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TW homophobie, tortures, génocide. Article mis à jour le 17 août 2017

#UrgenceTchétchénie : un génocide sous silence

par Lola d’Estienne d’Orves publié le 14 juin 2017 ©Florent Marloye pour Femmes Plurielles target="_blank"

La Tchétchénie est sur le devant de la scène depuis quelques mois. D’abord sous forme de rumeur, le génocide des homosexuel-le-s dans cette petite république russe est aujourd’hui devenu une urgence, sous forme d’appel à l’aide de ceux et celles qui en font les frais. Rappel des faits et état des lieux quand aux réactions de la communauté internationale.

« La Tchétchénie accusée de persécuter des homosexuels« . Voilà comment Le Monde titrait son premier article dénonçant les pratiques des autorités tchétchènes envers les personnes LGBTQ+. Encore au stade d’une rumeur, cette alerte avait d’abord été lancée par le quotidien d’opposition russe Novaïa Gazeta, traduite par le Courrier International en français.

ONG et médias se mettent à relayer l’info, avec un usage du conditionnel troublant. Les témoignages qui se comptent encore sur les doigts de la main sont anonymes, et les sources considérées comme « peu fiables », en tout cas par le gouvernement russe. Deux mois plus tard et après un relais en masse sur les réseaux sociaux et une accumulation de témoignages, les pétitions affluent pour une intervention de la communauté internationale. Un rapport a également été publié récemment par le réseau LGBT russe et détaille les horreurs qui se passent en Tchétchénie actuellement.

Lire le rapport (en) :LGBT Persecution in the North Caucasus: a ReportMise à jour : Début juillet le journal Novaya Gazeta a publié les noms de 27 victimes massacrées en une nuit par les forces de l'ordre.En lire plus

MISE A JOUR 17/07 : Dans une interview donnée le 14 juillet pour la chaine américaine HBO Sport, le président tchétchène s’est exprimé par rapport aux traitements infligés à la communauté homosexuelle. Ses propos font froid dans le dos…

 » C’est un non-sens. Nous n’avons pas ce genre de personne ici. Nous n’avons pas de gays et s’il y en a, emportez-les au Canada. Prenez-les loin d’ici pour que nous n’en ayons pas chez nous, pour purifier le sang de notre peuple »

« Ce sont des démons. Ils sont à jeter, ce ne sont pas des hommes. Que Dieu les punisse pour ce dont ils nous accusent. Ils en répondront devant le ‘Tout-Puissant’ pour ça ».

Tchétchénie : quelle situation actuellement ?

La république tchétchène est un pays de 16 000 kilomètres carrés, comptant un peu plus d’un million d’habitants, située sur le versant nord des montagnes du Caucase. Pays en proie depuis longtemps à des attaques de toutes parts, il est décrit par ses citoyens comme marqué par la résistance face aux répressions des empires russe, tsariste ou soviétique. Autrefois victime de guerres civiles dans les années 90, dûes en grande partie aux nationalismes tchétchènes, aux attaques russes de 1994 et 1999 et à l’instauration de la charia cette même année.

La première guerre avait pour cause une tentative d’annexion de la part de la Russie, qui s’avérera un échec cuisant. La deuxième, quant à elle, résultait d’une vague d’attentats en Russie, comprenant exécutions et décapitations, auxquelles le président russe Vladimir Poutine répondit en déclenchant un combat et des bombardements de 4 mois, conclus par la prise de Grozny, capitale tchétchène, en février 2000.

Une convoitise de la Russie loin d’être innocente : la Tchétchénie constitue un territoire riche en pétrole et en gaz, mais il est aussi traversé par une pipeline originaire d’Azerbaïdjan et du Kazakhstan. La Russie a aussi cherché à garder son influence sur la région du Caucase en annexant cette république.

Aujourd’hui, la Tchétchénie est toujours régulée par une milice locale, un président et un parlement au suffrage universel, mais sous traité de délimitation par la Russie.

Ramzan Kadyrov, président traditionnaliste à l'extrême

Когда тренируешься годами, тебе не о чём сожалеть, даже если не стал чемпионом. Ты все равно стал лучше. (Эвандер Холифилд).

Une publication partagée par Ramzan Kadyrov (@kadyrov_95) le

Instauré en 2007 par Poutine, Ramzan Kadyrov, alors âgé de 32 ans, s’était peu à peu mis en 2009 à réinstaurer les règles de la charia sur le territoire. Vente d’alcools forts (plus de 15%) autorisée seulement de 8 à 10 heures du matin, foulard imposé aux femmes travaillant dans les administrations, interdiction des robes de mariages « échancrées, à l’européenne », etc. Il met aussi en avant la polygamie, sous prétexte d’une plus grande population féminine que masculine en Russie.

