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Le corps des femmes sous l’emprise d’une médecine sexiste ?

par Anissa D’Ortenzio publié le 1 décembre 2020

Il suffit de décortiquer l’histoire de la médecine depuis ses balbutiements pour comprendre que cette dernière n’est pas neutre et que la femme est loin d’y avoir eu une place de choix. Pire encore, cette médecine développée par et pour les hommes a encore aujourd’hui des incidences souvent dramatiques sur la santé des femmes. Les essais cliniques des médicaments sont un bel exemple d’absurdité médicale. Attention, le cynisme « pour avaler la pilule » est de rigueur.

Dès l’Antiquité, la plupart des scientifiques ont longtemps considéré les femmes comme le « sexe faible », c’est-à-dire des êtres inférieurs, irresponsables, fragiles, blessés… La pensée médicale décrit alors des phénomènes biologiques périodiques (tels que les menstruations, les grossesses et la ménopause) comme des maladies. Ces épisodes justifient une (sur)médicalisation (processus par lequel certains aspects de l’existence sont définis et traités comme des problèmes médicaux, voire des maladies)pour remédier à la santé de ces « éternelles malades », en comparaison aux hommes (qui sont pris comme la norme de bonne santé). Ainsi, les discours médicaux ont longtemps validé et diffusé une hiérarchie entre les sexes. Au fil de l’histoire, la science fut donc complice d’une stratégie socio-politique et religieuse en « prouvant scientifiquement » que les femmes ne peuvent biologiquement pas être l’égal des hommes. Paradoxalement, la seule capacité qu’on a bien accepté de reconnaître aux femmes, c’est leur fonction reproductrice qu’il faut toutefois surveiller. Aujourd’hui, la science est davantage devenue un instrument économique car la surmédicalisation de l’existence produit des profits quasi-illimités pour les firmes pharmaceutiques…

© Xénia

Les tests pharmaceutiques ou la négation des femmes

Sous l’impulsion de féministes américaines, de nombreuses recherches ont démontré que les femmes ne sont présentes que dans 30% des essais cliniques. Pourtant, les différences biologiques entre les femmes et les hommes (au niveau des hormones, des organes reproducteurs, de l’ADN des cellules et de leur environnement) ont des impacts sur l’action des médicaments. C’est d’ailleurs – paradoxalement – une raison avancée par les chercheurs pour éviter de tester les femmes. Les résultats des hommes sont plus faciles à interpréter, tandis que les changements hormonaux courants chez les femmes seraient difficiles à différencier des effets du médicament. Mais n’est-ce pas le travail des chercheuses·eurs de comprendre ce qui est complexe ?

Une seconde explication de l’exclusion des femmes dans les tests cliniques est la volonté d’éviter des scandales similaires à la thalidomide et le diéthylstilbestrol, deux médicaments prescrits aux femmes enceintes qui ont provoqué des malformations chez leur enfant. Pourtant, Coline Gineste, chercheuse en philosophie, souligne un problème dans cette décision : « certains médicaments avaient des effets néfastes pour les femmes, on a donc voulu les protéger en empêchant les essais cliniques sur elles. Mais on prend en même temps la décision de vendre aux femmes des produits qui n’ont pas été testés sur elles parce qu’on sait qu’ils pourraient leur être néfastes ! ». Par conséquent, on sacrifie la santé des femmes. Comme le souligne Baptiste Beaulieu, médecin français : « On raisonne par défaut, et ce faisant on fait défaut aux femmes ». Ainsi, entre 1997 et 2001, 8 médicaments sur ordonnance sur 10 ont été retirés du marché américain à cause des effets secondaires dangereux découverts principalement chez les femmes.

Plus concrètement ?

Après les maladies cardio-vasculaires et les cancers, les médicaments sont la 3e cause de mortalité en Occident. Quel est le point commun entre un produit conçu pour bloquer l’ovulation, des médicaments antidépresseurs prescrits surtout aux femmes et une étude à propos de l’impact de l’obésité sur le cancer du sein et de l’utérus ? Tous les essais cliniques ont été menés uniquement sur des hommes ! Qu’est-ce qu’un vaccin contre la grippe et un médicament contre le cholestérol ont en commun ? Ils provoquent tous les deux des effets secondaires chez les femmes ! Le second augmente de 71% le risque de diabète chez les femmes ménopausées tandis qu’il suffirait d’une demi dose de vaccin antigrippal pour être efficace chez les femmes contre une dose entière chez les hommes. Pourquoi la contraception masculine et un vaccin contre l’herpès n’ont pas encore été développés ? Contrairement aux effets secondaires niés de la pilule féminine, les effets secondaires identiques observés dans les essais de la contraception masculine ont empêché leur mise sur le marché… Quant au vaccin contre l’herpès, il a été développé puis abandonné car il protégeait 73% des femmes mais il n’avait aucune efficacité chez les hommes. Deux poids, deux mesures…

Les tests pharmaceutiques ne sont qu’une face d’une même pièce : les femmes sont malheureusement moins bien soignées que les hommes. Généralement, les soins sont moins adaptés aux corps des femmes et donc moins efficaces. Elles sont aussi, en moyenne, diagnostiquées plus tardivement notamment à cause d’une moindre prise en compte de leur douleur. L’errance de diagnostic pour l’endométriose en est une illustration. À quand une approche globale et féministe de la santé ?

Tags : corps - santé - IVG Partagez