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Le bodyshaming sous toutes ses formes

par Laudine Lahaye publié le 1 décembre 2020 ©Alice Croibien

Le regard des autres peut fortement influencer le rapport à notre propre corps. Des moqueries peuvent avoir un effet dévastateur sur l’estime de soi. À un niveau plus global, que racontent ces moqueries de notre société ? Comment illustrent-elles le poids des diverses normes qui pèsent sur nos épaules ?

Qu’est-ce que le bodyshaming ?

Le bodyshaming signifie littéralement « faire honte au corps ». Juger, se moquer ou insulter le corps d’autrui, c’est pratiquer le bodyshaming. « Trop grosse », « sans courbes », « trop ridée », « trop poilue », « pas assez musclée » ou « poil-de-carotte » : ce dénigrement peut porter sur n’importe quel aspect de l’apparence physique d’une personne et ce sont les femmes, une fois encore, qui en sont le plus souvent victimes.

S’agit-il d’un phénomène nouveau ? Non, mais les réseaux sociaux lui donnent aujourd’hui davantage d’ampleur et de visibilité, bien que les freak shows des années 1850 à 1950 n’aient pas été avares en amatrices·teurs. Ces spectacles consistaient à exposer, par exemple dans un cirque ou dans une foire, des êtres humains dont l’apparence physique sortait de la norme.

L’interdiction de ces expositions n’a pas mis un terme au bodyshaming qui existait déjà bien avant cela. On l’expérimente encore par exemple au travers des petites piques de Tatie Jacqueline ou d’un inconnu dans la rue, dans les commentaires sous les publications Instagram des stars ou via les rediffusions de la série Friends (la série, analysée par une nouvelle génération de spectatrices·teurs, choque aujourd’hui notamment pour sa caricature des personnes en surpoids au travers du personnage de Monica).

Des bodyshameuses·eurs sous les feux de la rampe

Plutôt que de nommer prioritairement les personnes victimes de bodyshaming, nous aimerions ici mettre en lumière les personnes, célèbres ou non, qui se sont déjà livrées à ces moqueries à l’égard du corps d’autrui. Parce qu’au fond, c’est leur comportement qui est honteux et le sentiment de culpabilité qui doit changer de camp.

PAULO GUEDES

Le ministre brésilien de l’Économie, en août 2019, déclarait publiquement que la Première Dame française, Brigitte Macron, était « vraiment moche ». Cette attaque s’ajoute aux nombreuses autres moqueries sur son âge. Critiquer ou masquer les rides, les cheveux blancs ou le dos courbé, c’est rejeter les signes extérieurs de la vieillesse. Guedes a-t-il plus de respect envers les femmes quand elles sont jeunes, bien « apprêtées » et sensuelles, autrement dit, quand elles sont « à son goût » ?

MICHEL ONFRAY

Ce philosophe français a publié un article sur son blog où il humilie Greta Thunberg, une jeune activiste suédoise pour le climat. Il la décrit en ces termes : « Elle a le visage, l’âge, le sexe et le corps d’un cyborg du troisième millénaire : son enveloppe est neutre. […] Que dit ce corps qui est un anticorps, cette chair qui n’a pas de matière […] ». Onfray et Guedes pourraient s’entendre puisque l’apparence physique des femmes semble beaucoup compter à leurs yeux.

DES INTERNAUTES

Des utilisatrices·teurs du réseau social Twitter s’en sont pris à l’acteur Jason Momoa dont la prise de poids masquait les abdominaux d’ordinaire bien marqués (notamment connu pour son rôle d’Aquaman, un super-héros marin doté d’une force et d’une résistance surhumaines). Elles·ils ont ri de sa « bedaine » et lui ont conseillé de retourner à la salle de sport. Pourquoi les superhéros sont-ils trop souvent représentés comme des surhommes bourrés de testostérone ? Pourquoi faudrait-il absolument posséder des « abdos en béton » pour pouvoir sauver le monde ?

DONALD TRUMP

Impossible d’établir ce palmarès sans mentionner un tel spécialiste du bodyshaming. Lors d’un meeting de campagne en 2015, Trump a mimé sous les applaudissements de la salle, un journaliste en situation de handicap, dont les mouvements du bras et de la main sont entravés. Dans cet exemple, le corps du journaliste est moqué parce qu’il n’est pas valide « comme les autres ». Les corps « sans handicap » constituent la norme de référence et servent d’unité de mesure pour juger et marginaliser les autres dans l’espace public, médical ou médiatique. On appelle cela le « validisme ».

Coincé·e·s dans le moule ?

À travers le bodyshaming, on observe l’existence de normes bien ancrées qui définissent quels corps sont socialement acceptables et désirables. Les corps qui ne correspondent pas à ces normes sont humiliés et rejetés, ce qui peut provoquer, entre autres, un grand mal-être et/ou une volonté farouche de « rentrer dans le moule ». L’absence de reconnaissance de la diversité est étouffante, voire dangereuse à plusieurs niveaux.

Heureusement, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer cette tyrannie des injonctions relatives au corps. Le mouvement social body positive, très vivant sur Instagram grâce à la diffusion de photos, encourage à l’acceptation de tous les types de corps humains.

Tags : bodyshaming - réseaux sociaux - bodypositive - cyberharcèlement - cyberviolence - impunité - corps Partagez