Déjà à l’époque, Kadyrov justifiait une série d’assassinats de femmes, soupçonnées d’avoir perdu leur morale, en déclarant à un journaliste : si une femme traîne et si un homme traîne avec elle, les deux doivent être tués

Le massacre des homosexuels n’est malheureusement pas une surprise quand on connait le passif de ce président aux allures de dictateur, au pouvoir depuis 10 ans. Son conseiller avait en effet annoncé qu’il voulait assainir la société tchétchène après la guerre. Et dans sa bouche, on ose à peine imaginer ce que cela implique.

Témoignages anonymes et "manque de preuves"

© France 24 (L'article de France 24)

Vous ne pouvez pas arrêter ou réprimer des gens qui n’existent pas dans la République. L’homosexualité n’existe pas ici. 

Alors que l’homosexualité existe depuis trois millions d’années, la Tchétchénie s’avèrerait être une exception notoire. Du moins c’est ce qu’aimerait nous faire croire le porte parole de Kadyrov, en réponse aux accusations qui venant de toutes parts.

Des accusations graves : selon le journal Novaïa Gazeta, les autorités locales ont arrêté plus de 100 homosexuels et incité leurs familles à les tuer pour « laver leur honneur » et des homosexuels tchétchènes ayant fui à Moscou ont affirmé à l’AFP avoir été battus et détenus « dans une prison non officielle ». 

Des actes qui auraient débuté à l’annonce de l’organisation d’une gay pride dans les quatre capitales du Caucase du Nord, excepté Groszny, à la demande de Nikolaï Alexéev, en mars. Un mois plus tôt, un drogué avait déjà été arrêté, dépouillé de son téléphone contenant des informations attestant de son homosexualité, et une dizaine de personnes avaient déjà été arrêtées par le biais de ses sms et contacts.

Les gouvernements russes et tchétchènes disent des sources de cette alerte qu’elles ne sont pas fiables, du fait de leur anonymat (les plaintes sont donc considérées comme non-officielles) et de leur supposé biais sur les événements. Mais il suffit de les citer pour se rendre compte qu’il s’agit d’organisations et de médias de confiance :

  • L’ONG Russian LGBT Network a confirmé ces persécutions et ouvert une ligne téléphonique d’urgence pour les personnes en danger.
  • Amnesty International a lancé une pétition en ligne, pour « cesser d’enlever et de tuer des homosexuels« 
  • L’International Crisis Groupe et son experte Ekaterina L. Sokiryanska ont confirmé dès le premier avril qu’il y a « de nombreux signaux provenant de trop nombreuses sources pour ne pas être vrais.
  • Human Rights Watch a confirmé que « les informations publiées par Novaïa Gazeta sont conformes aux rapports que Human Rights Watch a récemment reçus de nombreuses sources de confiance, y compris des sources sur le terrain. Le nombre de sources et la cohérence des cas ne laissent aucun doute quant au fait que ces événements ont effectivement eu lieu« .

La Russie, mise sous pression, a finalement accepté de lancer une enquête… menée par des personnes homophobes. En effet, Tatiana Moskalkova, la déléguée des droits humains auprès du Kremlin et chargée d’enquête sur les violences dénoncées en Tchétchénie a déclaré s’être « déjà ouvertement prononcée contre le développement des relations homosexuelles » tout en qualifiant de « rumeurs » les exactions commises.

Parmi le florilège de dénis des conditions effroyables des victimes du génocide tchétchène, on compte un ambassadeur russe qui a déclaré, dans une lettre au journal israélien Haaretz, qu’il n’y avait pas eu de victimes de persécution, de menaces ou de violences. Mais le pire réside dans la déclaration d’Heda Saratova, membre du Conseil aux droits de l’homme auprès du président de Tchétchénie : Je pense que, si un homme comme ça est tué par ses propres parents, personne n’aura rien à y redire y compris la justice de notre république. Jusqu’à présent je n’ai jamais eu de plaintes à ce sujet, mais même si c’était le cas je n’y prêterais aucune attention. 

© SOS Homophobie (Discours de SOS Homophobie)

Tour d'horizon des réactions de la part de la communauté internationale

© Marc Dubuisson (Son site)

Face aux actions du gouvernement tchétchène (car c’est bien lui qui est accusé, et non un groupe isolé comme ont voulu le faire entendre les autorités russes), on s’attendrait à une réaction forte de la part des pays voisins de la Russie. Après 2 mois de demandes, la communauté internationale ne commence que maintenant à réellement réagir face au massacre.

