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Article mis à jour le 2 janvier 2018

Un cybersexisme qui crève l’écran

par Laudine Lahaye – régionale FPS de Namur | Marie Colard publié le 19 décembre 2017 ©Zoé Borbé - pour Femmes Plurielles (Son Tumblr)

« Oh p***** elle est moche ! », « Saleté de meuf sans cerveau ! », « C’est bien va me faire un sandwich, femme ! ». Tel un OVNI indésirable, une armée de commentaires sexistes de haut vol envahit les réseaux sociaux. Sur Internet, de nombreuses femmes sont victimes d’insultes, de menaces de mort, de viol, et autres campagnes d’intimidation. Le sexisme a colonisé l’univers virtuel et prolifère comme un alien en manque de chair fraiche. Avant de contre-attaquer avec nos sabres laser féministes, essayons de comprendre le phénomène…

L’ère 2.0 donne la possibilité d’avoir Internet dans la poche et d’accéder en permanence aux réseaux sociaux tels que Snapchat, Facebook, Instagram ou encore Twitter et Youtube. Impossible de nier qu’Internet constitue une source non-négligeable d’informations et de partage. Le monde virtuel a néanmoins ses travers et ses excès puisqu’il favorise le harcèlement, le cybersexime et l’incitation à la haine.

Le cybersexisme, c’est quoi ?

"Il est d’ailleurs important de rappeler qu’une agression ou une insulte – qu’elle soit en ligne ou dans la vraie vie – est toujours réelle et bien présente dans le quotidien des victimes."

Le cybersexisme peut être défini comme l’ensemble des violences à caractère sexiste commises via les nouvelles technologies. Il peut prendre la forme de moqueries ou d’insultes en ligne sur l’apparence physique, le statut social, la position religieuse ou encore l’orientation sexuelle, de publicités sexistes, de communautés web où les femmes sont exclues, de photos ou de vidéos intimes réalisées sous la pression ou sans accord (sextos, revenge porn), de la réception de sms ou de photos à caractère sexuel… Bref, le cybersexisme a plusieurs visages.

Or, ses victimes, elles, sont généralement les mêmes. Sans surprise, ce sont plus fréquemment les femmes et les jeunes filles qui subissent des insultes sexistes, de rumeurs sur la réputation et de violences sexuelles, etc. Ces agressions ne se limitent malheureusement pas à la sphère virtuelle. En effet, une agression ou une insulte – qu’elle soit en ligne ou dans la vraie vie – est toujours réelle et bien présente dans le quotidien des victimes. Le cybersexisme n’est donc pas à prendre à la légère.

Les internautes féminines se font régulièrement harceler sur les réseaux sociaux. La chroniqueuse Nadia Daam en a fait les frais en mettant en lumière les pratiques d’une poignée de membres du forum 18-25 sur le site jeuxvideo.com, tout comme Marion Séclin suite à sa vidéo «#TasEtéHarceléeMais publiée en mai 2016. Malgré tout, Nadia et Marion n’ont pas arrêté leur croisade. Récemment, Marion a donné une conférence TEDxChampsElyseesWomen sur le sujet du cyberharcèlement et notamment le cybersexime. Elle y explique notamment que face au harcèlement, « ne pas choisir son camp » c’est déjà ne pas lutter contre le mauvais.

© Marion Séclin / TEDxChampsElyseesWomen via YouTube target="_blank"

La violence du contenu et des commentaires sous les publications ou sous les vidéos font froid dans le dos. Les modérateurs, garants du bon déroulement des conversations en ligne, sont souvent trop peu nombreux et parfois trop laxistes pour garantir la « cyberpaix ». Ce faible contrôle laisse donc l’opportunité aux auteurs de propos insultants de se dédouaner en affirmant que  « c’est à prendre au 100e degré… nan mais lol quoi ». Il est également plus facile d’adopter un comportement violent et sexiste en ligne caché derrière un écran. L’absence totale d’interaction physique rend les interlocuteurs plus disposés à l’agressivité.

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Les adolescent-e-s premiers/ères concerné-e-s

La révolution numérique et la rapide et constante évolution des nouvelles technologies favorisent l’émergence de « digital natives ». En 2016, une enquête de ReForm ASBL démontrait que 95,6% des jeunes de 12-18 ans possédaient un smartphone. Ultra-équipé-e-s et connecté-e-s en permanence aux réseaux sociaux, ces jeunes manient donc ces TIC (technologies de l’information et de la communication) avec une aisance innée, à en faire baver leurs ainé-e-s.

Il est parfois difficile d’expliquer l’impact du harcèlement en ligne et du cybersexisme aux adolescent-e-s. Il est pourtant important d’essayer de les aider à identifier ce type de violences et à le combattre. Les ados n’ont pas toujours conscience des conséquences de leurs comportements virtuels. Pourtant, entre autonomie et appartenance, les nouvelles technologies les accompagnent dans le processus de construction identitaire. D’une part, ordinateurs, Internet et smartphones offrent un terrain de jeu aux adolescent-e-s en pleine interrogation sur leur place dans la société, leurs attirances amoureuses et l’évolution de leurs corps. Ils peuvent y trouver une forme d’intimité et de réconfort par rapport à ces questionnements. D’autre part, leurs publications et comportements sur les réseaux sociaux obéissent à des règles implicites, mais bien établies. On voit ainsi fleurir sur le net des selfies flatteurs, un langage sms et même des insultes amicales comme « T’es moche sale thon ♥ – Comme toi grosse laide ♥ ». À l’instar du Kylie Jenner Challenge ou du Blue Whale Challenge , les comportements à risques en ligne sont également nombreux et existent souvent uniquement dans le but de se faire remarquer et apprécier par leurs condisciples.

