vierge et veuve. Elle nous conte le délaissement au lendemain du soulèvement républicain de 1851. Les hommes ont disparu de son village de Haute Provence, morts ou envoyés au bagne en cette époque napoléonienne. Ne reste que le tableau de Violette, portée par une attente interminable teintée d’un désir inassouvi.

Une attente de l’Homme. Anonyme et presque objet, il est porteur de la semence que les femmes devront se partager. Cachée derrière la question du « besoin » de procréer lié au contexte, c’est une véritable ode à la sexualité et au plaisir sexuel féminin qui se révèle. La détresse, la découverte du corps et l’absence d’éducation sexuelle se ressentent, peints avec sincérité par la tenante du rôle-titre.

17 ans, et la maturité d'une femme

« La musique, la scénographie et l’interprétation, tout a été réfléchi pour symboliser la bulle temporelle et sentimentale de l’héroïne ».

©Lola d'Estienne d'Orves

« Le livre, il a fallu l’adapter sur scène. Comme elle [Violette Ailnaud, ndlr] l’a écrit à 85 ans et qu’elle en avait 17 au moment des faits, j’aurais pu choisir une comédienne plus âgée. Mais j’ai rencontré Marie et je l’ai voulue pour ce texte, à la fois pour sa qualité de comédienne mais aussi sa fraîcheur. C’est une fille de 17 ans, qui a la maturité d’une femme». Annette Brodkom, metteuse en scène de la pièce, nous conte le processus d’adaptation. La musique, la scénographie et l’interprétation, tout a été réfléchi pour symboliser la bulle temporelle et sentimentale de l’héroïne.

Le vent des plaines provençales est représenté par l’immense parachute peint des couleurs du Lavandou, seul accessoire et décor. Quant aux musiques, on note surtout l’utilisation d’un chant argentin, entre tristesse et sensualité. Annette explique : « Marie danse le tango durant certaines scènes, mais c’est aussi un chant qui raconte les femmes qui ont vu leurs hommes disparaitre à cause de la guerre. Depuis que je suis jeune, j’entends parler de ces mères de la place de Mai, en Argentine, qui chaque jeudi se retrouvaient et mettaient leurs fichus, avec le nom des hommes disparus, pour ensuite tourner autour de la place, en leur mémoire. »

Une réappropriation de la sexualité

©Lola d'Estienne d'Orves

Quand on questionne la metteuse en scène sur le propos de la pièce, elle met tout de suite en avant la nécessité de proposer à la fois un hommage à cette société matriarcale éphémère, ces femmes qui posent le choix de se débrouiller seules après la disparition de leurs maris, mais aussi d’une certaine éducation à l’érotisme : « Je trouvais intéressante cette notion du rapport à la sexualité par rapport aux jeunes. C’est une manière de parler du désir de manière poétique et sans tabou, mais aussi avec de la tendresse et de l’amour, ce qui est parfois rare. Il y a parfois des jeunes qui découvrent l’acte sexuel via la pornographie, sans contexte, et qui essaient de reproduire les gestes, pour plaire, sans répondre à leurs propres désirs. C’est une réappropriation de la sexualité. »

« Le discours du personnage de Violette n’utilise la reproduction « primaire » que comme prétexte pour parler de désir et de sexualité féminine ».

On pourrait reprocher à « L’Homme Semence » de ne se centrer qu’autour de l’Homme et la maternité. Mais ce serait oublier que le discours du personnage de Violette n’utilise la reproduction « primaire » que comme prétexte pour parler de désir et de sexualité féminine. Le consentement est aussi une notion mise à l’honneur : jamais on ne lui impose une volonté et jamais elle n’en impose. Enfin, le contexte est primordial pour comprendre l’aspect progressiste de l’œuvre : une femme, il  y a 150 ans de cela, vit dans un village matriarcal une découverte du corps brutale mais épanouie. « La modernité du texte est importante. C’est un couple libre, avec un homme partagé. », ajoute Annette. Mais pour en connaitre les détails, rendez-vous au théâtre ou en librairie.

« L’Homme Semence » de Violette Ailnaud, avec Marie Avril et une mise en scène d’Annette Brodkom.

Pour en savoir plus sur la pièceLe site des Riches-Claires Tags : Théâtre - Critique - vie affective et sexuelle - Sexualité - Maternité Partagez
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