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Article mis à jour le 30 janvier 2019

Théâtre « NinaLisa »

par Mathilde Largepret publié le 16 janvier 2019 (c) Alice Piemme

D’abord la lumière, tamisée. Ensuite, des notes qui s’élèvent du piano, comme un prélude invitant à se laisser embarquer dans le dernier tourbillon de la vie de Nina Simone. Enfin, une voix, celle de sa fille Lisa, qui s’impose doucement, jusqu’à vous faire frissonner. C’est ainsi qu’on s’immerge, envouté.es, dans l’histoire, leur histoire. 

« Je suis ta fille, j’aurais tellement voulu que tu sois ma mère »

Un soir qui n’a probablement jamais existé, dans un décor sobre, nous voilà spectatrices/eurs d’une conversation qui n’a peut-être jamais eu lieu. Et pourtant, tout est dit. Dans cette scène hors du temps, Nina Simone (interprétée par Isnelle da Silveira) est au crépuscule de sa vie ; d’ailleurs ses meubles sont déjà recouverts d’un drap blanc comme si elle n’habitait plus les lieux. Entre coeur et rancœur, les noeuds se dénouent.

Lisa (interprétée par Dyna B.) veut comprendre les choix de Nina et surtout le sens qu’elle a décidé de donner à sa carrière et à son engagement militant, ces morceaux de vie où la fille semblait être un poids pour la mère. Lisa questionne. Et elle attend des réponses. Nina assume et se justifie, fidèle à son personnage au caractère bien trempé. Toutes les deux, elles commencent à se raconter, depuis le début.

« C’est la colère qui m’a fait tenir »

La première pianiste classique noire des Etats-Unis, voilà ce qu’elle voulait devenir. Dès l’enfance, dans une société où la ségrégation raciale fait rage, le talent d’Eunice Kathleen Waymon, alias Nina Simone (comme l’actrice française Simone Signoret) se heurte à plusieurs obstacles. Des incidents qui resteront ancrés en elle et influenceront son implication dans la lutte pour les droits civiques.

En attendant, Nina, au timbre de voix unique, continue de chanter. Héritière de deux générations de femmes au travail précaire, on ne sait pas si l’artiste joue pour « gagner » sa vie ou par passion. Un peu des deux, sans doute. Ou bien est-ce sous la pression de son mari/manager qui la fait travailler comme une bête, comme elle le rappelle ?

Etre une femme racisée, c’est se trouver à l’intersection de deux oppressions – sexisme et racisme – subies l’une et l’autre. Plusieurs fois, subtilement, elle y fait référence. Pour se faire une place dans le monde de la musique, elle doit se battre plus que d’autres. Une femme qui remet quelqu’un.e à sa place lorsqu’il le faut et qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, ça porte un nom : « Nina la diva ». Mais si cette artiste avait été un homme, est-ce qu’on aurait interprété ses comportements de la même manière et insisté sur son tempérament de feu ?

Sa rage et son énergie, à partir des années ’60, se traduiront dans ses morceaux, une « musique des droits civiques ». Ses positions politiques se reflètent dans les paroles qu’elle compose ; la pièce nous apprend que c’est la première femme afro-descendante à avoir pris position publiquement contre le Ku Klux Clan. Extraits de vidéos, photos et traduction des paroles en temps réel viennent alimenter le message de son combat.

« Tu me manques, tu me hantes »

Tout au long de la performance, la facette activiste de Nina Simone alterne avec le dialogue musical d’une relation mère-fille. Car en effet, il n’est pas question d’une biographie façon « comédie musicale » mais bien d’un métissage de deux générations qui essaient de comprendre les nœuds et les forces de leur relation. Et qui communiquent par chansons interposées. En écoutant les paroles des textes des deux artistes, on prend conscience que ce que la fille et la mère avaient à se partager passait peut-être plus facilement par la musique. Lorsque les voix des deux comédiennes, mêlées au son du piano de Charles Loos, ce grand nom du jazz belge, s’unissent, tout devient limpide.

Une pièce de Thomas Prédour et Isnelle da Silveira.
Au Théâtre Le Public jusqu’au 19/01 (Saint-Josse).
A la Ferme du Biéreau le 24 et 25/01 (LLN).
Au Molière le 04/02 (Ixelles).
A la Chapelle Reine Elisabeth le 05/02 (Waterloo).
(c) Alice PiemmePour aller plus loin :Site de la pièce NinaLisa Tags : droits civiques - Nina Lisa - Théâtre Partagez