"Il ne faut pas être un-e expert-e en informatique ni en communication médiatique pour remettre le respect, l’empathie, la solidarité et l’égalité au cœur des relations humaines, qu’elles soient virtuelles ou non"

On comprend donc l’importance de l’éducation aux médias pour encadrer et affiner leur esprit critique. Et ce, afin d’éviter qu’ils ne se perdent dans les travers des technologies numériques. Quand un-e enfant apprend à aller à vélo, on ne le/la lâche pas directement sur la grande route. Il devrait en être de même avec les nouvelles technologies. Le dialogue entre jeunes et adultes reste essentiel et éduquer à une utilisation responsable des nouvelles technologies est l’affaire de tout-e-s. Il est important de rappeler qu’il ne faut pas être un-e expert-e en informatique ni en communication médiatique pour remettre le respect, l’empathie, la solidarité et l’égalité au cœur des relations humaines, qu’elles soient virtuelles ou non. Il est aussi essentiel que l’enseignement s’appuie sur les TIC comme ressources pédagogiques, sans pour autant faire l’impasse sur une approche plus relationnelle et sociologique du numérique. L’éducation aux médias et la dimension du genre doivent être considérées comme de véritables enjeux d’un mieux vivre ensemble et d’un monde plus égalitaire.

Carcan féminin

Dans la lutte pour l’égalité des sexes, il est nécessaire de déconstruire les stéréotypes féminins. Depuis leur tendre enfance, les jeunes femmes sont exposées, via les médias, à l’image de petites filles hypersexualisées posant dans des tenues et attitudes inadaptées à leur âge. Elles grandissent avec l’idée que leur corps est une forme de pouvoir à utiliser pour séduire. Dans ce contexte, l’envoi de photos dénudées entretient un jeu de séduction à double tranchant. Il peut se retourner contre la jeune femme en cas de divulgation des clichés hors du cercle intime. Un des pires exemples reste le groupe Facebook « Babylone 2.0 », ce groupe secret où 52.000 membres s’échangeaient en toute impunité des photos de femmes, parfois mineures, dévêtues ou pendant l’acte sexuel, et où pullulaient les commentaires misogynes et dégradants. Le harcèlement et la divulgation non-consentie d’images intimes s’allient alors au phénomène de slut-shaming (littéralement « faire honte aux salopes) qui vise à dénigrer les femmes sexuellement actives ou supposées l’être. En effet, dans l’imaginaire collectif, les femmes doivent se montrer désirables, mais respectables, c’est-à-dire ne pas témoigner d’intérêt pour le sexe… On attend d’elles une certaine « humilité », une faculté de « savoir se respecter ».

Sans oublier cette multiplicité de stéréotypes qui illustre LA femme comme une jeune femme, blanche, mince, grande, cheveux longs (souvent blonds), courbes généreuses (mais taille très fine), lèvres pulpeuses et jambes interminables. Concernant les hommes, on attend d’eux qu’ils se montrent virils et dotés d’un appétit sexuel irrépressible à l’égard de diverses conquêtes féminines. Beaucoup de prévention reste à faire sur l’image des femmes dans les médias car les violences de genre, en ligne ou dans la vie quotidienne de tous les jours, y trouvent un terreau favorable.

Au-delà de l’écran

"Certaines victimes font encore état de difficultés à être comprises et prises au sérieux au moment du dépôt de la plainte et tout au long de la procédure."

Depuis le 22 mai 2014, il existe une loi contre le sexisme dans l’espace public. Celle-ci devrait également s’appliquer en ligne. Pourtant, le système institutionnel, législatif et judiciaire est loin d’être opérationnel. En effet, un texte législatif en vigueur n’opère pas automatiquement un changement immédiat dans les mentalités. Sans parler du fait qu’un bon nombre de personnes ignore que cette loi existe. De plus, certaines victimes font encore état de difficultés à être comprises et prises au sérieux au moment du dépôt de la plainte et tout au long de la procédure. Delphine Meillet, avocate française spécialisée dans la cybercriminalité, explique que « l’expérience prouve que les services de police ne sont pas formés au cyberharcèlement ».

À l’heure actuelle, le moindre propos, s’il touche de près ou de loin au féminisme, prend le risque de susciter une vague de haine. Les victimes ne sont pourtant pas à blâmer. Les femmes ont le droit de porter une jupe, un voile ou encore un kimono. Les femmes ont le droit d’être mères au foyer, businesswomen ou astronautes. Les femmes ont le droit de s’exprimer librement et de militer pour leurs droits. Ne pas être d’accord avec quelqu’un n’est certainement pas une raison valable pour harceler quelqu’un. En fait, rien et strictement rien ne justifie les violences physiques ou virtuelles. À bon entendeur, salut !

Cet article s'inspire de l'analyse de Laudine Lahaye pour FPS Adolescents et nouvelles technologies : un cybersexisme qui crève l’écranPour aller plus loin :"Cyber harcelées : chroniques de l'impunité 2.0" Tags : virtuel - harcèlement - cyberfeminisme - Médias - Féminisme Partagez
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