En Belgique, après avoir sollicité le premier ministre Charles Michel, Femmes Prévoyantes Socialistes a pu recevoir la réponse suivante :

« La Belgique a décider ce point tant dans un contexte régional que bilatéral. J’ai très rapidement donné instruction à notre représentation à Strasbourg et à notre ambassade à Moscou  d’effectuer une série de démarches afin, d’une part que les instances compétentes du conseil de l’Europe se pencehent sur la question et que, d’autre part, que les autorités russes honorent leurs engagements internationaux en matière de droits de l’homme. D’autres Etats membres de l’UE ont entretemps également soulevé ce point auprès des autorités russes. En parallèle à son action sur le plan bilatéral, la Belgique a contribué à initier une démarche au niveau européen à Moscou. « 

 

 

 

  • Du côté français, Emmanuel Macron, qui avait pourtant exprimé son indignation durant la compagne présidentielle, n’a pas encore agi ou déclaré officiellement sa condamnation des actes du gouvernement tchétchène. Il a récemment visité Vladimir Poutine et a demandé un suivi régulier sur les actions commises en Tchétchénie.
  • Angela Merkel, elle, a profité d’une visite à Sotchi le 2 mai dernier pour interroger Vladimir Poutine. Une discussion qui l’aurait irrité, car cette affaire est avant tout une preuve de son incapacité à gérer tous les territoires qu’il a pu annexer.
  • Les Etats-Unis ont déclaré, d’après le LGBT Network, qu’il n’avaient pas encore de volontés politiques : « ils ne délivreront pas de visas. Ils nous aideront d’une autre manière, mais pas celle-ci ».
  • La Lituanie, elle, fait partie de ces pays qui ont délivré des visas aux réfugiés homosexuels : deux d’entre eux ont été redirigés vers le pays.

Une mobilisation sur les réseaux sociaux d'envergure

Toutes ces réaction n’auraient pas eu pareil écho sans une mobilisation citoyenne sur les réseaux sociaux retentissante. Depuis l’annonce des massacres, les réactions ont été fortes, sur Twitter, Facebook ou encore Youtube. Au delà du partage des pétitions et articles dénonçant le génocide, des vulgarisateurs et youtubeurs comme Hugo Décrypte, Max Bird, Julien Ménielle ou encore Natoo se sont mobilisés pour faire connaitre les tortures et meurtres qui se déroulent en Russie.

© Hugo Décrypte (Une vidéo vue avec plus de 100 000 vues explique et dénonce la situation en Tchétchénie)

Résultat, en partie grâce à eux : une pétition signée près de 500 000 fois, appelant à une enquête sur les crimes commis. En attendant, #UrgenceTchétchénie continue de tourner sur les réseaux sociaux, dans l’espoir de provoquer des réactions de la part des autorités dirigeantes.

Des personnalités se sont aussi engagées pour la cause : Vincent Dedienne, humoriste et chroniqueur pour l’émission Quotidien de Yann Barthès, est ainsi devenu parrain de l’organisation Urgence Tchétchénie.

Nos revendications chez FPS

Suite à ces révélations, les Femmes Prévoyantes Socialistes ont décidé de rédiger une interpellation politique, qui a résulté en la réponse de Charles Michel, citée plus haut. Nous demandons donc à ce que la Belgique « se positionne d’une manière ferme face aux dangers encourus par les habitants tchétchènes, et ce dans les plus brefs délais. Elle se doit d’exercer une pression sur le président russe Poutine qui, par son influence, pourrait faire cesser très rapidement toutes les arrestations et persécutions subies aujourd’hui par les personnes homosexuelles en Tchétchénie. Dans l’optique de protéger au plus vite les personnes persécutées en Tchétchénie, la Belgique pourrait aussi, dans la lignée du Canada, offrir des visas d’urgence aux personnes tchétchènes qui ne sont pas en sécurité au sein de leur pays. « 
Interpellation à retrouver en intégralité ici.
Sources :En Tchétchénie, on peut tuer "les gens comme ça" (La Libre)
Tchétchénie: des pays commencent à accorder des visas aux homosexuels persécutés (BFM TV)
Homosexuels tchétchènes réfugiés en Russie : "La peur est toujours là" (France 24)
Tchétchénie : des homosexuels persécutés se confient (France 24)
La Tchétchénie accusée de persécuter des homosexuels (Le Monde)
Les réactions face à la persécution d’homosexuels en Tchétchénie (RespectMag)
La Tchétchénie accusée de génocide envers les homosexuels (Le Monde)
Russie. Vague de répression contre les homosexuels en Tchétchénie (Courrier International)
Tags : LGBTQ+ Partagez
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